Published on October 7 2017

Dans le taxi qui me mène à l'aéroport, j'apprends avec le sourire qu'en ce samedi 7 octobre, notre président Vladimir Vladimirovitch Poutine fête son anniversaire. Je me dis alors naïvement que cette annonce est de bonne augure pour la longue journée qui m'attend - ou bien serait-ce juste pour une excuse pour tenter de refouler la vague de stress qui m'envahit depuis que je suis sortie de mon lit ce matin. 

Faute de chance - et de mauvais calcul - ça bouchonne sévère jusqu'au MKAD (le 4e périphérique de Moscou) et mes coups d'oeil au chauffeur dans le rétroviseur se font de plus en plus pressants. À 12h15, je quitte le taxi un poil rassurée, mais pas détendue pour autant.

Eh bah tu m'étonnes. Il y a de quoi ne pas être détendue. Sur la cinquantaine de vols sur le tableau des départs, un seul et unique est indiqué avec 40 minutes de retard. Il fallut bien évidemment que ce soit le mien. 

Chronique d'une interminable expédition jusqu'à Las Vegas

D'un pas plus tranquille, je franchis les différentes étapes qui me séparent du gate et passe même par la case casse-croûte. Puis, poussée par mon intuition féminine de jeune voyageuse, je décide de me rendre plus tôt à ma porte d'embarquement. Et là, c'est l'enfer. 

Les voilà qui se mettent à évacuer l'espace pour tous nous coller derrière un cordon de sécurité. Et quiconque se risque à braver ce filet se confrontera au gros musclé à l'air fort peu aimable qui surveille le tout d'un regard méchant. Leur stratagème, je le comprends rapidement : un par un, ils fouillent à nouveau chaque passager pour le vol Moscou - New-York, bagages inclus. 

Au bout d'une demi-heure de ce foutu manège, seules une vingtaine de personnes sont passées. Et c'est là que le problème mathématique se pose : sachant qu'il s'agit d'un Boeing 777 avec une capacité de 350 personnes, et qu'en 30 minutes, 20 personnes ont été contrôlées, qui me peut me dire combien de temps il me faudra encore poireauter debout dans cette foule qui s'exaspère avant de pouvoir poser mon cul sur mon siège ? Vous avez 15 minutes. 

Soudain pris d'un éclair de génie, ces (permettez-moi) idiots lâchent le cordon de sécurité et l'on s'engouffre jusqu'au couloir d'embarquement. Coup d'oeil à ma montre. Le stress monte. Il est 14h45. Ça fait déjà officiellement 30 minutes qu'on devrait être dans le ciel, bordel. 

Heureusement, lorsque je pénètre dans l'habitacle, toute ma colère et mon anxiété sont remplacées par un profond sentiment de joie. Quitte à louper ma correspondance pour Las Vegas pour sûr, autant profiter pleinement de ces 600 minutes de détente avant l'heure fatidique. Grosse session films en prévision. 

Invasion dans le Boeing 777.

Invasion dans le Boeing 777.

Et ça ne loupe pas. Sur les un peu moins de 10 heures de vol, je compte 6 heures à mater l'écran, 1 heure à manger et le reste à somnoler entre deux annonces du capitaine, zones de turbulence et coups de fesses des corpulents personnages qui se complaisent à errer dans l'étroit couloir à ma droite. 

Une heure avant l'atterrissage, on nous remet cette fameuse déclaration à remplir. Comme une débutante et par soucis d'honnêteté - et largement à cause des frayeurs causées par un collègue de Moscou - je déclare être en possession de nourriture dans mes bagages. Par "nourriture", je ne parle d'une escalope dans une feuille de papier d'alu, ni de fruits à l'aspect douteux, mais bien de trois kilos de bonbons et chocolats russes destinés à nos potentiels clients sur le salon IMEX du tourisme de Las Vegas. Je l'apprendrai plus tard à mes dépens, les Américains ne sont pas fous au point de considérer ces petits délices inoffensifs comme produits dangereux. En voilà une nouvelle ! 

ll est un peu plus de 18h quand je quitte l'appareil en râlant face à la lenteur des autres voyageurs. J'ai officiellement 90 minutes pour passer les contrôles, récupérer ma valise et choper ma connexion. Sauf que ça ne s'est pas tout à fait passé comme ça. 

Je me mêle à la foule qui patiente pour s'enregistrer automatiquement aux bornes - ou le léger privilège accordé à ceux déjà venus sur le territoire des États-Unis d'Amérique. Ça avance plutôt vite. Une première machine refuse de lire mon passeport. Tentons sur une autre. Bingo ! 

