Vieillir près du Temple du Ciel
Publié le 2 Novembre 2013
Parc du Temple du Ciel, ses petits vieux super actifs, Pékin
Après cette folle soirée, quelques heures de repos sont indispensables. C'est donc à 11h30 que je me réveille - difficilement. J'avoue éprouver une flemme incroyable. Mais je réalise aussi dans un grand élan de tristesse que cette journée sera ma dernière. Allez, on se motive.
Mais chaque chose en son temps. Notre sortie débute par un passage obligatoire par un petit restaurant. Au menu : des nouilles sautées au légumes et des noodles au boeuf - je ne sais pas si le départ fait son effet, mais je me régale. Me voilà maintenant prête à prendre la route. Bizarrement, je ne ressens pas trop la fatigue pour le moment.
Notre dernière destination n'est qu'à quelques arrêts de métro au sud de Tian'anmen. L'entrée du parc - du Temple du Ciel - est juste sous nos yeux. Le temps est correct, le niveau de pollution peu élevé. Dès mes premiers pas, j'aime ce lieu. Les feuilles des arbres jaune d'or rappellent l'état avancé de l'automne, et le soleil réchauffe mes mains glacées. Sur la droite, trois hommes jouent à ce qui ressemble à un diabolo. La dextérité avec laquelle ils manient cet objet me fascine - sauf maintenant qu'un d'eux vient de le faire tomber. Quelques mètres plus loin, des dizaines de personnes âgées font leur sport sur des machines en plein air. Ces Chinois ne finiront jamais de m'étonner ! Malgré leur âge avancé, ils sont bien plus motivés que deux jeunes de 21 ans, marchant tranquillement. Pendant qu'un travaille ses abdominaux, un autre se tape les bras contre un tronc d'arbre - je suppose et espère que cela le détend. Juste à côté, un groupe de 4 personnes jouent à un jeu typique : le but est de se lancer une balle - qui ressemble étrangement à un volant de badminton - uniquement à l'aide de ses pieds. Encore une belle performance pour mes yeux à la fois intrigués et amusés.
Nous avançons doucement et je tente de retenir chaque instant. J'aperçois sur ma droite quelques personnes effectuant des mouvements dans l'air sur fond de musique calme. La musique est elle beaucoup plus enjouée de ce côté-ci du parc, et nombreux sont ceux qui se prêtent à une petite danse. Voire deux ou trois. Je m'approche à pas de loup et les observe. Je les envie, car il est possible de lire sur leurs visages un amusement certain. Pendant de temps, je réfléchis à la possibilité de vieillir en Chine - si vous voyiez tout ce qu'ils font ici ! Un vieil homme dont le visage m'inspire, joue frénétiquement au badminton avec une femme qui pourrait être sa fille. Il finit par me repérer et affiche soudain un grand sourire. J'aime décidément beaucoup cet endroit.
Encore quelques mètres et cette fois mes oreilles réagissent à de nouveaux sons. Nous nous avançons vers la source et découvrons un groupe de musiciens réunis sous une arche. Une foule s'est attroupée autour d'eux. J'y dénombre 2 violonistes, deux joueurs de mandoline, un bassiste, une chanteuse-guitarise - et pardon pour mes oubliés. Leur musique est douce, agréable, mais surtout ils me font rêver. J'aimerais à leur âge avoir tant de hobbies pour occuper mes journées. L'espace d'un instant, j'imagine mes propres grands parents à leur place et cet idée me fait sourire.
天壇, le Temple du Ciel, Pékin
Passons maintenant aux choses sérieuses. Le Temple du Ciel nous accueille enfin. À peine suis-je entrée que je l'aperçois. Au centre d'une esplanade et entouré d'escaliers, il est là et domine son environnement. Il s'impose largement, pas tant par sa grandeur mais par sa beauté - le mot "charisme" me vient étonnement à l'esprit pour le décrire. Je m'approche et repense aux photos et affiches sur lesquelles je l'avais vu auparavant. Je suis heureuse de le voir maintenant de mes propres yeux.
À l'origine, ce temple était un moyen de faire le lien entre l'autorité céleste et l'empereur considéré comme "le fils du Ciel". Cela permettait de préserver le bon ordre sur terre et donnait lieu à de nombreuses cérémonies de sacrifice.
