Où est le député européen ?
Publié le 23 Octobre 2013
Il est 7h30, et je me demande soudain pourquoi mon réveil sonne si tôt alors que je n'ai pas cours de la journée - merci la fac'. Mes idées se remettent en place, mes poignets frottent mes yeux encore endormis et je me souviens alors : l'audience au Parlement Européen. Grande insatisfaite que je suis, je veux absolument voir l'hémicycle rempli de députés débattant de sujets plus ou moins intéressants.
J'ouvre mes volets. Il pleut - très, très fort. Et il fait nuit. Je regarde à nouveau l'heure. Non, il est bien 7h33. Et une nouvelle journée qui commence, une...
8h30, nous nous retrouvons à l'arrêt de tramway. À trois nous sommes serrées sous mon seul parapluie - mais cela vaut toujours mieux que les grosses gouttes qui tombent de part et d'autre. J'observe le Parlement désormais à quelques dizaines de mètres et remarque l'animation - bien différente de la fois précédente. Des policiers à l'entrée vérifient l'identité des nombreux passagers des nombreuses voitures qui défilent. Sur les trottoirs et au coeur de la tour, des dizaines et des dizaines de personnes majoritairement en groupes.
Quelques minutes d'attente - mais cette fois au chaud - et nous sommes autorisées à passer - j'ai noté au passage où était l'entrée réservée à la presse. Nous arborons maintenant une jolie étiquette jaune - très moche mais à la fois très utile. Une jeune femme prend nos pièces d'identité, nous regarde avec un grand sourire et nous amène personnellement jusqu'à l'entrée de l'hémicycle. J'aime cette impression d'être importante - même si je sais pertinemment que ce n'est qu'un leurre.
Nous entrons. Seulement quelques personnes dans les tribunes, nous serons tranquilles. "Seulement" une cinquantaine de députés dans la salle, les autres sont en réunion. Je scrute la salle dans les moindres détails. Tout y est : la présidente de l'audience bien accompagnée, les drapeaux des pays membres et celui de l'Union Européenne, les députés à leur place respective, les mauvais élèves - encore moins bien cachés - et les photographes et leurs objectifs proéminents se baladant dans les rangs. Je fixe le casque sur mes oreilles, règle la fréquence sur 2 - en anglais, car la traductrice française est exaspérante, ouvre mon carnet à une page vierge et m'arme de mon stylo - du Conseil de l'Europe. Je suis prête.
Cette audience est destinée à la préparation pour la réunion du Conseil Européen. La première personne que nous entendons est d'ailleurs le Président du Conseil, M. Leškevičius. Tandis que je l'écoute d'une oreille - plus ou moins - attentive, je réalise soudain que la prochaine personne à prendre la parole n'est autre que José Manuel Barroso. J'en fais part à mes acolytes, et nous voilà parties à nous extasier sous le regard attendri d'un monsieur âgé assis derrière. Le Président de la Commission prend alors la parole. Je ne regrette pas d'être venue - même s'il est de dos. À l'ordre du jour : l'économie digitale et les emplois numériques, la Recherche et l'Innovation, le financement de l'économie, le cas de l'Ukraine et les politiques d'immigration. Le ton est donné.
Chaque fois qu'un nouveau député commence son discours, nous nous prêtons au même jeu - qui n'est pas en sans rappeler un autre - : "Où est le député ?" Un indice : il faut suivre la photographe.
Je note cependant que les plus virulents dans leurs paroles, sont les français. M. Daul crie haut et fort qu'il soutient "le bon sens paysan" et semble apprécier l'expression "mettre sur la table" - qu'il utilise au moins 4 fois en 5 minutes. Et alors qu'il vient de s'asseoir, tout l'hémicycle profite d'un sincère "j'en ai marre" non prévu - eh oui, il faut penser à éteindre son micro... M. Cohn-Benditt quant à lui, parle si fort que le casque en devient inutile. Ce dernier soutient l'entrée légale pour le travail, le droit d'asile et accuse le manque de solidarité européenne.
Je regarde l'heure. Je regarde ma compère de gauche, puis celle de droite. Il est temps pour nous de partir - 1h30 là-dedans ça fatigue. Nous nous perdons - avec un malin plaisir - dans les couloirs avant de finalement prendre la sortie. Avant de nous quitter, nous nous donnons rendez-vous dans un mois, même jour, même heure, même hémicycle.