Quartier des Arts vs. Quartier des Affaires
Publié le 29 Octobre 2013
Se réveiller dans ses bras et se rappeler qu'on est à Pékin, ou l'art de se réveiller tout en douceur. Premier réflexe du matin, regarder le niveau de pollution. Miracle ! Encore hier soir à plus de 400 PM2.5 nous voilà à 70 - on atteindra 40 au fil de la journée. Pour la première fois depuis mon arrivée, je découvre un ciel bleu magnifique et ensoleillé. La journée s'annonce bien. Il est maintenant 10h30 et nous allons manger des baozi avant de prendre la route. Cette vie chinoise comment à sérieusement me plaire.
Métro, bus, marche. En combinant le tout, nous arrivons à destination : 798 Art District of Beijing. À peine arrivée, j'aime déjà ce lieu. Je dégaine l'appareil photo et enchaine les prises de vue. Tout me plait ici : les graffitis sur les murs, les nombreuses galeries d'art annoncées, le style des Chinois d'ici - bien plus classe que le reste de la population - l'ancienne usine au loin, les tuyaux apparents, la verdure, le tout sous un ciel dont je ne me lasse pas de contempler la couleur. J'aime l'atmosphère qui y règne et ce sentiment d'être dans un vieux quartier industriel remis au goût du jour.
Nous commençons la découverte avec cette rue sur la droite. Des ouvriers en bleu de travail semblent faire une pause, assis devant un mur décoré. Sur la gauche, de nombreux restaurants ont ouvert leurs portes et l'odeur qui s'en dégage me donnerait presque faim. Les bâtiments sont modernes, propres et semblent tout droit sortis d'un catalogue d'architecture rétro. Si je devais choisir un quartier pour vivre à Pékin, ce serait celui-là - bien que je doute que des gens vivent ici et qu'il soit loin du centre-ville. Chaque fois que je tourne et découvre une nouvelle rue, je m'extasie devant une sculpture, un magasin ou un restaurant. Je retrouve à plusieurs reprises une statue rouge représentant un homme - me graphisme est simple mais fait son effet.
Dans les rues du 798 Art District et ses découvertes, Pékin
Au détour d'une ruelle, nous tombons sur un couple de mariés venus se faire prendre en photo. Ce n'est que le premier d'une série de 3 qui nous attend. L'espace d'un instant, je les soupçonne de s'être mariés depuis quelques temps mais de profiter du temps et de l'endroit pour leurs photos de mariage - compréhensible mais dommage.
Nous visitons plusieurs galeries d'art - et je reste perplexe devant bon nombre de sculptures - errons dans les rayons des magasins modernes, profitons du peu de monde dans les rues et de la quasi absence d'étrangers. Mais c'était sans compter sur mon ventre qui commence à crier famine... Nous nous installons dans un petit restaurant très cosy repéré dès le début de la balade, sur la mezzanine. Le jus de fruits pressés est rafraichissant et délicieux - il me rappelle également combien les fruits et les légumes me manquent. Une salade de légumes et un poulet au curry accompagné de riz feront notre festin. Un dernier petit tour dans les rues avoisinantes et nous quittons le quartier de mes rêves.
Le bâtiment de la CCTV dans le Quartier des Affaires, Pékin
Parce que je ne pourrai pas quitter Pékin sans avoir pris au moins une fois le taxi, nous voici sur le bord de la route à la recherche d'un de libre. La tâche s'annonce délicate, mais voilà qu'une voiture s'arrête. Nous montons et nous voilà partis pour une demi heure sur les routes chinoises. Tandis qu'il discute avec le chauffeur - et il s'en sort à merveille - je regarde le paysage qui défile sous mes yeux. Leur façon de conduire est, disons, originale. Pas de priorité ni de respect des voies. Les voitures slaloment les unes entre les autres et la majeure partie des déplacements s'effectuent sous le bruit des klaxons. Si je sais désormais m'imposer dans le métro dans dans les rues, conduire en ville me parait impossible - et terriblement dangereux. Mais la dextérité avec laquelle ils conduisent me rassure. Un peu.
