Épique journée du lac Téletskoyé à la vallée de la Katoun'

Publié le 20 Juillet 2017

On est bien loin du coq de la Plaine-sur-Mer. Ici, ce sont les vaches que l’on entend dès le réveil. Le changement a du bon. 

Petit-déjeuner, sac à dos, élaboration de notre plan d’attaque (un grand merci à Ludmila pour avoir largement contribué à la réussite de cette journée), nous nageons en pleine routine. Douce et agréable routine matinale. 

Épique journée du lac Téletskoyé à la vallée de la Katoun'
Épique journée du lac Téletskoyé à la vallée de la Katoun'

Bon, ce n’est pas le tout, mais nous n’avons toujours pas vu le lac, nous. Il serait peut-être temps de remédier à ce terrible manque. Allégés de nos poids - laissés à l’auberge - nous partons à la conquête du lac Téletskoyé. Depuis le pont, nous bénéficions d’un panorama tout simplement sublime. D’un côté, le lac entouré de montagnes qui s’étend à perte de vue ; de l’autre, la rivière Bya qui indique le chemin du retour. 

Au bord du lac, nous croisons pêcheurs, homme botté, chevaux et vaches à gogo. Je ne saurais omettre la présence de Lada par dizaines qui, chaque fois, provoque un véritable extase dans l’assistance. 

Épique journée du lac Téletskoyé à la vallée de la Katoun'
Épique journée du lac Téletskoyé à la vallée de la Katoun'
Épique journée du lac Téletskoyé à la vallée de la Katoun'
Épique journée du lac Téletskoyé à la vallée de la Katoun'
Épique journée du lac Téletskoyé à la vallée de la Katoun'
Épique journée du lac Téletskoyé à la vallée de la Katoun'
Épique journée du lac Téletskoyé à la vallée de la Katoun'
Épique journée du lac Téletskoyé à la vallée de la Katoun'
Épique journée du lac Téletskoyé à la vallée de la Katoun'
Épique journée du lac Téletskoyé à la vallée de la Katoun'

En partant plus dans les hauteurs, nous nous perdons dans les chemins en terre en direction d’une source d’eau - qui s’avèrera bien décevante. De là, on a toutefois une vue assez sympathique sur le village et les environs. 

Mais c’est en contrebas que se trouve la vraie perle rare d’Artybash. Niché sur une petite colline, un jardinet attire soudain notre attention. Véritable terrain vague, le sol est jonché d’objets délabrés, vieillis et abîmés par le temps, dont en son centre, une sublime Lada blanche - ou devrais-je dire une carcasse grise de ce qui, en son temps, devait être un magnifique bolide. 

Un regard suffit à nous mettre d’accord. Nous parlions depuis plusieurs jours de « prendre la pause » devant un de ces spécimens automobiles soviétiques vêtus de nos grosses vestes et ce, dans le décor de rêve qu’est l’Altaï. L’occasion ne se représentera pas. Louis installe son appareil - et le retardateur - sur la haie branlante en bois et je me vautre comme il faut sur le capot, tandis que mon acolyte saute sur le toit dans un terrible boucan. Nous restons immobiles encore quelques secondes supplémentaires pour nous assurer de la netteté dudit cliché. 

Épique journée du lac Téletskoyé à la vallée de la Katoun'
Épique journée du lac Téletskoyé à la vallée de la Katoun'

Pas peu fiers de notre connerie-photo, nous ne portons que trop peu d’attention à cette babouchka qui débarque alors, suivie d’un jeune garçon. J’ai beau savoir que les Russes ne sont pas les plus affables au premier abord, son regard à elle est tout de même assez menaçant. Et il y a de quoi… Je réalise soudain dans un éclair de génie que ce que j’appelais jusque là « terrain vague », n’était autre que sa propriété. Fuyons. 

