Portrait du métro parisien (1)

Publié le 10 Octobre 2014

L’homme est corpulent. Assis sur un siège rabattable du métro parisien, il est légèrement penché en avant. Son imperméable est ouvert et laisse paraître plusieurs couches de vêtements trop chauds pour la saison.

Autour, les passagers sont solitaires. Plus ou moins par choix. Les yeux rivés sur leur smartphone ou sur un journal gratuit et sans intérêt, l’être de base n’est ici ni ouvert sur l’extérieur, ni même intéressé par ce qu’il s’y passe. Il est sous terre et se tait.

L’homme, lui, ne fait rien de tout ça. Le regard rivé au sol, sa concentration est maximale. Ses doigts boudinés passent tour à tour dans sa narine droite. Ils tournent, ils grattent, ils tentent de se frayer un chemin jusqu’à l’insaisissable, l’indésirable. Déterminé, l’homme essaie encore et toujours, presque désespérément, de se débarrasser dudit parasite.

Soudain, il touche au but. L’auscultation de son auriculaire droit lui donne raison. Il observe son ongle sous tous les angles, mais sur son visage, aucune expression de satisfaction n’apparaît. Comme si ce rituel faisait partie de sa routine matinale.

Il jette quelques coups d’œil furtifs aux alentours, comme un enfant qui craint d’être pris sur le fait et privé de dessert. Mais personne ne semble se soucier de cet homme parmi tant d’autres, de cet acte à la fois primaire et peu ragoûtant.

Son auriculaire est frotté à de nombreuses reprises sur son pantalon désormais sale et, soulagé, il reprend son activité favorite. Ne rien faire.

Bastille. Les portes s’ouvrent. Un flot de passagers s’engouffre dans le wagon tandis qu’une vague d’air frais soulage les poumons et l’esprit de ceux déjà présents. Une jeune femme se place debout, sa main gauche fermement agrippée à la barre centrale couverte d’empreintes d’étrangers. Casque sur les oreilles, elle fait abstraction du monde qui l’entoure et la bouscule.

L’homme, maintenant avachi en arrière, la regarde. Les yeux de ce dernier commencent par ses chevilles que laissent entrevoir ses bottines sombres. Ils remontent ensuite le long de ses mollets puis de ses cuisses. Soudain saisi par une once de culpabilité, il déplace précipitamment son regard vers son visage. Ce qu’il y voit ne semble pas assez lui plaire pour le retenir.

Il revient vite en dessous de la ceinture et scrute les détails de son corps de jeune femme avec excès. Toujours comme un réflexe, une habitude. Sans ressentir la moindre gêne quant à la signification de ce regard insistant et déplacé.

L’homme est seul, nonchalant et laisse courir ses yeux où bon lui chante. Il écoute ses envies, ses pulsions, même si cela dérange. Mais surtout, il se fond dans cette masse de corps impersonnelle où l’égocentrisme et l’ignorance ont pris leurs quartiers et règnent en maîtres.

Rédigé par Bouriaud Manon

Publié dans #France

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L
Elle est bien, cette version finale. Une recommandation, cependant : je ne veux pas que tu m'observes dans le métro quand je serai à Paris :P
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