Des lamas dans deux tours olympiques
Publié le 28 Octobre 2013
Se réveiller en Chine parce qu'il se lève pour aller en cours et se rendormir - parce que la fatigue accumulée ne va pas faire bon ménage avec les journées de marche à venir. Se réveiller pour de bon et avoir froid - foutue climatisation.
Avant de vous raconter une histoire - et de passer pour une belle idiote - voici quelques détails qui ont toute leur importance concernant la cité universitaire des étudiants étrangers :
- Les étages pairs sont pour les garçons, les étages impaires pour les filles
- Pour prendre une douche, il faut utiliser une carte qui comptabilise la consommation d'eau - logements payés par l'État obligent
- Il est interdit d'héberger quelqu'un non étudiant à Beida
Maintenant que vous avez toutes les cartes en main, je me lance. Après un long voyage, rien ne vaut une bonne douche, n'est ce pas ? Du moins, c'est ce que je me suis dit. Je me décide donc à monter jusqu'au 9ème, tout en tâchant de ne pas me faire remarquer à cet étage masculin. Mission accomplie, me voilà dans la cabine de douche. Deuxième étape, la carte. Je l'insère dans le boitier, appuie sur le bouton, veux la reprendre et là, misère. Cette dernière est totalement hors de portée - à l'intérieur du boitier. Mon coeur bat la chamade, je panique. Je suis bloquée hors de la chambre, sans aucun moyen de contact. Je me rue dans le couloir et tombe par chance sur une étudiante maitrisant l'anglais.
Parce que je sais que les histoires longues sont parfois ennuyantes, je vais me limiter à l'essentiel. J'ai finalement réussi à prendre une douche, non sans avoir auparavant failli me faire repérer par la femme de ménage - mon statut de clandestine non-sinophone est facilement détectable dans une telle situation. Je sors, mes jambes tremblent encore. Je ne perds pas une seconde dans les couloirs et m'enferme à clé dans la chambre. Enfin.
Encore toute retournée par les événements de la matinée, je le retrouve devant l'entrée du campus. Nous retrouvons ses amis pour déjeuner à la 食堂 (cantine). La foule de ma cafétéria habituelle me semble dérisoire comparée à celle qui s'agite sous mes yeux. Un plateau, des baguettes, un plat. Il ne manque qu'une table. Nous nous installons finalement. Pas d'épices pour moi cette fois - avec un poulet frit je ne prends pas trop de risque. Le ventre bien - voire trop - rempli, direction le métro.
餐厅
Temple des Lamas, Pékin
Après nous être trompés de sortie, nous voilà maintenant sur la bonne route. Sur la droite se dresse un hutong - nom que l'on donne aux fameux quartiers de Pékin - dont on reconnait facilement l'architecture. Sur la gauche, des dizaines et des dizaines de petits magasins vendant des bâtons d'encens - d'une taille impressionnante. L'air est plombé et la circulation plus dense rend la respiration difficile. La pollution atteint aujourd'hui des sommets : 400 PM2.5 - je précise qu'en France, si le niveau est de 80 PM2.5, c'est l'alerte générale. Paris monte dans ses meilleurs jours jusqu'à 50 PM2.5.
Cette petite balade digestive-tueuse-de-poumons arrive à sa fin et nous voilà devant le Temple des Lamas. Le prix des tickets me semble dérisoire : 20 RMB - soit 2,5€. Mais cela a du bon. Près de l'entrée, je repère des moulins à prière et retrouve avec plaisir l'architecture chinoise par excellence. Nous passons la première porte qui donne sur la première cour : au milieu, deux bacs en fer dans lesquels brûlent des bâtons d'encens, des deux côtés, un petit temple accompagné d'une statue de dragon. J'observe certaines personnes effectuant un rituel que je devine religieux. Plusieurs morceaux d'encens entre les mains, ils se prosternent et effectuent des gestes dans l'air avant de le déposer dans les bacs en question. Le temps de prendre quelques photos, et nous avançons.
Je lis dans le guide - toujours indispensable - que ce palais fut construit en 1694 pour l'empereur Yongzheng qui l'offrit aux moines tibétains en 1744 - les empereurs mandchous étaient très favorables au bouddhisme tibétain.
Je passe l'entrée de la Salle de l'Éternelle Harmonie. Devant mes yeux, 3 Bouddhas en bronze s'imposent. Ils représentent le passé, le présent, le futur. Je remarque tout au long de la visite des salles, les reliques bouddhistes et reconnait l'odeur de l'encens tibétain. Je tente de m'imprégner de l'atmosphère que je trouve apaisante. Quelques mètre plus loin, nous voilà dans le pavillon des Dix Mille Bonheurs où se dresse une statue de Bouddha haute de 30 mètres environ. Il me faut m'approcher plus près pour la contempler dans son intégralité. On se regarde et se pose la question : le bâtiment fut construit autour de la statue ou la statue fut insérer - on ne sait comment - dans le bâtiment ? La question reste en suspens.
