Braver l'interdit en Chine

Publié le 1 Novembre 2013

Place Tian'anmen, Pékin
Place Tian'anmen, Pékin
Place Tian'anmen, Pékin

Place Tian'anmen, Pékin

Le réveil est difficile et courbaturé. Je paie les efforts de la Grande Muraille : dos, épaules, jambes, abdominaux - bizarrement - tous me font souffrir. Cependant, la Chine me donne des ailes et me motive - le moral est au beau fixe même si les gambettes peinent à suivre le mouvement. Le temps de préparer le sac et nous décollons, petit déjeuner en poche.

La destination du jour est symbolique et de la plus haute importance : la place Tian'anmen. Nous sommes vendredi 1er novembre et il est facile de ressentir la tension causée par l'attentat qui a eu lieu quelques jours auparavant : contrôle des passeports, mine fatiguée et exaspérée des forces de l'ordre, longue attente au portique de sécurité. Je me fais toute petite et suis de près mon compère de toujours. Heureusement, mes trais sont bien loin de à ressembler ceux qui Ouïgours, et je passe sans soucis.

Pour la deuxième fois de ma vie, mes pieds foulent cette place mondialement connue - mais par forcément pour la bonne cause. Je suis impressionnée par le monde qui s'y trouve déjà. Certains font la queue pour le musée, mais d'autres semblent se tenir là juste par plaisir ou pour discuter avec des amis - c'est un peu comme notre place Kléber à nous, mais en bien plus grand. Nous en faisons rapidement le tour et j'observe les différents monuments qui l'entourent. On y trouve la Cité Interdite bien évidemment, le Palais de l'Assemblée du Peuple et le Musée National de Chine. Au centre - ou presque - de la place, le Mausolée de Mao Zedong que nous décidons d'aller visiter.

Mausolée de Mao Zedong, Place Tian'anemen

Mausolée de Mao Zedong, Place Tian'anemen

Pourtant bien lancés dans notre marche vers ledit monument, nous sommes abruptement stoppés par un agent de sécurité - je suppose - qui nous fait comprendre qu'il faut d'abord aller poser notre sac. Nous sortons donc de la place, déposons nos sacs, achetons des tickets par la même occasion, revenons sur la place et retrouvons la file d'attente. Un nouveau contrôle plus tard, je suis sur les marches qui nous y mène. Des deux côtés, une table jonchée de fleurs jaunes vendues 3 yuan l'unité. L'entrée passée, j'aperçois une statue de Mao. À ses pieds, des centaines de fleurs - identiques à celles de l'entrée : je les soupçonne de les remettre sur les tables et d'engendrer ainsi un fric fou. Compactée dans la foule, je suis le mouvement malgré moi jusqu'à la deuxième - et dernière - salle.

Ce que j'y vois m'intrigue et ne correspond aucunement à mes attentes : dans une vitrine en verre, le corps de Mao repose sous un drapeau de la Chine. Ce qui choque au premier abord, c'est son visage fluorescent - on croirait qu'il a une ampoule allumée dans la tête. Littéralement. Je soupçonne - mon esprit de détective est vif aujourd'hui - le corps d'être en cire et que le vrai repose réellement plus bas. Mais pas le temps de s'extasier, de pleurer ou d'analyser en détail, les gardes nous font signe de circuler plus rapidement. Entre l'entrée et la sortie, 2 minutes top chrono se sont écoulées. Nous sommes déjà ressortis et partis récupérer nos affaires.

La Cité Interdite et la porte de la Paix Céleste, Pékin
La Cité Interdite et la porte de la Paix Céleste, Pékin
La Cité Interdite et la porte de la Paix Céleste, Pékin

La Cité Interdite et la porte de la Paix Céleste, Pékin

Après nous être trompés de sortie - bonjour les touristes - nous arrivons finalement devant la Cité Interdite. Je dois avouer que la porte de la Paix Céleste est encore plus belle lorsqu'éclairée - et encore, je n'ai pas vu les jets d'eau et tutti quanti selon lui. Alors que nous faisons la queue pour rentrer, j'observe le portrait de Mao. Toujours bienveillant - avec, et je cite, "sa vieille verrue" - dominant la place Tian'anmen. Soudain, la foule s'agite et nous entrons enfin. Cette première cour me parait immense. Au centre, l'allée principale est bordée d'arbres et de bancs où mangent de très nombreux Chinois. Sur la gauche nous allons, et des tickets nous achetons. Un dernier portique, et nous voici dans l'interdit.

