La fin des stéréotypes allemands
Publié le 14 Décembre 2013
Nous sommes le samedi 14 décembre. Il est 7h et le réveil sonne. Les yeux encore endormis, je quitte mon appartement et quelques pas plus tard, suis à l'arrêt de tram. La pluie glaçante accompagne un ciel plombé dans une ambiance fraîche. 8h30, nous nous retrouvons tous à Jean Jaurès pour prendre le bus 21. 8h38, installés à l'arrière nous voici partis pour Kehl. Je passe une nouvelle fois le pont qui marque la frontière mais l'effet est bien moindre que la première fois. En une petite demi heure, nous arrivons devant la gare. Le temps de retrouver le professeur d'allemand qui sera notre guide et de prendre les billets et nous nous postons sur le bon quai. 7,50€ l'aller-retour grâce au tarif groupe, ça vous donnerait envie de voyager plus souvent !
9h34, et tous dans le train - contrairement à ce qu'on pourrait croire, les Allemands sont en retard. Une escale s'impose à Offenburg pour changer de train. Après s'être assuré que personne ne manquait, chacun prend place dans la partie supérieure du wagon. Notre groupe de 9 se sépare. Tandis que 4 discutent tranquillement, les 5 autres - dont moi-même - décidons d'un commun accord de jouer aux cartes - la table s'improvise sur nos genoux. Président, bataille corse, les esprits s'échauffent, les voix s'élèvent et les mains tapent de plus en plus fort. À peine avons-nous un vainqueur - ou devrais-je plutôt dire une - le train arrive en gare. Il est presque 11 heures. Freiburg, nous voilà !
La déception de constater qu'il pleut aussi - et malheureusement - ici se lit sur tous les visages. Notre groupe de capuches et parapluies prend alors le chemin de la découverte. Je tente de suivre de près le professeur pour ne pas perdre une miette des anecdotes qu'il pourrait nous dévoiler. Le premier arrêt se fait au Musée Archéologique qui surplombe la place. Il nous explique que le bâtiment fut à l'origine construit pour une maîtresse de Colombie, par la suite délaissée. De cette triste histoire reste cependant une belle architecture rouge brique. Aux alentours, j'observe la Forêt Noire qui s'étend sur les collines environnantes. Malgré la pluie, le paysage me plaît.
Tandis que nous quittons l'entrée du Musée commence notre véritable découverte de Freiburg. Mais à peine la route traversée, il nous invite à être vigilants : ici, pas de trottoir, il y a donc des rigoles - particulièrement profondes - pour faire évacuer l'eau. Tâchez de ne pas tomber dedans, sinon gare à vous ! Une légende raconte que si l'on y met un pied sans faire exprès, on est destiné à se marier à un(e) Freibourgeois(e) dans l'année. Dire que j'ai failli y plonger ma botte lors d'un moment d'inattention...
Nous suivons tant bien que mal le professeur dans cette foule compacte aux abords du marché sur la place de la cathédrale. Nous perdons d'ailleurs plus de la moitié du groupe et ne sommes plus que 10 - pour au moins 20 à l'origine. Mes yeux passent des pavés - pour éviter les rigoles - aux maisons dont la couleur est chaque fois différente, à notre guide qui court presque - je n'exagère que très peu. Au détour de quelques boutiques de prêt-à-porter et sous-vêtements, je remarque avec un compère que les mannequins sont ici plus corpulents - à l'image des Allemandes ? Non, je ne me permettrais pas.
Je retrouve dans ces rues des éléments qui me rappellent Strasbourg et Colmar et l'influence de l'architecture allemande sur ces villes alsaciennes - vue et revue en cours - prend soudain tout son sens. Nous tombons tous en extase devant une ruelle où la verdure orne les murs et fait office de liaison entre les demeures. Des boutiques qui vendent du pain d'épice, des bijoux, des vêtements, des épiceries, on y trouve de tout. Et je dois dire que les décorations de Noël jouent pour beaucoup à la beauté de l'endroit.