钟楼 / Tour de la Cloche, Pékin
Quelques arrêts de métro plus tard, une pause s'impose. Où est le sud ? Une fois repéré, la marche reprend - merci à l'iPhone 5C et ses applications. Nous longeons un nouveau hutong dont le charme ne me laisse pas indifférente. Je réalise doucement que ce seront de loin mes quartiers préférés de la ville. Tout au bout, voilà les deux tours se faisant face. Nous commençons par la 钟楼 (Bell Tower).
L'ascension de l'interminable escalier - la hauteur des marches est inhumaine - provoque des tremblements dans mes jambes que je ne peux arrêter. Mes cuisses - dures comme du béton - me portent finalement jusqu'au panneau d'information. J'apprends que cette cloche servait à indiquer le temps (qui passe). Cette dernière sonnait - et sonne peut-être toujours - 108 fois. Je serais malheureusement incapable de vous expliquer à nouveau ce nombre... Je sais qu'il est histoire de mois, de temps solaires, de coups - mais l'ordre logique et l'explication me font défaut.
鼓楼 / Tour du Tambour, Pékin
Qui dit deuxième tour, dit ? Escalier, bien sûr ! Ceux-là sont un véritable calvaire et je vous passe l'état de mes jambes une fois en haut. Nous nous trouvons alors dans la 鼓楼 (Drum Tower). J'admire à nouveau la vue sur la ville et les hutongs avoisinants avant de me tourner vers le coeur de la tour. Dans la salle principale - et sans doute la seule - se dressent les fameux tambours rouges. Sur la gauche, une petite exposition qui détaille l'évolution des façons de compter le temps. On passe de la consommation des bougies et de l'encens à un mécanisme qui fait sonner des cymbales toutes les 24 secondes - insupportable au bout de 2 minutes.
Finalement, je pense que l'utilité de cette salle et son intérêt tombent sous le sens. Alors je vous laisse plutôt profiter de la démonstration de tambour qui a lieu lors de la visite - les années passent, mais la démonstration reste la même.
C'est avec un sourire jusqu'aux oreilles que je quitte la tour - sourire qui s'effacera rapidement à la vue des escaliers. Direction le métro - je commence à prendre l'habitude. La prochaine destination est connue de tous. Si, si. Vous n'avez peut-être jamais été à Pékin mais vous pouvez cependant prétendre l'avoir déjà vu. Un autre indice ? 2008.
Les esprits vifs auront bien sûr compris que j'évoquais le site olympique de Beijing 2008. Une immense esplanade où se dresse les différents complexes. La pollution de 429 PM2.5 ne permet pas de voir à plus d'une vingtaine de mètres et la tombée de la nuit n'arrange pas les choses. Sur la droite, j'aperçois "le Nid" et son architecture impressionnante. Sur la gauche un peu plus loin, le complexe des piscines qui s'éclaire soudain en bleu. Il fait vite noir et les éclairages redonnent alors vie à ce qui n'est aujourd'hui plus qu'un lieu touristique. Ça et là, des vendeurs ambulants proposant de poser sur fond vert - parce que le ciel gris ne fait pas rêver - ou bien des petits jouets de lumières - le retour en enfance a parfois du bon.
Le site olympique de Beijing 2008, Pékin
Il est 17h50. Nous filons au métro, courons dans les couloirs et arrivons vers 18h30 à la cantine. Comme prévu, presque tous les stands sont fermés et la salle est quasiment vide. Décidément, ces Chinois mangent terriblement tôt. Heureusement, il reste quelques plats de pâtes avec lesquels je me fais un véritable festin. Repus et fatigués, nous rentrons - beaucoup plus doucement cette fois - vers la chambre.
Nous nous attelons alors à une tâche des plus complexes : le programme des visites de la semaine. Au bout d'une bonne heure et demi, notre semaine est fin prête. Ma seule frayeur est que mes jambes me fassent faux bond à ce rythme là.
Pour le moment il est 22h30 et nous nous armons de nos manteaux et nos écharpes pour une balade nocturne. Nous achetons au passage des petits pains chauds au sucre - il faut bien se donner du courage - et je découvre un parc sportif proposant tous types d'engins pour garder la forme. J'en essaie une bonne partie et me laisse aller à de grands éclats de rires - il fallait nous voir... Capuche sur la tête - on ne se moque pas - nous marchons en direction du lac du campus, lieu de rencontre des amoureux. La pollution n'enlève aucun charme à l'endroit dont nous faisons le tour. Une petite escale sur le bateau de marbre. Nous nous allongeons et je regrette le ciel étoilé de la bonne vieille Bretagne. Sur la route du retour, nous croisons quelques couples, un ou deux joggeurs et le "Gang des Rollers" qui surgit de nulle part - totalement improbable.
La journée fut longue et éprouvante et à peine couchée, je sombre dans un sommeil profond. Pékin, tu me fais rêver.