Tu veux entrer facilement ? Coche "non" à toutes les questions. Mais c'était sans compter ces foutus chocolats. Ma feuille sort avec un énorme "X" dessus. Direction, la queue d'au moins 150 personnes et en tout et pour tout deux officiers pour les accueillir. L'enfer ne fait que commencer. 

Autour de moi, les enfants pleurent de fatigue et de soif, les gens s'exaspèrent et soufflent comme des boeufs. Lorsqu'une deuxième vague de pèlerins arrive, c'est encore pire. Pour parfaire le tableau, un traitre salaud de l'aéroport fait passer des gens devant nous à plusieurs reprises. Révolte générale. En réponse à nos exclamations, on ne récolte qu'un : "C'est pas de ma faute si tout le monde est en vacances !". Eh bah, bravo les gars. 

Au bout de deux interminables heures d'attente, j'ai chaud, j'ai soif, je suis fatiguée et j'ai surtout manqué ma correspondance. Lorsque mon tour arrive - enfin - au guichet, la fille se casse. Littéralement. Elle quitte son comptoir et rentre chez elle. Je rêve alors d'en faire autant. Il nous faut attendre encore quelques minutes pour que daigne arriver son successeur. Dépitée, je n'ai ni la force ni l'envie de m'énerver. J'encaisse, je réponds aux questions, je récupère mes papiers puis ma valise, en haïssant ces chocolats.

Au bureau des connexions, j'attends 5 minutes pour m'entendre dire qu'il faut aller au 1er étage, où j'attends à nouveau une vingtaine de minutes que l'agent Aeroflot refasse surface. Je suis accueillie par une Russe sympathique à qui j'explique la situation. Compréhensive - et heureusement - elle me réserve un siège sur le vol de 8h30 et me propose une nuit à l'hôtel. Il est maintenant 21 heures passées et je ne puis refuser. 

C'est alors qu'un homme d'un certain âge me demande - dans un anglais parfait - si j'ai moi aussi manqué mon second vol à cause du retard du premier au départ de Moscou. Réponse positive. Parfait, partageons un taxi. 

Je ne tarde pas à comprendre que ce charmant monsieur est Belge - ils sont partout - et qu'il parle français. "J'ai aperçu votre nom sur votre carte d'embarquement. Ma fille ainée s'appelle aussi Manon". Cette journée n'a pas fini de m'étonner.

Il est 23 heures - soit 5 heures du matin à Moscou - lorsque je me mets enfin au lit, non sans avoir en guise de dîner piqué quelques chocolats. Finalement, je ne suis pas mécontente qu'ils soient là. 

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Published on September 17 2017

Est-ce bien sérieux ? Se lever à 7h30 un dimanche matin ? À en croire Marat installé sur le rebord de la fenêtre, les yeux rivés sur son téléphone pour étudier notre trajectoire prochaine, oui. Lorsque je me décide à le rejoindre, le visage encore endormi de Clémence apparaît de derrière le canapé-lit. Un café, vite. 

Du calme de Yasnaïa Poliana au chaos de Moscou

Désormais bien réveillée, la ville m'apparaît alors sous un tout nouveau jour. Les vieux bâtiments décrépis et les câbles par milliers dans les airs me sautent alors aux yeux. Seul le Kremlin de cette ville - capitale du pain d'épices russe et du samovar - conserve son charme. Pour le reste, Toula est semblable à toutes les autres villes d'environ 500 000 habitants : une forteresse en son centre historique, peu de hauts bâtiments et un manque cruel d'infrastructures et de rénovation.

Mais Toula semble avoir un je-ne-sais-quoi qui me pousse à en découvrir plus. Mais le temps presse, et nous rejoignons déjà notre bolide pour partir, toujours plus loin. 

Du calme de Yasnaïa Poliana au chaos de Moscou
Du calme de Yasnaïa Poliana au chaos de Moscou

Ca se bouscule au portillon de Yasnaïa Poliana, la fameuse (ex) demeure de Léon Tolstoï, malgré le temps incertain et l'heure - relativement - matinale. Notre premier réflexe est de réserver notre place pour la prochaine excursion. Départ dans 30 minutes top chrono, le temps de faire un petit tour du propriétaire. 

Allée de bouleaux, jardins, vergers, poneys et dépendances se succèdent sur les 380 hectares de terrain. Les chemins en terre sont quant à eux foulés par les pieds de dizaines de touristes qui déambulent en groupe, précédés de leurs guides affublés d'un haut-parleur inefficace au possible. 