Je monte les marches et examine l'intérieur du Temple. Une imposante statue de Bouddha se trouve au centre, entouré de reliques dans une architecture magnifique. Lorsque je me retourne, la vue est saisissante. Le panorama s'étend jusque sur le parc aux alentours et le soleil qui commence à décliner ne fait qu'améliorer la qualité artistique du tableau. Je multiplie les photos de l'édifice, trouvant chaque fois un nouvel angle de vue qui le met en valeur.
Un peu plus loin, noms montons les quelques marches qui donnent sur cette plateforme. Au centre de celle-ci, une petite estrade en cercle autour de laquelle une foule s'est formée. Il m'explique que monter dessus offre un lien direct avec le ciel. Quelque peu sceptique - je l'avoue - je m'approche et regarde les personnes qui s'y succèdent. La première est une femme. Une fois dessus, elle ferme les yeux et lève sa tête vers le ciel. Et c'est tout. L'homme qui prend sa place est lui un peu plus expressif et son effectue de petits soubresauts - que je soupçonne d'être une belle comédie. Un dernier coup d'oeil, et nous partons.
Sur la route pour quitter le parc, nous remarquons un petit garçon et une petite fille qui se tiennent la main juste devant nous. Soudain, il se penche, semble lui dire quelques mots à l'oreille et celle-ci affiche alors un grand sourire. Ce spectacle me touche profondément. Cet attachement sincère et spontané est pour eux une vraie source de bonheur - semble-t-il. La prochaine image d'enfants que je vois, me mets surtout mal à l'aise. Un petit garçon sur les genoux de sa soeur a une petite égratignure sur la joue. Sa mère la voit, la regarde, passe son doigt dessus et - alors que je ne m'y attendais pas le moins du monde - lui décroche une énorme claque dont le bruit retentit dans mes oreilles. Choquée par cet élan de brutalité, je le vois qui couvre son visage de ses mains et retiens ses larmes - c'est le moment où j'en profite pour remercier mes parents de ne m'avoir jamais infligé une telle punition physique.
鬼街 La Rue des Fantômes, Pékin
Il est encore tôt et nous décidons d'en profiter pour voir un dernier lieu : la Rue des Fantômes. Nous la remarquons très facilement : des centaines de lanternes rouges scintillent dans la nuit tombée. Autre caractéristique, une suite de restaurants sans fin réputés pour être ouverts de jour comme de nuit. Les néons brillent, les restaurateurs font le pied de garde devant l'entrée pour alpaguer les éventuels clients. Mais tout cela est un peu trop bling-bling pour moi.
Nous avançons et je réalise que la rue est particulièrement longue. Dans les différents établissements, le menu est quasiment le même. Les fruits de mer semblent être une spécialité du coin, mais je n'oserais m'y risquer - j'ai tendance à me méfier de la fraîcheur des produits proposés. Les Chinois, plus courageux - et habitués - se régalent et dévorent ces langoustines alors qu'il n'est que 17h30. Une chose est sure, je n'en ferai pas mon dîner.
Quelques pas plus loin, nous assistons à un drôle de spectacle : une foule de personnes assises autour de tables basses à l'extérieur d'un restaurant grignotent leurs graines de tournesol. J'observe le sol jonché de coques et remarque que cela créé un joli vacarme. Mais ce qui m'étonne le plus se résume en une question : pourquoi attendre ici - dans le froid, qui plus est - alors que tous les restaurants proposent exactement les mêmes plats ? Cela est et restera un mystère. Après cela, l'explication de la présence de chaises vides devant chaque établissement prend ton son sens.
Lorsqu'il me demande, "Tu veux manger quoi ?" la réponse "Des nouilles sautées" me vient directement à la bouche. Sauf qu'en trouver est tout juste impossible. Et alors que nous nous apprêtions à capituler, j'aperçois un petit bouiboui dans toute sa splendeur. Nous nous y installons et dégustons un délicieux et dernier dîner - de pâtes, bien sur.
Contrairement à d'habitude, je donne à ce trajet en métro pour rentrer une certaine importance. Mon départ imminent change ma vision des choses, semblerait-il. Nous arrivons à l'auberge et je m'attelle à préparer ma valise. Ce n'est pas tant difficile - même si ma valise est bien plus chargée qu'à l'aller - que douloureux. Bouclée. Le réveil est mis à 2h30 pour le lendemain matin. Le réveil va être dur. Je le regarde, et sens une profonde tristesse s'élever en moi. Demain, je quitte Pékin.