On dirait (bien) le Sud (de l'Altaï)
Publié le 22 Juillet 2017
Et le silence fut. Pas un beuglement. Pas un caquètement. Juste le bruit de pas dans le jardin et les rayons du soleil qui traversent les fins rideaux de notre cabane.
Telle une bonne vieille routine, nous voici la tête dans les sacs, cette fois pleins d’affaires propres - et non-odorantes. Notre stock de provisions est quant à lui tel que nous pourrons tenir encore une journée. Tout est parfait, me direz-vous. Sauf les propriétaires de l’auberge, apparemment. La bonne femme - ahurie au possible - me réclame plus que le prix indiqué sur l’annonce l’annonce. Mais dis-donc ma vieille, t’as vu le confort de ton hébergement ? Mets-toi bien dans la tête que je ne te filerai pas un kopek de plus.
Bien que courroucée par ce fâcheux événement, je ne manquerai de déposer sur le doux - mais douteux - pelage de Jean-Paul quelques caresses avant de prendre place dans l’AltaïMobile aux côtés de mon acolyte.
On the road again. Louis, c’est à toi.
Ça roule tout seul sur le tracé menant à Ongudaï. Vu le compteur et notre vitesse actuelle, j’en déduis que Louis est d’accord.
Le gros avantage avec l’Altaï - en général -, c’est que tu ne risques pas de te perdre. C’est simple, c’est toujours tout droit. Et si tu quittes l’axe principal, gare à tes suspensions.
Après plusieurs heures, on opte pour une pause bien méritée dans une espère d’aire de repos à la russe. Un paysage digne de la Mongolie est arrière plan. Un aigle qui rode dans le ciel. Des deux côtés de la route, des cababons en bois par dizaines proposant tous les mêmes produits - miel, bonnets et autres magnets à gogo. Les plus curieux - comprenez « les plus idiots » - pourront même dépenser la modique somme de 100 roubles pour se prendre en photo avec la peau d’un ours qui trône à l’arrière d’un 4x4. De très bon goût, je vous dis.
Et la route se poursuit, bien qu'entrecoupée de quelques pauses photo - indispensable, croyez-moi. C'est grand, c'est vaste, c'est reposant. Pas une vache à l'horizon. Juste quelques chevaux au pied de la colline. Les couleurs sont vives et le soleil joue à cache-cache avec les nuages, créant d'impressionnantes zones d'ombre sur les plaines et montagnes.
Pour parfaire ce tableau, une Lada fait son apparition et part se perdre dans le bosquet sur notre droite. Parfait. C'est absolument parfait.
Plus qu'une petite vingtaine de kilomètres et nous arrivons à destination. Mais avant cela, une nouvelle étape dans notre stage de conduite dans l'Altaï m'attend. Si j'ai passé mon baptême - imprévu - d'"esquive de vaches sur la route", me voici confronter à la session "routes sinueuses dans la montagne".
Ça tourne à 180°C, à flanc de falaise, souvent sans rambarde de sécurité - et bienvenue en Russie ! Entre ces zigzags à vous donner le vertige, on aperçoit de temps à autre un nouveau paysage qui se dessine. Je tourne à gauche, puis à droite, puis encore à gauche et encore à droite. Je remarque alors que le pic n'est qu'à quelques mètres. Et je comprends. Je comprends que ce qui nous attend au sommet devrait être à couper le souffle. Et ça ne loupe pas.
Une fois remis de nos émotions, on remonte à bord de notre chère AltaïMobile. Après la montée, la - logique et prévisible - descente dans les abysses de la montagne.
Un panneau. Une indication. "Kupchegen". Nous sommes arrivés. Le village traversé, nous partons en quête de notre hébergement pour les deux nuits à venir. Et c'est en bas d'une colline, au bord d'une pittoresque rivière que nous trouvons notre bonheur. Une adorable cabane au toit bleu-vert. Sur le perron, un banc bleu et un lavabo on ne plus rustique - comparable à de la dinette, mais à taille humaine. À l'intérieur, une décoration ultra basique et des meubles non-accordés. C'est simple. C'est altaïen. Et c'est sans eau chaude - chope ton seau et va à la rivière -, sans douche - le banya est trop cher, tant pis, un troisième jour sans se laver c'est pas la mort - et avec toilettes sèches au fond du jardin - alors ça, dur de s'habituer, faut l'avouer.
Pour cette première soirée dans le Sud de l'Altaï, on tente le tout pour le tout : la randonnée du soir avec vestes vintage et bouteille de vin. C'est pas parce qu'on est sales qu'il faut se laisser aller pour autant.
L'ascension se fait entre extase et fatigue - autrement dit, on est plus motivés que jamais, mais notre respiration se fait puissante et bruyante. Pour se donner du baume au coeur, rien de mieux qu'un bon objectif. Tu vois ces drapeaux, là-bas tout là-haut ? Bah, c'est là qu'on va.
Louis crapahute plus vite que moi et mon sac - alourdi par nos repas et breuvage géorgien -, et je lutte pour rattraper mon retard.
Encore quelques rochers. Nous y sommes. Et le soleil est toujours parmi nous. Enfin, une infime partie. Mais je prends tout. Et c'est déjà beaucoup. Je demeure bouche bée - et essoufflée. Montagnes à perte de vue. Quatre drapeaux qui tournoient au gré du vent. Pas un badaud à l'horizon. Une seule vache en contrebas. Et le silence absolu.
Quand le soleil disparaît finalement, signe que la nuit va bientôt reprendre ses droits - la lune et quelques étoiles n'en sont que les prémices - et après un véritable festin, nous voilà pris d'un élan de folie. Une envie de courir qui nous prend comme une envie de pisser - vous excuserez ma franchise. Et voilà que ça court, ça rie, ça filme, ça manque de tomber.
Et finalement, ça rejoint leur cabane au toit bleu. Un petit shampoing sur la terrasse, un brossage de dent à la belle étoile, et tous au lit. La montagne ça vous gagne, mais ça vous crève aussi.