Bientôt nous faisons partie d'un troupeau nouvellement constitué. Pour ne pas en perdre une miette - et parce que quand on me parle russe de dos, je ne comprends pas tout -, je ne quitterai pas notre guide d'une semelle. On avance d'un pas lent dans les allées, et je m'abreuve de ses paroles à propos du célèbre écrivain. Qui eût cru que ce dernier avait créé des écoles pour les paysans, s'était improvisé professeur pendant des années et maîtrisait pas moins d'une dizaine de langues étrangères qu'il apprenaît par lui-même dans le soucis de communiquer dans la langue d'origine de ses hôtes ? Qui aurait pensé qu'un homme disposant d'une telle aura serait enterré au fin fond de son jardin, dans une tombe on ne peut plus simple et à peine remarquable tant elle est enfouie sous les végétaux ?

Je suis fascinée, admirative, passionnée.

Domaine de Yasnaïa Poliana
Domaine de Yasnaïa Poliana
Domaine de Yasnaïa Poliana
Domaine de Yasnaïa Poliana
Domaine de Yasnaïa Poliana
Domaine de Yasnaïa Poliana
Domaine de Yasnaïa Poliana
Domaine de Yasnaïa Poliana

Domaine de Yasnaïa Poliana

La tête pleine d'informations - dont la plupart se fera la malle dans les jours qui suivent - je ressors entièrement satisfaite de cette excursion et, travail en agence de voyages oblige, mon cerveau bouillonne d'idées pour mettre en valeur cette destination. 

Il est à peu près 15 heures lorsque nous montons en voiture. Et c'est pile à ce moment là - je ne tarderai pas à le découvrir - que le supplice commence. Un supplice qui durera 6 heures et fera de nous de misérables prisonniers de l'habitacle, lui-même perdu dans de terribles embouteillages. Marat fatigue, et les sursauts de la voiture à chaque passage de vitesse commencent à m'exaspérer. Faites-nous sortir. Je sature. Je vais hurler. Au secours. 

Les "au revoir" sont brefs. Non pas que je ne vous aime pas, hein, mais comprenons-nous, je suis à bout comme vous et là, j'ai besoin d'air.

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Published on September 16 2017

Sommeil ? En stock. Sac ? Prêt. Petit-déjeuner ? Englouti. Un dernier coup d'oeil à ma chambre, et je suis fin prête pour cette nouvelle escapade qui m'attend. "Rien de mieux pour aimer Moscou que de la quitter régulièrement", m'a un jour dit l'un de mes rares collègues français installés dans la capitale depuis bientôt 6 ans. Je ne pourrais être plus d'accord. 

À 11h15 tapantes, Marat se gare en bas de chez moi et Clémence nous rejoint. La joyeuse compagnie s'installe à bord du bolide de mon camarade tatare et met le GPS en route. T-O-U-L-A. Le choix de notre destination ne s'est pas fait par hasard. Dans ma to-do list - bon d'accord, dans l'une de mes to-do list - les noms de Toula et Yasnaïa Poliana figurent depuis bien longtemps. Trop longtemps. La première est une ville de taille moyenne à quelques centaines de kilomètres au sud de Moscou. La deuxième est le nom du domaine où vécut Léon Tolstoï pendant de nombreuses années de sa passionnante vie. 

Le temps est de la partie, l'humeur et le moral au beau fixe. Tout roule. Sauf notre voiture, justement. Nous n'échapperons pas aux encombrants bouchons moscovites. Pour distraire et calmer notre conducteur, je n'hésiterai pas à passer ses morceaux de jazz favori - histoire de nous assurer une arrivée à destination en douceur. 

Pause sourire.

Pause sourire.

Une heure. Deux heures. J'ai perdu ma patience depuis déjà une bonne vingtaine de kilomètres. Alors quand j'apprends que l'on vient de faire un énorme détour pour rejoindre la datcha de Yulia - une amie-collègue de Marat - je suis un poil exaspérée. Mauvais timing, mon ventre commencer à crier famine. 

Ce n'est pas sans un immense soulagement que nous arrivons dans un village dont le nom me fait déjà défaut. On se rue dans la cuisine pour dévorer notre déjeuner, non sans avoir salué le père de notre hôte, père qui nous lance fièrement dans un français presque sans accent "Chercher la femme !". Vous m'avez l'air tout à fait sympathique, mais on va garder nos distances. Juste au cas où.

Maintenant que j'ai fini de râler, je suis disposée à apprécier à sa juste valeur cette sublime datcha toute en bois et dont le jardin recèle d'innombrables merveilles comestibles. Mate-moi ce beau bouquet de coriandre ! 

Les citadins à la campagne.
Les citadins à la campagne.

Les citadins à la campagne.

Ce sont les poumons pleins d'air frais que nous reprenons le tracé en direction de Toula. Plus un bruit dans l'habitacle, la fatigue se fait sentir à tous les étages. 

Sur la rue Sovetskaya, à seulement 10 minutes à pied du Kremlin, nous mettons les pieds dans notre logement pour la nuit. Coucher de soleil et musique. Rien de mieux pour se mettre en jambe avant une petite balade nocture dans les rues sombres de la ville. 