Dans les rues de Freiburg, Allemagne
12h30, mon ventre fait un vacarme. Et lorsque nous nous arrêtons devant un menu écrit en allemand et que le prof nous en fait la traduction, la faim se lit sur tous les visages et j'entends à plusieurs reprises des "On s'arrête ici ?", des "J'ai faim", ou encore des "J'ai déjà choisi". Mais la visite du matin n'est pas encore achevée et nous continuons encore le temps de quelques rues. Nous retrouvons l'artère principale et le professeur nous propose de nous arrêter pour nous restaurer au chaud. Les mains frigorifiées et les estomacs creux qui nous représentent parfaitement à cet instant, acquiescent.
Il nous fait au passage découvrir un genre de cantine très répandue en Allemagne : sur une grande surface se succèdent des stands de spécialités du monde entier. Il suffit de prendre une assiette et des couverts à l'entrée et de choisir si l'on mange afghan, indien, chinois, thaïlandais, italien, marocain ou bien allemand. Le seul hic est qu'il faut manger debout. Je suis quelque peu frappée par ce choc des cultures. Si nous Français tenons à notre pause du midi d'au moins 1 heure - et je suis gentille - les Allemands ont eux l'habitude de déjeuner en une demi heure mais de finir plus tôt leur journée de travail. Bien que les papilles salivent avec ces odeurs, nous décidons de nous installer dans un restaurant non loin de là, afin de reposer nos jambes.
Nous optons pour l'"Harmonie" - retenez bien ce nom. Nous prenons place à une grande tablée pour les 10 affamés que nous sommes. Les yeux sont très rapidement rivés sur la carte, en quête de quoi rassasier nos estomacs. Malgré toute la bonne volonté du monde, nous nous heurtons - presque tous - à un problème de taille : la langue. Certes, nous ne sommes pas en Chine et ne risquons pas de tomber sur les abats parce que nous ne comprenons pas un caractère, mais je ne veux pas être déçue. Avec l'aide des quelques - et très utiles - germanophones, je me décide pour des käsespätzle et nombreuses sont celles à me suivre. Le serveur arrive ensuite pour prendre la commande, et c'est ici que la situation se gâte...
Je vous laisse imaginer la pagaille pour expliquer les plats, demander au prof de prendre la commande pour tout le monde, s'assurer que c'est le bon plat... C'est d'autant plus délicat que le serveur fait preuve d'une mauvaise foi sans égale et soupire sans gêne face à notre maladresse. Au moment de repartir, je lis dans ses yeux un exaspération profonde. Nous sommes tous choqués par son manque de tact. J'en arrive à me demander si c'est par punition qu'il met un temps fou à nous servir les boissons, puis très longtemps après les plats. Il faudra compter au moins une heure pour que tout le monde puisse enfin manger - pendant que certains mangent, les autres regardent et vice versa. Enfin repus, nous décidons de prendre un dessert ailleurs qu'ici. Le serveur qui exaspère déjà tout le monde arrive finalement avec l'addition.
L'histoire aurait pu continuer ainsi "ils payèrent et continuèrent leur promenade dans le coeur de Freiburg" mais ce n'est pas le cas. J'avais pris le soin de rassembler et de compter l'argent afin de payer la note - sous le regard vérificateur de mes compagnons. Aucun doute, il y 95€ en billets et 6€ et quelques en monnaie sonnante et trébuchante. Sous nos yeux ébahis, le - foutu - serveur empoche les pièces, les glisse dans la banane qu'il avait apporté et déclare d'un ton fier - en allemand : "Il manque 9€". Je le regarde et d'une seule voix, nous nous exclamons que non, le compte est bon. Il recompte les billets devant nous - d'ailleurs il manque un billet de 10 - et nous affirme que c'est le seul argent que nous lui avions donné. Je suis profondément choquée par son abus et son obstination à mentir. Un de nous sort finalement un billet de 5€ et ajouter les 4€ en pièces que nous avions refusé de lui donner en pourboire. Et dire qu'il s'en est sorti ce bougre...
