Road trip sur la route 90

Publié le 3 Août 2013

Vue sur le port d'Agios Nikolaos

Vue sur le port d'Agios Nikolaos

Baie d'Agio Nikolaos

Baie d'Agio Nikolaos

En Crète, les nuits sont chaudes. Chaudes et bruyantes. Les réveils sont quant à eux pleins de surprise. Après avoir été réveillée par le bruit de cigales, celui des chiens ou encore par les voisins, voici la nouveauté du jour : le mec qui coupe les branches et les balaie à 7h30 le matin. Normal. Bon. Je peux comprendre qu’il fasse ce – sale – boulot avant que les touristes ne se lèvent, mais vu la très mauvaise isolation et la sensibilité développée de mes oreilles, j’aurais préféré qu’il s’abstienne. Tant pis pour la grasse mat’.

Pour aujourd’hui, nous avions prévu la grande aventure – si l’on peut dire que ça se prépare. Réservée la veille, une petite voiture blanche rugissant au nom d’Atos nous attendait devant l’agence de location. Je tiens à préciser que ce modèle est celui couramment loué aux touristes de passage ; il est donc normal d’en croiser à tous les coins de rues. Ayant 21 ans le jour même, j’aurais pu prendre le volant et zigzaguer dans les nombreux et sinueux virages. Mais je décidai – sage décision – de laisser mon conducteur de Formule 1 de père se charger de la conduite.

On pourrait croire que conduire dans un pays étranger est effrayant, troublant voire perturbant – l’Angleterre et l’Italie ne font pas exception à la règle. Cependant, les routes crétoises sont largement praticables ; il suffit de connaître les rudiments locaux de conduite – auxquels j’ai déjà fait allusion. Il ne faut pas juger au premier abord les Crétois de mauvais conducteurs ; car bien qu’ils utilisent la bande d’arrêt d’urgence, tous savent utiliser correctement leurs clignotants et font preuve d’une cordialité sans égal. Grâce à plusieurs années de conduite bien tassées, Papa Pilote a très vite été à son aise. En route pour de nouvelles aventures !

Et il n’y a vraiment pas à dire : la voiture offre une liberté dont on ne peut plus se passer ensuite. Difficile de reprendre le car, de suivre ses horaires fixes – et rares -, d’observer les longs détours effectués alors que l’hôtel n’est qu’à quelques mètres de là et de calculer les précieuses minutes perdues inutilement. Cette fois, nous étions libres. Maîtres de notre temps, guidés par nos envies les plus folles.

Premier arrêt, première merveille : Agios Nikolaos. Petite ville considérée comme le Saint-Tropez crétois – et oui, c’est connu jusque là-bas. Le coup de foudre fut instantané à la vue de ce port haut en couleurs le long du lac. D’un côté, un flanc de colline abrupt, de l’autres, des restaurants les uns à la suite des autres proposant inlassablement les mêmes plats – non appétissants – et ce, dans toutes les langues. Chaque point de vue donne à ce lieu un charme fou. En escaladant les ruelles, la ville est vallonnée, j’aperçois ça et là un coup la mer et son eau turquoise, un coup la montagne et quelques maisons. Je retrouve près du port, cette image caractéristique que je m’étais faite des maisons blanches et bleues. Un peu plus loin et à une centaine de mètres d’écart, deux plages s’offrent aux passants alors qu’on reste en plein centre-ville. Je peux sortir faire mes courses et regarder les gens qui se baignent ou bien lézarder au soleil en observant les gens qui travaillent – j’ai déjà choisi ma place.

Pour déjeuner et « fêter ça » comme dirait mon père, nous cherchons un restaurant typique ; bien différent des places touristiques dont les serveurs alpaguent les possibles clients à coup de « Hello Sir », « Bonjour Monsieur », « Здрадствуйте » en espérant retenir leur attention – et leur argent. Je trouve finalement mon bonheur à la Creta Embacy : pas un chat sur la terrasse, à l’ombre d’un arbre où s’entassent des objets plus fous les uns que les autres. Derrière la table, un vieux vélo crevé, pendue à une branche une petite hélice d’avion, des poteries de toutes les époques dispersées autour des chaises.

Nous commandons chacun une moussaka, plat typique crétois à base de viande et d’aubergines qu’il ne nous avait pas encore été donné de gouter. Mon père se lance à vouloir prendre du raki, je me contente d’une bouteille d’eau. L’expression qui s’est formée sur son visage lorsque nous fûmes servis me fit sourire. Eh oui, il ne faut pas confondre l’ouzo – boisson alcoolisée locale – et le raki – alcool fort de type digestif qui pourrait être comparé à la vodka mais à la grecque. Il goute, grimace, m’en propose. Je sens, refuse et grimace à mon tour. Il regarde à droite, puis à gauche et me dis : « J’ai peur qu’elle le prenne mal si je ne le bois pas ». Je comprends ce qu’il veut dire. La plante à côté de la table doit encore avoir la terre sacrément alcoolisée…

Une délicieuse moussaka dans le ventre, nous reprenons la voiture direction Elounda et sa presqu’île. La tête dehors – oui, comme les chiens ou les enfants – je contemple le paysage magnifique qui se présente sous mes yeux. Quelques photos plus tard, je ne rêve que d’une chose : une baignade. L’eau est fraîche, la vue est sublime, le sable pas trop chaud et les touristes peu présents. Cette partie de la Crète est celle que je préfère désormais. Il y a un petit quelque chose qui fait qu’on s’y sent bien, au calme. Les enfants jouent au bord de l’eau, d’autres crient et pleurent ; les mères sont allongées sur un transat, au soleil où à l’abris du parasol – tout dépend de leurs envies respectives pour ce qui est bronzage ; les pères quant à eux – et mon père en fait partie – regardent les jeunes filles aux alentours, se pensant protégés par leurs lunettes de soleil. Ah, la belle vie…

Cinq kilomètres plus loin, me voici à Plaka. Une charmante petite ville, connue pour sa promiscuité – moins d’un kilomètre – avec l’île de Spinalonga, aussi connue sous le nom de « l’Île des Lépreux ». La courte balade sur le bord de mer nous a donné faim : l’heure de la glace a sonné ! Anniversaire oblige, nous voilà chacun avec une coupe glace incroyablement chargée – pour le bonheur de mes papilles. Avec le peu de force qu’il me reste ensuite, je me hisse jusque dans l’eau et me laisse flotter au soleil – je ne comprends toujours pas comment j’ai pu ne pas couler. Languir au soleil sur les rochers a beau être moins conformable, cela n’en demeure pas moins agréable.

Il est presque six heures. La journée commence à se faire longue et la voiture fond au soleil. Fenêtres ouvertes, cheveux aux vents, les enceintes diffusant des chansons grecques, nous rentrons la tête pleine de souvenirs.

L'île de Spinalonga

L'île de Spinalonga

Plage d'Elounda

Plage d'Elounda

Publié dans #Κρήτη

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