La cour intérieure comprend différents pavillons que nous parcourrons tranquillement. Surgie de nulle part et alors que je prenais le monument en photo, une chinoise se met à me parler. Je la vois qui pointe du doigt son amie. J'en déduis qu'elle veut que je les prenne en photo. Mais soudain, elle passe son bras autour de moi et me serre contre elle. "Yi, er, san, qiezi !" - littéralement "un, deux, trois, aubergine" - et flash ! Me voilà dans l'appareil photo d'une parfaite inconnue chinoise. Je le regarde, subjuguée par ce qu'il vient de se passer et il me répond en souriant : "Je m'en doutais".

Nous continuons notre visite au fil des pavillons et des salles qui se succèdent au sein de la Cité. Tout au bout, nous arrivons dans son jardin. J'apprécie cette dense verdure, surtout en ce jour de forte pollution. Un élan de patriotisme nous pousse alors à chanter du Jean-Jacques Goldman - ne me demandez pas pourquoi - parmi une foule de chinois. Cela provoque en moi un fou-rire non contrôlé que je mets du temps à calmer. Nous arrivons au bout. Je passe la porte, observe la place et me retourne : je réalise que je viens de quitter la Cité Interdite.

景山公园, Parc de la Colline de Charbon, Pékin
景山公园, Parc de la Colline de Charbon, Pékin
景山公园, Parc de la Colline de Charbon, Pékin
景山公园, Parc de la Colline de Charbon, Pékin

景山公园, Parc de la Colline de Charbon, Pékin

Notre prochaine destination est celle du parc Jingshan ("la Colline du Charbon"). Mais avant d'y accéder, il nous faut prendre cette rue sur la droite. À nos risques et périls. Je supporte difficilement le triste spectacle qui se profile à notre gauche. Le corps du premier homme que nous voyons semble avoir été intégralement brûlé - je n'ose imaginer à quel degré. Il est assis et je constate qu'il lui manque un bras. Je ne saurais expliquer pourquoi, mes yeux reviennent sans cesse vers lui, et malgré le profond dégout ressenti, je ne peux m'empêcher d'observer sa peau mutilée. Le pauvre chante dans l'espoir de recevoir quelques kuai, mais peu sont ceux qui lui portent attention. Le deuxième homme - à seulement quelques mètre d'intervalle - présente une déformation corporelle particulièrement dérangeante. Le passage piéton est juste là. Je suis soulagée de quitter le malaise ambiant qui règne ici.

Nous payons notre entrée une misère et optons pour une pause déjeuner. Je me laisse tenter par un épis de maïs - chose que l'on peut trouver à tous coins de rue à Pékin. Le résultat n'est pas probant et s'ajoute alors à ce déjeuner sur le pouce, un paquet de chips, un snickers et des brioches.

C'est parti pour une nouvelle ascension ! La vision des marches me désespère d'avance, mais c'est sans compter sur son soutien. À mon plus grand bonheur, je découvre que nous sommes déjà arrivés au sommet. Ni une, ni deux, je me dirige vers la rambarde. Je regrette sincèrement que la pollution gâche en partie la vue, mais j'aperçois malgré tout la Cité Interdite dans toute sa longueur. Une petite escale par le temple bouddhiste, quelques photos et nous prenons les marches pour redescendre.

À la sortie du parc, nous traversons un quartier typique. Je suis plongée au coeur de la vie chinoise : de vieilles femmes font leurs courses, des hommes jouent le long de la route, des enfants courent. Ils vivent leur vie - que j'observe le temps de quelques minutes - dans un quartier insalubre et dégradé. Mais tous semblent heureux à cet instant.

Au bout, une nouvelle entrée. Celle du parc de Beihai. La balade est relativement vite expédiée. Nous sommes fatigués, il fait froid et l'air est largement plombé. J'apprécie néanmoins la beauté du lac, des ponts, des arbres et des plantes qui constituent le décor. Je suis juste lasse de marcher et rêve de me poser, le temps d'une heure ou deux. Mon voeu est exaucé, et c'est un bus que nous prendrons pour rentrer. Mais la journée est loin d'être finie...

北海公园, Parc Beihai, Pékin
北海公园, Parc Beihai, Pékin

北海公园, Parc Beihai, Pékin

Rédigé par Bouriaud Manon

Publié dans #北京

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