Découverte d’une institution européenne

Publié le 30 Septembre 2013

Le Conseil de l'Europe, Strasbourg

Le Conseil de l'Europe, Strasbourg

J’ai été créé le 5 mai 1949 après la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Je compte 47 pays membres, dont tous les pays européens sauf la Biélorussie. Ma création repose sur la volonté de promouvoir la paix, la démocratie et les droits de l’homme. Mes quatre organes principaux sont le Comité des Ministres, l’Assemblée parlementaire, le Congrès des pouvoirs locaux et régionaux et de la Cour Européenne des Droits de l’Homme. Mon secrétaire général est actuellement un norvégien. Qui suis-je ?
Le Conseil de l’Europe, pardi !

En ce lundi ensoleillé débute une cession parlementaire au Conseil de l’Europe que je m’apprête à visiter. Nous arrivons juste à l’heure, ne trouvons pas notre nom sur la liste des personnes, notons nos noms en bas de ladite liste et patientons. L’attente commence à se faire longue sur le parvis en plein soleil. 14h30, un vigile nous donne un pass que l’on doit accrocher à nos vêtements – et que l’on pourra garder à l’issu de la visite. Quel beau tableau : un groupe d’une vingtaine d’étudiants strasbourgeois, tous affublés d’une belle étiquette à attendre le « feu vert » pour monter les marches. Le départ se fait – enfin – entendre.
Encore un sas de sécurité – on se croirait à l’aéroport – et nous entrons dans le hall. La structure centrale et les escaliers qui la contournent sous tout en bois. L’ambiance est sérieuse et les gens tous vêtus de costumes et de tailleurs strictes. Pas de sourire, pas de temps à perdre. Nous sommes au Conseil de l’Europe et ça ne rigole pas.

Un dame aux lunettes violettes nous accueille et nous dirige vers une salle – de conférence je suppose. Et la voilà partie pour 10 minutes de débit de paroles ininterrompu sur l’histoire du Conseil et tous les détails utiles à connaître. S’en suit un film documentaire d’un quart d’heure. Je note qu’afin de mieux atteindre le public jeune, l’hymne européen – autrement dit l’ode à la joie – est repris de façon disons hard-électro : fini les violons, bonjour les basses et les « boom-boom » à faire trembler les sièges. Et je peux passez à la suite sans mentionner la vue aérienne de Strasbourg sous un soleil couchant digne des Caraïbes, en tant qu’image de fin. Je doute sincèrement que cette pause de visionnage ait un réel intérêt. Mais bon. Passons.

L'hémicycle du Conseil de l'Europe (en vrai)

L'hémicycle du Conseil de l'Europe (en vrai)

Arrive le moment le plus attendu, le plus intéressant, le plus palpitant. Le dépôt des vêtements et sac au vestiaire et nous montons les escaliers en colimaçon. Nous y voilà. Nous sommes au cœur de l’hémicycle.

Je suis impressionnée. Je ne pipe mot et regarde la salle dans les moindres détails. Une, deux, trois photos plus tard, je prends place dans la tribune attribuée. Je remarque le bureau central à l’avant, le pupitre, les rangs qui leur font face, la cabine des traducteurs, les grands écrans qui retransmettent les images et les comptes à rebours du temps de parole de chacun.
Aujourd’hui, nous avons l’honneur de voir le président du Comité des Ministres et Ministre des Affaires Étrangères arménien faire son discours d’introduction. Il dit et répète que la lutte contre la peine de mort, la discrimination, le racisme, toutes formes de violence est et demeure une priorité pour le Conseil. Il finit son discours et va se rasseoir sous les applaudissements de ses camarades parlementaires. Vient alors le moment des questions et des réponses évasives du président. Ce dernier n’hésite pas à être abrupt dans ses paroles, aussi bien en anglais qu’en français.

Tandis que les oreilles et mon cerveau se combinent pour traduire tout ce qui est dit, mes yeux observent les – très nombreux – mauvais élèves qui peuplent la salle : un lit le journal – à l’ancienne – tandis que la majorité surfent sur Internet par le biais de leur ordinateur, de leur tablette ou de leur smartphone. Un homme qui a pris ses aises, avachi sur son fauteuil, les pieds dans l’allée et son iPad bien évidence, me fait sourire. Alors ça ressemble à ça une cession parlementaire au Conseil de l’Europe. Des hommes et des femmes, réunis dans une salle et assis sur des sièges bleus, parlant à tour de rôle sous la menace d’un chronomètre géant. Pas de débat, un manque d’écoute et d’attention certain se fait sentir dans les rangs. Le spectacle s’arrête là, nous devons partir.

À la sortie, nous nous voyons offrir prospectus et stylo – c’est la crise. Sur le parvis, j’observe les drapeaux alignés et remarque que les chants kurdes en guise de manifestation n’ont pas cessé.

Pour des gens qui faisaient des cocottes en papier en cours de méthodologie documentaire le matin même, l’ascension intellectuelle est telle que j’en ai le tournis. Merci Strasbourg de tant m’instruire !

Les mauvais élèves
Les mauvais élèves
Les mauvais élèves
Les mauvais élèves
Les mauvais élèves

Les mauvais élèves

Rédigé par Bouriaud Manon

Publié dans #Strasbourg

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