Quand est-ce qu'on arrive ?
Quand est-ce qu'on arrive ?
Quand est-ce qu'on arrive ?
Quand est-ce qu'on arrive ?
Quand est-ce qu'on arrive ?
Quand est-ce qu'on arrive ?
Quand est-ce qu'on arrive ?
Quand est-ce qu'on arrive ?
Quand est-ce qu'on arrive ?

Kremlin, photos, cathédrale, photos, rempart, photos, nos trombines, photos. Une fois la mémoire de nos cellulaires saturée par nos divers clichés, on se réfugie dans un bar intitulé "3 soeurs" - sans doute en hommage à l'oeuvre éponyme d'un certain Tchekhov. 

Quand est-ce qu'on arrive ?
Quand est-ce qu'on arrive ?

Ca ne se bouscule pas à l'intérieur, mais l'ambiance y est malgré tout sympathique. Et puis, deux Françaises et un Russe de Moscou, ça fait toujours son effet, et il faut savoir en tirer profit. 

Sur le chemin du retour - légèrement éméchée - je tente de convaincre mes deux acolytes de poursuivre cette soirée si bien commencée dans la boite miteuse sur l'autre trottoir dont la musique s'échappe par les fenêtres. Sans doute pour le mieux, nous rejoignons finalement nos quartiers. Et c'est le moment où les ronfleurs entrent en scène.

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Published on July 31 2017

Cinq heures et demi du matin, et une envie de me cacher sous les draps pour ne plus en ressortir. Jamais. 

Et pourtant. Voilà que je m'extirpe de mon lit et tente de trouver ne serait-ce qu'une once de motivation - en vain - pour me bouger, plus vite. Louis a, lui, le museau dans son sac, au sein duquel il semble peiner à tout faire entrer. 

Et puis, tout s'enchaîne. Le métro, ses énormes passagers et ses employés, la gare Aeroexpress de Belorusskaya, son train en direction de l'aéroport Sheremetyevo, sa dernière accolade, ce regard qui veut tout dire et nous épargne des mots douloureux, ce sourire triste à travers la vitre du wagon, mes grimaces pour camoufler ma peine, et finalement des larmes qui coulent sans retenue aucune lorsque le train disparaît dans un virage au loin. 

Et le début de la fin. 

Prochaï Moskva
Prochaï Moskva
Prochaï Moskva

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Published on July 30 2017

Il est déjà onze heures passées lorsque l'on parvient enfin à sortir de notre antre. Nous prenons alors la direction du centre de design moscovite ArtPlay où se trouve mon café végantarien préféré de la capitale. Quand nous arrivons sur le territoire de cette ancienne usine réhabilitée, "tous les hipsters dorment encore" comme aime le dire Marat, mon camarade russe par excellence. 

Nous sommes d'ailleurs les premiers clients du café dont je scrute le tableau à la recherche de ma nouvelle proie. Un smoothie dans une main et un plateau chargé de bonnes choses dans l'autre, nous grimpons jusque sur la terrasse pour profiter de la vue.

© Louis Mondot
© Louis Mondot
© Louis Mondot

© Louis Mondot

Quand nous quittons finalement ce petit coin de paradis, je suis tout simplement bonne à rouler tant j'ai bien mangé et bu. Mon acolyte a, lui, repris des forces depuis la veille et fait preuve d'un entrain absolument fabuleux. 

Je ne suis personnellement pas mécontente de me vautrer allègrement sur un fauteuil du tramway pour - tenter de - faciliter la digestion. Trente minutes et des dizaines de bâtiments soviétiques plus tard, nous arrivons à destination. Sans doute l'un de mes endroits préférés en terme d'architecture et de panorama. 

Dans les hauteurs moscovites

L'Université MGU, car c'est d'elle qui s'agit, est à mes yeux la plus impressionnantes des "sept soeurs staliniennes" de notre capitale. Et cela ne semble pas déplaire à Louis qui consacrera une heure de son temps à la photographier sous toutes les angles. 

© Louis Mondot
© Louis Mondot
© Louis Mondot
© Louis Mondot
© Louis Mondot
© Louis Mondot
© Louis Mondot
© Louis Mondot
© Louis Mondot

© Louis Mondot

Dernière escale de notre long et incroyable périple, nous voici rendus au pied de la Cathédrale Saint-Sauveur et ses sublimes coupoles dorées. Malgré mes nombreuses venues au compteur - et le fait que malgré ses apparences, l'édifice n'ait que 20 ans - je ne peux m'empêcher de rester chaque fois bouche-bée face à cet imposant chef-d'oeuvre. 