Nous ressortons d'ici tous plus furieux les uns que les autres. Et nous aurons du mal à changer de sujet. Tandis que je manque - à nouveau - de marcher dans une rigole, une camarade me lance : "Fais gaffe ! Tu pourrais te marier avec le serveur !". Quelle horreur...
Quoi de mieux pour nous changer les idées que la cathédrale de Freiburg ? La deuxième plus réputée après celle de Strasbourg - bien évidemment. Avant même d'entrer, notre guide et professeur attire nos regards sur les nombreuses sculptures qui ornent son entrée. La visite intérieure n'en est que plus belle. Pendus à ses paroles, il nous décrit le mélange architectural entre les styles gothique et roman en son sein-même et nous fait observer qu'il est possible de faire le tour de l'autel - en passant derrière. Nous entamons donc un tour de la cathédrale. Je suis touchée par la beauté des vitraux et leurs couleurs vives, par les détails des sculptures environnantes, par le point culminant de la nef.
Tandis que j'observe les innombrables dorures, je tends l'oreille aux récits de notre guide. J'apprends ainsi qu'en Allemagne, tous les contribuables doivent payer un impôt sur l'Église - impôt qui s'impose de fait. Si vous souhaitez ne pas le payer, c'est possible. Il y a cependant plusieurs enjeux : il faut passer devant un tribunal spécialisé - et sans doute motiver la requête - il ne sera plus possible de se marier à l'église, de baptiser les enfants ou de recevoir un enterrement religieux. Catholiques, protestants et juifs sont tous soumis à cet impôt, mais j'entends quelqu'un souligner que "les protestants et les juifs paient sans doute surtout pour les églises catholiques". Et elle n'a pas tort.
La visite de la cathédrale s'achève et nous décidons de monter sur la plateforme à disposition. À la suite les uns des autres dans les escaliers en colimaçon, personne ne fait le fier. Arrivés au premier étage, nous observons à travers les grilles le peu de choses à voir. Soudain, DOOOONG ! Les cloches se mettent à sonner. Je suis rassurée de constater que je ne suis pas la seule à avoir sursauté. Au moins, maintenant je sais qu'il est 14h.
La deuxième étape se trouve à des dizaines de marches plus haut - au total, on compte 237 marches aller, et donc 237 retour. Cette fois, la vue est sublime. D'un côté sur la ville, de l'autre sur la Forêt Noire. Je tente de prendre des dizaines de photos mais aucune ne représente vraiment ce que je vois - saleté d'appareil. Une photo de groupe, un dernier coup d'oeil et la descente commence. Autant dire qu'elle fut bien plus longue que l'ascension. Agrippée à la rambarde, j'espère ne tomber sur personne sur ma route. C'était peine perdue - mais hors de question que je quitte l'extérieur de l'escalier. Lorsque je mets finalement un pied sur le sol ferme, j'éprouve un soulagement certain.
Il ne nous reste qu'une demi heure avant le train, mais je ne quitterai pas Freiburg avant d'avoir parcouru un peu le marché de Noël. Nous tentons de nous frayer un chemin dans la foule. Je retrouve cette ambiance que j'aime tant. Certains optent pour un verre de vin chaud, j'opte personnellement pour un feuilleté au pommes qui n'est pas sans me rappeler un apfelstrudel. 20 minutes. C'est désormais le temps qu'il nous reste. Direction la gare !
Le trajet est plus calme que l'aller, et nombreux sont ceux qui piquent un petit somme. La tête dans mes pensées, je regarde le paysage défiler avec en fond, le coucher de soleil. La fatigue commence à me prendre aussi - doucement mais surement. Je retrouve la Gare centrale de Strasbourg vers 17h45. Mes jambes peinent à me porter jusqu'à chez moi et je suis heureuse de retrouver la chaleur de mon appartement.
Pour terminer cette belle - mais fatigante - journée, je me délecte à boire un citron pressé chaud au miel au bar Xanadu, en jouant au cartes entre ami(e)s. Et je finis enfin par rentrer. Exténuée.