En suspension dans la jungle altaïenne
Publié le 21 Juillet 2017
Nous sommes d'abord réveillés par le coq. Puis, par le veau. Et enfin, par le chien. Bienvenue à la ferme d'Askat.
Quand on finit par émerger et pointer le bout de notre nez hors de la cahute, nous sommes accueillis par un franc soleil, nos voisins installés sur la petite terrasse où nous ne tardons pas à les rejoindre, et Jean-Paul - le chien, que nous avons renommé à la française - qui traîne dans nos pattes et se jette sur le dos pour appeler les caresses.
Le cadre est on ne peut plus calme - si on fait abstraction du boucan des animaux - et dépaysant pour nous qui vivons dans de si grandes villes. Retour aux sources, c’est bien ça ? Bah va chercher l’eau de pluie là-bas et fais ta lessive dans une bassine avec du savon pour le banya, et on verra si ça n’a toujours que du bon. Soyons honnête, c’est sympathique - voire marrant - mais je ne m’y collerais pas toute l’année.
Nous abandonnons ce charmant petit coin de paradis rustique, pour retrouver notre belle et bleue - et sale - AltaïMobile. Direction, la vallée de la Katoun. Je propose qu’on se rendre au lac Karalskoyé, à une trentaine de kilomètres de là. Et c’est à ce moment précis que les ennuis commencent.
Au début, tout se déroule à merveille. La route jusqu’au petit village d’Elekmonar est correcte - bien que parsemée de vaches ici et là - jusqu’au moment fatidique de tourner à gauche. Il ne nous faut faire que 500 mètres pour découvrir un chemin en terre semé d’embuches. Et ça ne va qu’en s’empirant. Vitesse moyenne : 10 km/h, 20 dans les pics d’accélération. Louis est aux commandes.
Au bout d’une heure et demi d’exercices pour les suspensions, et alors que l’AltaïMobile souffre et souffle fortement, le GPS indique que nous n’avons parcouru que 3 km. Autrement dit, un dixième de notre chemin. À pied ? Il faut compter 9 heures aller-retour. Et le ciel qui devient menaçant. Nous nous avouons vaincus. Demi-tour.
Sains et saufs sur la route asphaltée, nous poursuivons notre périple vers le Sud, jusqu’à la ville de Tchemal. Sur la chemin, notre regard est attiré par un superbe pont, traversant le puissant fleuve Katoun. Impossible de résister.
Tchemal nous accueille avec ses magasins et échoppes par dizaines, ses voitures et son flux de pollution. Mais toujours pas de wifi. Le programme de visite se fait donc à l’arrache - ou disons plutôt, au talent. Pas de boussole, pas de GPS, nous fonçons vers la Katoun - du moins autant que les ruelles en terre nous le permettent.
Et puis nous apercevons un troupeau de Russes amassé sur le parking et qui se barre en direction d’une petite île à quelques centaines de mètres de là. En se rapprochant, on découvrira une jolie église, uniquement reliée à la terre ferme par un pont suspendu qui envoie du rêve. Au vue de la foule, nous optons pour une pause-pomme sur la petite crique ensoleillée un peu plus bas, au pied de la falaise.
Rien de mieux pour analyser l’espèce russe que d’observer ces mammifères dans leur état naturel. Le Russe est généralement gras, bedonnant, voire carrément gros, avec un minimum de muscles - caractère distinctif entre le mâle et la femelle. Il est celui qui porte tout - du sac de courses au sac à main -, celui qui paie tout, celui qui dit tout. La Russe est quant à elle toujours très apprêtée, très fine, très maquillée et qui aime exacerber son côté « princesse ». Elle est celle qui ne porte rien, ne paie jamais rien et parle très peu. En revanche, elle aime dévisager les autres femmes, qui ne sont autres que des concurrentes à ses yeux. Une fois réunis, le Russe et la Russe forment un couple qui semble loin de l’idylle. Ensemble, ils ne semblent partager que l’alliance à leur main droite. Les paroles se font rares, la joie de vivre et l’amour ne semblent pas faire partie du décor (NDLR : ceci est une outrageuse description « cliché » qui n’est représentatif que de 80% des couples russes. Je suis sûre que certains sont heureux. Quand même).
Parce que clairement, on n’a pas eu notre quota marche de la journée, nous nous engageons dans ce qui, au premier abord, annonçait une jolie randonnée. Au final, seules 15 petites minutes nous séparent du sommet qui s’avère être un parking - déception, quand tu nous tiens. C’est alors que je propose de nous engouffrer dans la forêt pour tenter d’avoir une vue sur la vallée. Une fois aspergé de produit anti-moustique, Louis accepte de me suivre.
C’est boueux, humide, mais l’air est frais et la vue se révèle splendide.
Sur la route du retour - et après un plein d’essence à 15€, ou la joie du pétrole qui coule à flots - nous découvrons un autre pont qui avait jusque-là échappé à nos radars. Un pont bien brinquebalant qui ne me laisse pas sereine. Mais les photos n’en sont que plus belles.
De retour à l’auberge, nous sommes reçus par un Jean-Paul en grande forme - et en sérieux manque d’attention - et deux adorables chats qui font une véritable course-poursuite - à leur avantage - avec le pauvre chien.
Quelque peu éprouvés par cette journée, nous ne résistons pas à l’offre de notre voisin qui se propose de nous chauffer le banya. Nous nous retrouvons ainsi à dix heures du soir à suer toutes les larmes de notre corps au fin fond de l’Altaï, à nous balancer des seaux d’eau froide à la tronche comme le veut la tradition, et à savourer tout simplement, ce semblant de douche.
L’équipe voyage se poursuit.