© Louis Mondot
© Louis Mondot
© Louis Mondot
© Louis Mondot
© Louis Mondot
© Louis Mondot
© Louis Mondot

© Louis Mondot

Tranquillement, et tandis que le soleil décline à l'horizon, nous revenons chez moi pour notre dernière soirée moscovite ensemble.

© Louis Mondot

© Louis Mondot

Allez, pour fêter ça - en plus de mes 25 balais qui arrivent à grands pas - mousseux pour tout le monde ! Et sur la terrasse, s'il vous plaît.

Nous sommes dimanche, il est 23 heures et je n'ai aucune envie de rentrer et de me coucher. Car demain, lorsque j'ouvrirai les yeux, il sera déjà trop tard. Et tout sera bel et bien fini. 

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Published on July 29 2017

Ça ne loupe pas. Impossible de déroger à la règle du "on vous réveille une heure avant d'arriver, comme ça tout le monde dégage pile à l'heure". Et notre petit monstre de voisin l'a bien compris. Dès 5 heures, ça s'active de part et d'autre de la cabine. 

À 6h30, on est (déjà) sur le quai de la gare. Dur retour à la capitale et à la réalité. Je retrouve toutefois mes réflexes de moscovite et nous mène jusqu'à chez moi - à pied - à travers les rues encore vides de la capitale. Petite émotion en passant la porte de mon appartement. Mis à part le fait que mes voisines semblent s'être abstenues de faire le ménage pendant mon absence, je dois admettre que je suis heureuse de retrouver mon chez-moi - et le confort qui va avec.

Un dilemme s'offre alors à nous : dormir ou ne pas dormir ? Poussés par une force digne de celle qui nous animait alors dans l'Altaï, on se retrouve rapidement dehors, tandis que la plupart des Moscovites dorment encore. Après un copieux petit-déjeuner à la russe, on se rend jusqu'au plus soviétique des parcs de Moscou. J'ai nommé, VDNKh. 

Pas de pot pour les Frenchies, tout est en travaux. Seuls quelques pavillons sont épargnés, et il est même impossible de se recueillir devant la célèbre statue de Lénine. M'enfin. La capitale connaît - il était temps - un véritable été qui me fait regretter ce petit pull noir.

© Louis Mondot
© Louis Mondot
© Louis Mondot
© Louis Mondot
© Louis Mondot

© Louis Mondot

Après notre grand tour sous un soleil de plomb, nous retrouvons le frais métro, direction les parcs Muzeon et Gorki. Descendus à Tretiakosvkaya, je fais découvrir ce quartier culturel et propice aux soirées festives à l'ami Louis. Consternés par les pauses des Russes devant le moindre monument - buissons fleuris compris -, nous poursuivons notre chemin jusqu'à cette immonde et gigantesque - et polémique - statue de Pierre Ier, dit Le Grand. 

© Louis Mondot
© Louis Mondot
© Louis Mondot
© Louis Mondot

© Louis Mondot

Impossible de manquer au passage les bustes de Lénine et Marx, le cimetière de statues déboulonnées, ou encore les quais de la Moskova. Un peu plus loin, nous trouvons repos sur la pelouse fraîche du parc Gorki. 

Malgré notre gigantesque petit-déjeuner - et parce que mon compère assume avoir, je cite, "un bidou galactique" - nous nous installons sur la sublime terrasse du musée Garage pour déguster houmous et falafels. 

© Louis Mondot
© Louis Mondot
© Louis Mondot
© Louis Mondot
© Louis Mondot
© Louis Mondot

© Louis Mondot

Mais déjà, le devoir nous appelle. Nous débarquons sans plus attendre au parc Kolomenskoyé et je ne tiens plus en place : le festival Afisha Picnic est là !

Nous ne sommes pas les seuls au rendez-vous, c'est même blindé de monde un peu partout. Un beau bracelet bleu scellé au poignet, nous pénétrons dans l'antre de la musique, où règne une ambiance "festival" : baraques à bouffe, poussière en masse générée par les centaines de paires de pieds qui traînent au sol et trépignent d'impatience de voir leur groupe préféré, plusieurs scènes pour plusieurs styles de musique. 

Après un tour du propriétaire, nous nous installons sur une belle colline faisant face à la grande scène. Nous ne bougerons pas nos postérieurs pendant les trois prochaines heures. Non pas que cela m'enchante de rester les fesses plantées dans le pelouse sans rien boire ni manger, et à écouter des groupes dont la musique me fait saigner les oreilles, mais un de mes groupes préférés prendra possession des lieux d'ici peu et IL NOUS FAUT une bonne place/vue. 

Heureusement, mon ami Grégoire et ses acolytes ne tardent pas à nous approvisionner en bières... sans alcool. Et la fête est plus folle ! Quand Foals débarque sur la grande scène, je suis au paradis. Malgré sa petite taille, le chanteur envoie du lourd. Du très très lourd. 

