Les Mille et Une découvertes

Publié le 30 Juillet 2013

Plage d'Agia Pelagia

Plage d'Agia Pelagia

La première, faite vers 4h30, fut la suivante : la nuit, le chien aboie – et personne ne semble pouvoir l’arrêter -, le voisin ronfle et la personne dormant dans le lit d’à côté, ici mon père, fait de la musique avec ses draps chaque fois qu’il se tourne. Il m’a également fait part de la nouvelle capacité ; celle de ronfler lui-aussi et ce, de manière plutôt amusante. Et moi, je tourne dans mon lit, des idées plein la tête et incapable de trouver le sommeil. C’est seulement vers 6h30 que j’ai vraiment réalisé qu’on était vraiment en Crête : le bruit des cigales. En France, elles sont 2 ou 3 et font un bruit appréciable et doux, rappelant le son du sud et des vacances. Ici, c’est à croire qu’elles sont une centaine et font leur propre symphonie. Bien sur, elles se relaient à tour de rôle afin que les voyageurs de passage puissent apprécier le dépaysement. Finalement, ça fait une musique de fond à laquelle on s’habitue. C’est dans une cacophonie de cigales-ronflement, la tête enfin vide et mon corps fatigué sous la chaleur que j’ai trouvé le sommeil un peu avant 7h. Je vous laisse deviner ma tête décorée de cernes au réveil à 8h30.

 

Vint alors la seconde. Ma première réaction – après m’être arrangé le faciès – fut de me ruer sur la terrasse. Cette fois-ci, pas d’étoiles, mais un ciel bleu sans un nuage à perte de vue. En face, plusieurs parcelles de champs, surtout des oliviers. Mais aussi de nombreux terrains vagues parsemés de quelques maisons et petits immeubles. La palette de couleurs n’est pas large, mais l’ambiance qui est en découle est frappante : le sud. Non pas le sud de la France, mais vraiment le sud de l’Europe. Je découvre avec émerveillement l’architecture sans doute propre à cette île et celles environnantes. La plupart des maisons ont un toit plat et sans tuile et sont de couleurs claires. Le terrain auquel je fais face est largement vallonné – c’est d’ailleurs une caractéristique de la Crête qui m’avait marqué hier avec les éclairages.

Ce qui m’a surpris au premier abord, c’est également le calme plat qui règne ici. À part les cigales – et les chiens la nuit – pas de traces de vie humaine dans les alentours. L’hôtel semble être perdue au milieu des vallons et des oliviers – et des cigales dont la présence se fait sentir à toutes heures du jour et de la nuit.

En se penchant un peu plus vers la droite, on aperçoit au loin la mer qui n’est finalement qu’à une dizaine de minutes à pied. Mais l’altitude nous trouble la perception des distances. Je m’attendais à des maisons blanches au toit bleu, peuplées de chats et longeant la mer – image clichée de la Grèce, je le reconnais. Et je me retrouve face à un environnement plus proche de celui des Bouches-du-Rhône, avec la chaleur en plus.

 

La découverte de l’hôtel en plein ne fut pas moins agréable. Environ 70 chambres réparties dans ce que l’on pourrait appeler des petites villages, pas plus hautes que 3 étages. Chaque villa est séparée par une végétation dense et reliée par des chemins en pierre. C’est donc une ambiance tamisée, calme et tranquille qui s’offre aux touristes dont je fais partie. Cependant, nous ne sommes jamais à l’abri de découvrir au détour d’un balcon, le voisin qui lui aussi contemple le paysage.

Le balcon de la piscine, lui, surplombe une vaste plaine clairsemée de quelques champs ici et là. Mais ce qui attire vraiment le regard, c’est la vue saisissante sur la mer qu’offre le point de vue. Je ne cesse d’admirer le ciel bleu, le soleil chauffant et l’étendue d’eau qui au loin m’appelle.

 

Lors de la première excursion, je notai deux faits marquants qui réveillent ma curiosité. Tout d’abord, le nombre impressionnant de chantiers de construction stoppés. Où que l’on aille, il est possible d’en apercevoir : en face de notre fenêtre, sur la route qui mène vers la place, ou le long de toutes les routes d’ailleurs. Mais ce qui m’étonne le plus, c’est que tous semblent arrêtés exactement au même stade : seuls des piliers reliés entre eux et formant de grands cadres surplombent les collines. Pas de murs, seulement de grandes ouvertures qui laissent deviner la forme probable du bâtiment. Après une de mes remarques, mon père me fit noter que cela résultait sans doute du même phénomène sévissant en Espagne : la construction s’arrête afin que les propriétaires n’aient pas à payer de taxe. Mais quel est l’intérêt de dépenser du temps et de l’argent dans une maison dont on sait qu’elle ne sera jamais finie ? Ainsi, des épaves de demeures se confondent dans le paysage, au point de sembler faire partie du décor environnant.

