Comment Boulgakov a sauvé ma vie

Publié le 27 Juillet 2017

Faites taire le gosse. Il est beaucoup trop tôt pour réclamer des bonbons, tapoter bruyamment sur la tablette ou encore ouvrir et fermer la porte toutes les trente secondes juste pour se faire remarquer. Gamin, tu ne sembles pas être au courant, mais on a encore une petite cinquantaine d'heures à passer avec toi et ta grand-mère, alors si tu veux que tout se passe bien, tu as intérêt à te calmer, sinon je ne manquerai pas de te faire bouffer ton hand spinner que tu ne quittes jamais. C'est clair ? 

Il faut croire que non. 

Comment Boulgakov a sauvé ma vie
Les petits monstres © Louis Mondot
Les petits monstres © Louis Mondot
Les petits monstres © Louis Mondot

Les petits monstres © Louis Mondot

La première journée s'avère terrible. Tandis que Louis squatte sa banquette supérieure et s'assure que tous les petits trous de l'aération sont bien alignés, je hais le train pour ne pas avoir de vraie climatisation, je suis prise d'une envie meurtrière contre mes voisins - ceux de notre cabine ne suffisant pas, de jeunes bambins sont entrés dans la danse -, je tourne en rond comme un lion dans sa cage. 

Quel supplice que de ne pouvoir mettre le nez dehors que lorsque l'arrêt dans une gare dépasse les 12 minutes - autrement dit entre 2 et 3 fois par jour. Pas suffisant. Je subis, littéralement. 

Pour fuir cette torture interminable, je me force à dormir, je multiplie les escales sur les quais de gare - dès que c'est possible - pour me dégourdir les pattes, respirer un air frais et me changer les idées. 

© Louis Mondot
© Louis Mondot
© Louis Mondot
© Louis Mondot
© Louis Mondot
© Louis Mondot

© Louis Mondot

En fin de journée, je suis frappée par un éclair de génie qui va littéralement changer la donne pour le reste du voyage. Je me souviens alors que je trimballe depuis une bonne quinzaine de jours un pavé que je prévoyais de lire. L'occasion est toute trouvée. 

Tandis que notre train parcourt la campagne à une allure réduite et que nos insupportables voisins n'en finissent pas avec leur bordel sans nom, je me noie avec un plaisir non-dissimulé dans l'histoire du Maître et Marguerite de ce génie qu'est Boulgakov. Je n'en ferai qu'une bouchée au cours des 24 heures qui suivent. 

Au moment de m'endormir et tandis que mes yeux parcourent les dernières lignes de ce chef-d'oeuvre, je suis soulagée de réaliser que cette nouvelle épreuve touche à sa fin. Moscou, serais-tu finalement mon sauveur ?

Rédigé par Bouriaud Manon

Publié dans #Россия

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