© Louis Mondot
© Louis Mondot

© Louis Mondot

Si je suis maintenant debout, je demeure sur le cul. Plus jamais je n'écouterai leur musique de la même façon. Pour fêter ça, je me ferais bien un cornet de frites ! Me voici donc à me lécher doigts et babines couverts de graisse, lorsque je remarque qu'un frelon me tourne autour. Même affaire du côté de chez Louis. Et c'est ainsi que le cauchemar commence. 

Poursuivis par au moins deux spécimens, nous finissons par balancer nos frites -  à moitié entamées - dans une poubelle, de peur que la présence de ces dernières ne les attire davantage. Mais rien à faire, nous sommes poursuivis. 

Je suis à deux doigts de partir, et de laisser les autres en plan. Allez, un petit effort pour Kasabian et on se casse. Si les frelons finissent par déguerpir miraculeusement, c'est la musique qui nous fera finalement fuir. 

Le temps de rentrer, il est minuit passé. Bientôt 24 heures que nous sommes en vadrouille, et il est définitivement celle d'aller se coucher. 

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Published on July 27 2017

Faites taire le gosse. Il est beaucoup trop tôt pour réclamer des bonbons, tapoter bruyamment sur la tablette ou encore ouvrir et fermer la porte toutes les trente secondes juste pour se faire remarquer. Gamin, tu ne sembles pas être au courant, mais on a encore une petite cinquantaine d'heures à passer avec toi et ta grand-mère, alors si tu veux que tout se passe bien, tu as intérêt à te calmer, sinon je ne manquerai pas de te faire bouffer ton hand spinner que tu ne quittes jamais. C'est clair ? 

Il faut croire que non. 

Comment Boulgakov a sauvé ma vie
Les petits monstres © Louis Mondot
Les petits monstres © Louis Mondot
Les petits monstres © Louis Mondot

Les petits monstres © Louis Mondot

La première journée s'avère terrible. Tandis que Louis squatte sa banquette supérieure et s'assure que tous les petits trous de l'aération sont bien alignés, je hais le train pour ne pas avoir de vraie climatisation, je suis prise d'une envie meurtrière contre mes voisins - ceux de notre cabine ne suffisant pas, de jeunes bambins sont entrés dans la danse -, je tourne en rond comme un lion dans sa cage. 

Quel supplice que de ne pouvoir mettre le nez dehors que lorsque l'arrêt dans une gare dépasse les 12 minutes - autrement dit entre 2 et 3 fois par jour. Pas suffisant. Je subis, littéralement. 

Pour fuir cette torture interminable, je me force à dormir, je multiplie les escales sur les quais de gare - dès que c'est possible - pour me dégourdir les pattes, respirer un air frais et me changer les idées. 

© Louis Mondot
© Louis Mondot
© Louis Mondot
© Louis Mondot
© Louis Mondot
© Louis Mondot

© Louis Mondot

En fin de journée, je suis frappée par un éclair de génie qui va littéralement changer la donne pour le reste du voyage. Je me souviens alors que je trimballe depuis une bonne quinzaine de jours un pavé que je prévoyais de lire. L'occasion est toute trouvée. 

Tandis que notre train parcourt la campagne à une allure réduite et que nos insupportables voisins n'en finissent pas avec leur bordel sans nom, je me noie avec un plaisir non-dissimulé dans l'histoire du Maître et Marguerite de ce génie qu'est Boulgakov. Je n'en ferai qu'une bouchée au cours des 24 heures qui suivent. 

Au moment de m'endormir et tandis que mes yeux parcourent les dernières lignes de ce chef-d'oeuvre, je suis soulagée de réaliser que cette nouvelle épreuve touche à sa fin. Moscou, serais-tu finalement mon sauveur ?

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Published on July 26 2017

Soleil. Bruit de pas sur le gravier en bas de notre fenêtre. Sentiments de repos. Parfait trio pour bien commencer la journée. En musique, nous faisons nos sacs pour la dernière - vraie - fois. Sortez les violons, une courte pause mélancolie s'impose.

Mais où est le gros sac de Manon ?

Mais où est le gros sac de Manon ?

À 10h30, nous sommes dehors, plus chargés que jamais et - légèrement - alourdi par un cadeau-souvenir de la propriétaire de l'appartement. À 14h, nous sommes installés aussi confortablement que possible dans un vieil autobus. C'est parti pour environ 4 heures de route en plein cagnard. 

