Héraklion, capitale et centre économique
Publié le 31 Juillet 2013
Une nouvelle journée, une nouvelle aventure. En ce mercredi matin, alors que le soleil tapait déjà fort sur nos têtes nues, nous prîmes la route de la plage. Arrivés à l’arrêt de bus – et avec près de 25 minutes d’avance, bus crétois obligent – et avec de nombreux autres touristes, nous regardons passer les cars en se demandant lequel sera le nôtre. Une fois à l’intérieur, je contemplais – comme toujours – les paysages s’offrant à mes yeux, à la recherche de nouvelles trouvailles. Je ne fus pas déçue ! Durant ce trajet, j’ai d’ailleurs fait plusieurs observations – toutes ne valent pas leur pesant de cacahuètes, il faut l’avouer. La première dont je tiens à parler a déjà été évoquée hier : les bâtiments en construction non finis. Bien plus nombreux que ce que je pensais, ils peuplent les routes et les plaines autour de moi. J’ai cependant remarqué que leur utilité avait tendance à évoluer au fil des kilomètres : le rez-de-chaussée est habité par les occupants tandis que du toit sortent des barres métalliques, censées accueillir de nouveaux parpaings afin de former un étage supplémentaire. Et ce phénomène n’est pas propre à juste une ou deux bâtisses aux alentours mais semble s’appliquer à toutes les maisons en construction ! Problème de taxes, de manque de moyens ou même de matériaux, je ne sais pas. Mais cela ne manque pas d’éveiller en moi un étonnement de taille.
Plus l’on se rapproche de la capitale, Héraklion, plus ce type de maisons décousues – si je peux utiliser ce terme – se fait rare et laisse place à des immeubles hauts de plusieurs étages. La route a elle-aussi changée : les chemins sinueux et étroits ont laissé place à une nationale où il est donné de rouler plus vite encore. L’attitude des chauffeurs crétois est d’ailleurs bien particulière. La bande d'arrêt d’urgence est devenue une voie normale où toute voiture qui le souhaite peut circuler. Elle perd de ce fait son utilité première, il est donc impossible de vouloir s’y stationner en cas de problème, faute d’avoir un accident. La ligne blanche devient franchissable à qui veut doubler, et les cars ne dérogent pas à la règle ! Bien que le prix des amendes soit ici conséquent, la vitesse m’a semblée être largement dépassée. Avez-vous déjà vu un car rempli de touristes, doublé une voiture roulant sur une voie d’arrêt d’urgence en dépassant une ligne blanche continue ? Moi oui. En Crête, c’est la routine.
Pour en revenir au type de bâtiments que l’on trouve, une grande diversité est à noter. La présence du centre économique se fait sentir sur tous les plans. Mais c’est surtout une fois dans la ville que l’on prend comme une claque. Finis les champs et collines à perte de vue, le calme et la tranquillité de la campagne, le bruit des cigales en fond sonore. Bonjour les bouchons, les grandes marques, les hauts immeubles et les mendiants ! On pourrait même oublier que l’on se trouve en Crète. La seule chose qui me rappelle à la réalité est la langue grecque présente sur les panneaux et enseignes ainsi que dans la bouche de nombreux passants. Quoique…
Je l’avais déjà évoqué hier, mais la présence des Russes et est ici incroyable. Je me demande si je n’ai pas entendu plus de russophones aussi que d’hellénistes ! Le russe, seconde langue nationale, en compétition avec l’anglais, je n’y aurais jamais cru. Encore une opportunité pourrait-on dire…
Au sein de la ville s’enchainent petites rues remplies de boutiques – proposant sans cesse les mêmes produits destinés aux touristes -, de grands magasins, de lieux de restauration en tous genres. Je découvre avec un malin plaisir les différentes places et fontaines qu’offre la ville. Contrairement à mon père qui aime suivre ses plans et le guide du Routard, je me complais à choisir une rue en fonction de ce qu’elle m’inspire. Deux modes de tourisme en conflit. Que le plus convaincant gagne !
Et comment pourrais-je oublier de citer le site de Knossos ! Kno quoi ? Knossos. Le site archéologique de Knossos. Mais si, le temple du roi Minos. Le Minotaure, Ariane, son fil. On a tous vu cette fameuse histoire en cours d’histoire au collège – ou alors était-ce parce que j’ai suivi des cours de latin…
D’après le nom et le contexte historique d’un tel site, on peut s’attendre à un voyage dans le temps digne de ce nom ! La chute est à la hauteur de la déception. Loin de moi l’envie de critiquer les touristes dont je fais également partie, mais je ne suis que très peu friande des cites bondés, peuplés d’hommes, de femmes et d’enfants armés de leur appareil photo près à poser devant une sculpture ou un monument connu dans le seul but de pouvoir se vanter ensuite : « Moi, j’y étais ». Le guide du Routard nous avait pourtant prévenu, la curiosité fut vainqueur.
L’arrivée sur le site plante déjà le décor. Un parking plein à craquer de cars en tous genres et une file d’attente longue comme mon bras en plein soleil. Autant dire que la pression monte. Une heure demi d’attente – pendant laquelle je m’instruisais de l’histoire du temple – pour découvrir que la pancarte affiche la somme modique de 6€ pour un ticket. Bien que choquée et horriblement surprise par un tel prix, je refuse de laisser ma place aux Russes mangeant leur glace derrière. J’ai attendu, j’ai payé, j’y vais.
Il est tout de même bon de savoir que si on ne parle ni grec, ni anglais, la visite risque fort de perdre le peu d’intérêt qu’elle présente à la base. Il faudra alors s’équiper d’un guide en chair et en os afin de comprendre quelques bribes de l’histoire. Heureusement pour moi, un guide papier auquel j’ajoute mes connaissances en langues me permet de comprendre sans avoir pour autant à suivre les différents troupeaux linguistiques formés de part et d’autre sur le site. Mon père, déjà quelques mètre devant, ne semble pas vraiment porter intérêt à ce qui s’offre à ses yeux ; et ma compréhension envers un tel comportement est totale. Vendre l’appellation de « temple » est effrontément osé étant donné qu’ils ne restent que des ruines – autrement dit les vestiges des murs haut d’une vingtaine voire une trentaine de centimètres. Il est également très facile de déceler les parties qui furent rénovées voire carrément ajoutées à celles d’origine. Je doute qu’en 1650 av JC, date de construction du dit-temple, l’esthétique était celle observée par mes yeux à l’affut du moindre détail. Je prends néanmoins mon rôle de touriste à cœur : quitte à faire un site ultra touristique – et inutile – autant le faire à fond. Je lis toutes les pancartes, prends des photos, tentent d’imaginer la magnificence passée d’un tel temple.
Je finis par me prendre au jeu et chercher à comprendre l’utilité de chacune des pièces autour de la place centrale. J’en profite pour ajouter une anecdote à ma culture générale : le labyrinthe dans lequel Thésée se perd poursuivi par le Minotaure n’en était pas vraiment un. Le temple était constitué d’une succession de petites pièces plus ou moins bien reliées entre elles. On peut alors comprendre qu’il fut facile de s’y perdre, même pour un héros grec. Merci Ariane !
Au bout du compte, la visite quelque peu bâclée, se fit en 30 minutes montre à la main. Déçue, j’avais l’impression d’avoir été prise pour une imbécile – ce qui n’est pas loin de la vérité – et ressentais l’envie de faire fuir les pauvres visiteurs attendant sous un soleil de plomb. Finalement, le frappé au café fut notre seul vrai lot de consolation.