 

Sur notre route descendante et sous le soleil déjà chaud, la vie humaine ne s’est vraiment manifestée qu’arrivés en bas des hauteurs. De nombreux petits commerces se succèdent, espérant attirer les touristes qui se baladent. Je note cependant qu’au détour d’une supérette, nous avons pu acheté une grande bouteille d’eau – et fraîche – pour seulement 50 centimes, soit près de 4 fois moins cher qu’en France pour le même produit. Mais revenons à nos cigales. Lorsque j’aperçu la plage, je fus étonnée par la proximité de l’eau avec la route piétonne ; juste de quoi mettre un transat. L’avantage étant que les voisins de plage sont ainsi moins nombreux. La plage est peu large, mais assez longue et est déjà bien remplie à 9h30. Mais à aucun moment je n’ai ressenti cette désagréable impression d’étouffer, la serviette collée à celle des autres, ou d’être sur une plage bondée – et pourtant.

Le deuxième fait marquant que j’évoquai auparavant, fut la présence majoritaire de Russes. J’avais déjà noté sur le chemin le nombre important d’enseignes et de documents en cyrillique ; j’ai ainsi vu – et pris en photo pour souvenir – un magasin affichant le mot « шубы », fourrures devant lequel j’ai dû m’exalter 5 bonnes minutes. En tant qu’apprentie russophone et russophile, cette découverte m’enjouait et me donnait ainsi une occasion de travailler quelque peu. Mais l’engouement certain des premiers temps a vite disparu pour laisser place à une grande déception. Certes, il m’était donné d’entendre parler russe tout autour de moi, par des gens de tout âge. Mais cette situation m’a aussi amené à réaliser une bien triste nouvelle – dont je présageais déjà l’existence : impossible de comprendre. Alors bien sur, j’ai pu comprendre des phrases telles que – je vous épargne la version russe – « Viens ici », « Allez ! », « Va là-bas » et quelques mots perdus dans une phrase… 3 ans sont bien peu pour apprendre à maitriser une des langues les plus difficiles au monde. Je peux me vanter de savoir traduire un texte sur l’évolution économique du pays mais suis incapable de comprendre un enfant de 4 ans ou de tenir une discussion dépassant 30 secondes. Paradoxal, non ?

 

Enfin. En dehors de ces русские qui peuplaient – densément – la plage, j’ai profité comme il se doit de la beauté de la mer mais aussi de sa chaleur. Fini le moment d’hésitation lorsque le doigt de pied effleure une vague avant de se retirer loin, loin, loin sur le sable chaud. Fini le trépignement des enfants ou le dégoût – le mien – face aux algues et aux méduses : tout simplement parce qu’il n’y en a pas. Et même si une salade de mer tentait de s’approcher de mes cuisses, l’eau bleu clair et limpide me permettrait de l’apercevoir plusieurs mètres à la ronde. Je note également que les poissons ne sont pas peureux, sans doute habitués aux va-et-vient des touristes, plongeurs et autres amateurs de la mer. Seuls ou en bans, ils se déplacent comme s’ils étaient seuls. Ce n’est pas sans appréhension que j’ai découvert ce phénomène, mais cette proximité me fut finalement agréable.

 

Mais cette plage ne fut pas la seule – découverte – de la journée. Après avoir longé un sentier au bord de mer, découvert une petite crique presque sauvage couverte de galets et admiré les somptueux paysages qui s’offraient à moi, je suis finalement arrivé à la plage de sable recherchée. Vu de haut, une crique dont la couleur de l’eau tirait sur celle d’un lagon et surplombée par une immense complexe hôtelier. J’apercevais dans le bas – ma destination – pagodes, parasols, transats et autres serviettes. De mon point de vue, l’eau parfois claire et d’autre plus foncée laissait déjà entrevoir son fond aux voyageurs en altitude. Je pris cette vue pour une invitation à y plonger. Et je ne m’y pas longtemps à rejoindre le sable et mettre les pieds dans l’eau. Je fus encore surprise par la douceur de l’eau – car habituée à celle de Bretagne ou plus généralement de l’Océan Atlantique. Je pense qu’il me faudrait quelques jours pour m’y faire totalement. À cela s’ajoutaient la pureté et la clarté de l’eau dans laquelle je nageais. Au sol, de gros galets – ce qui évite de se retrouver plein de sable lorsqu’on sort de l’eau – et dans l’eau de nouveaux poissons en quête de compagnie.

 

Se baigner dans la mer Égée est un privilège et j’en ai maintenant la conviction. J’en ai pourtant connue des mers, des océans et même le lac Michigan – le plus froid, ever – mais c’est comme si je redécouvrais les bonheurs de la baignade ; comme un nouveau né apprenant à nager. C’est donc comme un enfant avec des yeux vierges que je découvre doucement mais surement la Crète.

Au détour d'un sentier, vue sur la mer turquoise

Au détour d'un sentier, vue sur la mer turquoise

Publié dans #Κρήτη

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