L'étrange découverte de Barnaoul
L'étrange découverte de Barnaoul

Malgré les somnolences et la musique, ce trajet me paraît toutefois bien long. Je ne suis donc pas mécontente de voir se dessiner les courbes industrielles et mornes - mais colorées - de Barnaoul à travers la fenêtre de mon voisin endormi. Mais à peine sortie du bus, j'ai comme le pressentiment qu'elle ne va pas beaucoup me plaire, cette ville sibérienne.

Nos immenses sacs largués à la conciergerie, nous voilà libre comme l'air pendant 7 heures avant de prendre le fameux train pour Moscou. Sept heures, c'est long. Très très long. 

Nous débutons notre visite improvisée par l'axe principal de Barnaoul qui part des quartiers nord  de la ville, proches de la gare, pour s'étendre jusqu'au port municipal, notre - unique - objectif. Nous effectuons une escale obligatoire devant un bâtiment officiel devant lequel trône l'habituelle statue de l'ami Lénine. 

Et c'est finalement au bout de cette interminable avenue que l'on débouche sur le port. Déception au rendez-vous. C'est industriel et gris au possible, aucun vraie espace de détente et loisirs n'y est aménagé, en dehors d'un château gonflable multicolore. Ce qui n'empêche pas des groupes de sexagénaires - torse-nu pour la plupart - de s'exhiber sous un soleil à peine visible. Leurs corps ont déjà été noircis par d'innombrables heures passées à bronzer au bord de l'eau sale. Une bière dans la main, ils parlent fort et les donzelles, perchées sur leurs hauts talons, marque de bronzage apparente, se pavanent.

Je ne parviens pas à réfréner un rire nerveux. Vite passons.  

Le port-fantôme soviétique de Barnaoul et ses curiosités © Louis Mondot
Le port-fantôme soviétique de Barnaoul et ses curiosités © Louis Mondot
Le port-fantôme soviétique de Barnaoul et ses curiosités © Louis Mondot
Le port-fantôme soviétique de Barnaoul et ses curiosités © Louis Mondot
Le port-fantôme soviétique de Barnaoul et ses curiosités © Louis Mondot

Le port-fantôme soviétique de Barnaoul et ses curiosités © Louis Mondot

Quelque peu dépités par le cruel manque de lieux sympathiques pour se poser, nous optons pour une terrasse au bord du fleuve. Mauvaise idée. En plus de la musique extérieure, nous profitons en parallèle d'une animation musicale à l'intérieur du restaurant-salle de spectacle destinée à faire bouger les quelques babouchkas venues spécialement pour l'occasion.

Clou du spectacle, notre voisine n'est autre qu'une jeune maman vêtue d'une longue robe d'été noire dont elle fait tomber bretelle gauche afin de donner le sein à son nourrisson. Impossible de louper les grosses lunettes rondes qu'elle arbore, ainsi que ce bob noir subtilement orné de feuilles de cannabis. Mais où sommes-nous ? 

© Louis Mondot
© Louis Mondot
© Louis Mondot
© Louis Mondot
© Louis Mondot

© Louis Mondot

Bien que très en avance, nous ne tardons pas à rejoindre la gare à pied et à faire une escale pour collecter les vivres nécessaires à notre survie pour les deux jours et trois nuits de voyage en train à venir. 

Et voilà. Un coupé - compartiment de 4 personnes dans le train. Une banquette inférieure, et une supérieure. Plus de 3 000 km à parcourir. Et ce sentiment profond qui me dit de ne pas partir. 

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Published on July 25 2017

Aïe. Ce n'est plus un dos que l'on a, mais de la véritable compote. Et du premier prix pour Louis. Heureusement que le plus gros du voyage est derrière nous. 

À la cafétéria du camping fantôme, le personnel s'extasie devant les deux Français que nous sommes. C'est bien gentil, mais ça n'enlève rien au fait que votre petit-déjeuner, bah il est pas terrible. Mais tu souris, alors pour te faire plaisir et honneur à ton buffert, je vais même reprendre un gâteau sec - et j'insiste bien sur le "sec". 

Nous avons rendez-vous à 13h30 pour rendre l'AltaïMobile et je sens que ça me travaille déjà à l'intérieur. Nous effectuons une escale indispensable à l'avtomoïka - la laverie - parce que notre vaillante Hunday Getz a bien besoin d'un petit coup de polish. Il nous faudra tout de même attendre une bonne heure dans ce lieu tout droit sorti d'une série américaine des années 80 - si on passe outre la Barbie russe à la caisse qui nous jette des petits coups d'oeil attendris de temps en temps. 

Petite perle soviétique sur la route.

Petite perle soviétique sur la route.

De retour dans l'habitacle, ça sent bon le propre et toutes les traces de nos - nombreux - piques-niques et goûters ont disparu. Alors autant dire que la dame de l'agence de location ne rechigne pas à me rendre mes 5 000 roubles de caution. "Au revoir". Lorsque notre AltaïMobile disparaît dans un virage, je ne peux m'empêcher de sentir mon coeur se serrer. 