Il nous dépose enfin. Une petite balade dans les rues et nous arrivons au pied la fameuse 国贸 : "Guomao" est l'abréviation du nom chinois pour The China World Trade Center, la plus haute tour de Pékin. Le ciel bleu - toujours présent - est une invitation à l'ascension jusqu'à son sommet. Le temps de trouver l'ascenseur et nous y voilà. Le bar qui s'y trouve est très chic - tellement que je me sens mal à l'aise. Chanceux que nous sommes, une table basse et canapé se libèrent afin que nous puissions y prendre place - je ne suis pas habituée à me faire porter mes affaires, mais je pourrais vite y prendre goût. Tandis que je sirote mon soda au gingembre, je profite de cette vue imprenable sur Pékin.
Je m'amuse également à observer les gens autour de nous. Le couple en face représente à mes yeux une belle caricature de l'époque actuelle : lui, pas vraiment beau mais bien habillé, riche à souhait. Elle, plus jeune, belle, élégante - ou presque. Une bouteille de parfum féminin est posé devant elle, ses mains et poignets sont ornés de bijoux. Tous deux sont sur leur smartphone, les échanges sont très limités. Elle est ce qu'on appelle "une compagne" et est - sans doute - payée par cet homme qui s'exhibe à ses côtés. Je trouve cela pathétique et triste à la fois. Je le regarde et me dis que nous avons de la chance.
Boissons finies, note - exorbitante - réglée. Nous prenons quelques photos puis retrouvons le rez-de-chaussée à une vitesse incroyable.
À seulement un quart de marche de là, nous voilà au Silk Market de Pékin. Me voilà plongée dans la tradition commerçante chinoise à l'état pur - et plus généralement dans un monde où je n'ai aucun repère. Ce genre de marché n'existe pas en France ou dans les autres pays que j'ai visité et c'est pourquoi à peine entrée, je ressens un certain malaise. Haut de plusieurs étages, le marché comprend plusieurs centaines de petites boutiques. À l'entrée de chacune, une vendeuse vous interpelle - elle crie presque - vous vente ses produits et vous le met presque dans les mains. Je tente de rester au milieu de l'allée pour éviter ces attentats à la consommation.
Nous nous lançons dans l'essayage de paires de chaussures. Jusqu'ici tout va bien. Quand vient le moment de négocier, les choses ne sont plus si simples. Après environ 10 minutes de vif débat, les parties s'accordent pour un certain prix. N'ayant pas l'habitude - et ayant horreur - de telles manoeuvres, j'avoue être restée largement en retrait et lui suis très reconnaissante de s'être battu pour nos nouveaux souliers !
Cette première expérience - même en simple spectatrice - m'a laissé un goût amer de cet endroit et nous quittons finalement rapidement les lieux. Je suis désormais habituée à la foule pendant l'heure de pointe et sais m'imposer quand il le faut.
Il est tard. Ou du moins trop tard pour la cantine. Notre dîner se fait donc dans un petit restaurant - vraisemblablement sur le point de fermer - et consiste en une assiette copieuse de baozi. Encore une fois repus, nous reprenons notre route.
Ce soir, je découvre le quartier de Wudaokou près des universités. C'est l'endroit par excellence pour sortir. On y trouve aussi bien un centre commercial, des chaines de restaurants bien occidentales mais aussi des bars et des boîtes de nuit. Les éclairages sont puissants, les vendeurs particulièrement présents. Alors que nous marchons, je réalise qu'elle foule s'est formée à quelques mètres devant. Des barrières sont abaissées et les gens sont patiemment arrêtés. Alors que je me dis que c'est peu probable, j'entends le bruit d'un train. Oui, un train. Un train qui passe en plein milieu d'une rue importante où la circulation est dense - je serais tentée de dire que "C'est normal à Pékin !". Je reste bouche-bée quant à la dangerosité d'une telle situation - mais je suis la seule. La vie et la circulation a déjà repris son cours depuis longtemps.
Pékin, tu n'auras jamais fini de m'étonner.