L’art contemporain pour les nuls
Publié le 5 Septembre 2013
En cette journée calme et particulièrement chaude, il fait bon se poser à l’ombre d’un arbre, sur un banc, au bord de l’Ill, près de la Petite France. Lire à l’extérieur est devenu pour moi une habitude – on sent que la rentrée n’est pas encore arrivée – et je prends un malin plaisir à observer les gens qui passent.
Alors que je venais tout juste de poser mes affaires et moi-même sur un banc tranquille, un groupe de trois sexagénaires – voire plus – bien en forme, me demande la permission de s’asseoir à mes côtés. Jeune fille bien élevée que je suis – merci maman, merci papa – je leur sers un doux « Mais oui, bien sur » avec mon plus beau sourire. Effet garanti ! Je reçois en échange un « Vous êtes vraiment très gentille mademoiselle ».
S’en suivent des conversations diverses et variées. J’ai appris qu’une des dames avait travaillé dans le bâtiment juste en face de nous, au rez-de-chaussée, qu’elle avait loupé son équivalent du Bac à cause d’un fichu examen de latin – pour avoir 1/20, il devait être sacrément difficile – et qu’elle ne payait pas d’impôts, à son plus grand bonheur. Sa voisine, plus discrète, se contentait de hocher la tête et d’émettre un petit « oh bah oui… » de temps de temps. À l’autre bout du banc, la dernière des trois compères semblait très remontée : sa fille enceinte, passe ses journées dans le canapé, à s’abrutir devant les émissions de téléréalité et ne s’intéresse à rien ; et selon elle, chacun devrait payer des impôts, même si c’est seulement de l’ordre de 20€ par mois. Parce que « si tous les Français faisaient ça, ça changerait les choses ! » et sa copine de répondre, « et il y en a des choses à changer ».
Bref. Une discussion de retraités sur un banc, quoi.
Enfin, là n’est pas ma principale attraction de la journée. Je passe les diverses – et chiantes – étapes administratives qui ont ponctué ma journée et arrive directement à l’essentiel : la visite guidée de l’exposition Wanderung/Promenade (dans le cadre des nombreuses sorties organisées parStrasbourg aime ses étudiants).
Le CEAAC – découvert il y a seulement quelques jours – permet à tous les amateurs d’art contemporain d’admirer six expositions consécutives tout au long de l’année, et qui plus est, sans débourser un centime – parfait pour l’étudiante que je suis. Gérald Wagner, concepteur de l’œuvre, est notre guide.
Cet homme d’une quarantaine d’année, aux yeux bleus et aux cheveux dégarnis fait preuve d’un enthousiasme incroyable ; et mon esprit a déjà quitté le monde réel pour celui de l’art. Au cours de ses premières explications, il détaille l’origine de l’exposition et le thème qui en découle : l’évolution de l’homme, son envie d’avancer et de s’élever.
Artistes français et allemands ont allié leur talent pour cette exposition
Et nous voilà parti pour deux heures de découverte totale : moi qui suis toujours restée froide devant l’art contemporain, une nouvelle perception de ce dernier se dévoile soudain. Ce bout de bois couché par terre n’était pour moi qu’un bout de bous couché par terre à la première approche. Or, en essayant de comprendre l’intention de l’artiste – et avec une bonne d’ose d’imagination, il faut le dire – on entrevoit le détail des courbes effectuées par l’arbre afin de contourner les obstacles et poursuivre sa croissance vers le ciel – je conseille vivement de regarder l’image qui se réfère pour une meilleure compréhension.
Au fil des œuvres observées, admirées, contemplées, détaillées, expliquées, analysées, toute l’exposition prend son sens et chaque objet, chaque photo, chaque sculpture tend à suivre le fil rouge. Ce ne sont plus de simples coups de crayon et de pastel, mais une évolution de la fleur mise en perspective. Ce n’est plus une pyramide esthétique de pollen mais la perception – à grande échelle – de ce qui est d’ordinaire invisible. Ce n’est pas une simple fresque murale, mais l’apologie de la nature sous un angle encore inconnu.
Si je devais trouver une maxime pour cette exposition, ce serait « Tout commence par une balade ». Si je devais dire un mot à notre guide, ce serait « Merci ». Si je devais donner mon impression de façon succincte, ce serait « Encore ».
Finalement, l’art contemporain – à la portée de tous si on prend le temps – m’a offert une belle promenade en ce jeudi de soleil.
Marcher, c'est prier avec ses pieds.