Dans le bus pour retourner dans le centre de Gorno-Altaïsk, nous sommes bien calmes. Louis souffre et je suis plongée dans mes pensées. Ça sent la fin. Doucement, mais sûrement - et douloureusement. 

Nous sommes finalement accueillis par Natacha qui nous présente notre chez-nous éphémère. Lits confortables, cuisine aménagée et salle de bain. Tiens, salut confort ! Ça faisait un moment qu'on t'avait pas vu ! 

Après une douche salvatrice, impossible de résister à l'appel du lit. C'est là, une fois vautrés à ne strictement rien faire - hormis zapper sur la télévision russe - que l'on réalise combien ce périple peut être fatiguant sur les bords. 

Gorno-Altaïsk, version vintage.
Gorno-Altaïsk, version vintage.

Gorno-Altaïsk, version vintage.

On trouvera ce qu'il faut de force pour sortir en début de soirée et aller dîner dans un restaurant dont le style demeure encore inconnu au bataillon. Concert live de rock sur les écrans, l'avant d'un bateau en guise de décoration à l'entrée et cuisine russo-espagnole dans les assiettes. Joyeux mélange. 

Malgré le fait que mon ventre est sur le point d'exploser, je savoure chaque pas qui nous ramène à notre doux cocon. Car demain, à la même heure, le grand retour vers Moscou s'amorcera. Et cette pensée me laisse un goût amer. Il semblerait que j'ai oublié mon amour pour la capitale dans la portière avant de notre bolide. 

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Written by Bouriaud Manon

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Published on July 24 2017

Le temps orageux de la veille a laissé place à une franc soleil dont les rayons chatouillent mes yeux. Nos uniques voisins sont partis tôt le matin, emportant avec eux le peu de retenue que nous avions. Nous voici donc à déambuler en maillot de bain entre notre cabane et la table de petit-déjeuner, à bronzer allègrement vautrés sur cette même-table. Chose qui ne semble pas déranger le propriétaire venu s'enquérir de notre heure de départ. J'attends que mon maillot laisse sur mon corps au teint hâlé une belle marque, et on se casse. C'est bon pour vous ? 

Vient ensuite le moment fatidique de refaire nos sacs, de dire adieu à ce petit coin de paradis, et de rebrousser chemin vers le Nord de l'Altaï. C'est non sans un pincement au coeur que je prends place dans l'AltaïMobile. 

Notre auto roule, roule, roule sur les routes asphaltées, jusqu'au Chalet Priskalniy où nous avons loué un bungalow pour la nuit. On pose la voiture près d'une terrasse fantôme où trônent fièrement quelques chaises et tables élégamment dressés, attendant des hôtes qui ne viendront jamais. C'en est presque glauque. 

Le camping fantôme sur la Katoun
Le camping fantôme sur la Katoun
Le camping fantôme sur la Katoun

À l'accueil, un monsieur corpulent nous indique notre numéro de bungalow et nous y conduit. Chemin faisant, il nous indique toilettes et douche, dignes d'un camping municipal où le ménage n'aurait pas été fait depuis des mois. Joker. Je préfère sauter la case "douche" pour me rendre directement à "je suis dégueu et j'assume". 

Notre nouveau cabanon est somme toute mignon, mais on déchante rapidement en s'allongeant sur les lits. Plus mou, tu meurs. 

Pour parfaire ce désastreux tableau, l'ambiance est ici aussi joviale que dans un cimetière. Lorsqu'on réclame des serviettes de bain, on se voit remettre un unique morceau de tissus de la taille d'un torchon et qui plus est, humide. Et avec le sourire, c'est possible ?

Heureusement, le territoire dispose de deux petites plages privées au bord de la Katoun. Sur la première, Louis fera trempette - uniquement les doigts de pied - dans l'eau glacée, tandis que, pour le principe, je m'y jetterai à corps perdu. Voilà, je me suis baignée. 

Sur la deuxième, nous nous ferons un pique-nique royal, arrosé de tarkhun (sorte de soda russe vert fluo à l'estragon), et accompagné d'un sublime coucher de soleil. Si on fait abstraction des vagues de fumée en provenance du barbecue en contrebas et du rap russe envoyé par de grosses enceintes, c'est parfait. 

© Louis Mondot
© Louis Mondot
© Louis Mondot
© Louis Mondot
© Louis Mondot

© Louis Mondot

Une dernière petite escapade dans les environs du "camping" et nous rejoignons notre bungalow pour nous avachir - toujours plus loin - dans nos matelas sans fond. 

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Written by Bouriaud Manon

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