De retour au bord de l’eau, et exaltés par notre récente aventure, nous retrouvons nos camarades de voyage pour une petite croisière sur le lac. Je prends place derrière Sergueï, notre capitaine, qui ne tarde pas à repérer notre langue. « Vous êtes français ? », nous demande-t-il avec un grand sourire. À peine avons-nous le temps de répondre par la positive que ce dernier nous annonce que la seule chose qu’il connaisse en français, est (tenez-vous bien) la Marseillaise. Et de se mettre à chanter. Il me plaît bien celui-là. 

Et là, changement de décor. On est carrément sur l’eau et on glisse sur la surface presque lisse du lac. Si on fait abstraction de la mère qui s’inquiète pour son gosse qui a - soit disant - une trop grande prise au vent, c’est le bonheur. Pendant nos trois-quatre heures d’escapade fluviale, on verra des dizaines de touristes pressés de s’extasier devant des cascades - dont la beauté n’est aucunement comparable à celle de notre environnement en général -, on mangera des pirojki - étape indispensable - et on observera - avec une bose d’extase - les moindres détails de tout ce qui entoure.

Épique journée du lac Téletskoyé à la vallée de la Katoun'
Épique journée du lac Téletskoyé à la vallée de la Katoun'
Épique journée du lac Téletskoyé à la vallée de la Katoun'
Épique journée du lac Téletskoyé à la vallée de la Katoun'
Épique journée du lac Téletskoyé à la vallée de la Katoun'
Épique journée du lac Téletskoyé à la vallée de la Katoun'
Épique journée du lac Téletskoyé à la vallée de la Katoun'
Épique journée du lac Téletskoyé à la vallée de la Katoun'
Épique journée du lac Téletskoyé à la vallée de la Katoun'
Épique journée du lac Téletskoyé à la vallée de la Katoun'
Épique journée du lac Téletskoyé à la vallée de la Katoun'
Épique journée du lac Téletskoyé à la vallée de la Katoun'
Épique journée du lac Téletskoyé à la vallée de la Katoun'

De retour sur la terre ferme, nous remercions chaleureusement Sergueï et ne résistons pas à la tentation de quelques photos souvenir. Et nous voilà déjà partis. Ma montre indique 17h30. Nous avons environ quatre heures de route jusqu’à notre prochaine escale, le petit village d’Askat, dans la vallée de Tchemal. 

Le passage par Gorno-Altaïsk nous invite à faire une pause bien mérituée pour remplir nos coffres de denrées pour les jours à venir. Et puis, ma main gauche posée sur le volant, mon troisième pirojki de la journée dans la droite, nous poursuivons. Toujours plus loin. Toujours avec la même ardeur. Toujours en musique. 

Au moment où nous quittons la grande route pour nous engager sur un plus petit chemin, le soleil nous a quitté depuis longtemps. Au cours des kilomètres qui suivent, nous somme accompagnés par des nuages bas surplombant les collines avoisinantes. Sublime et impressionnant spectacle. Spectacle qui n’inaugure rien de bon pour la suite de la route. Nous voici soudain pris dans un brouillard des plus épais. Je roule à 10km/h et malgré les feux, je ne vois pas plus loin que 20 m devant mois. Le GPS annonce encore 5 km. Je sens que ça va être long.

Épique journée du lac Téletskoyé à la vallée de la Katoun'
Épique journée du lac Téletskoyé à la vallée de la Katoun'

Tandis que le brouillard nous quitte finalement et après avoir traversé un pont, notre pauvre AltaïMobile et sa conductrice épuisée se retrouvent embourbés dans un chemin en terre parsemé de crevasses. Je suis à bout. Toutes les trente secondes, je somme Louis que de me promettre que notre suplice touche à sa fin. Encore deux virages et une montée dans les herbes folles. Nous y sommes. J’ai bien cru que ça ne finirait jamais. Enfin, ce n’est pas encore tout à fait fini. Notre quota de surprises de la journée nous en a gardé une dernière, pour finir en beauté.

Éclairés à la lampe torche, nous sortons nos affaires et découvrons le museau et pelage de l’ami à quatre pattes qui nous aboie dessus depuis bien 5 minutes. Haut comme trois pommes, ce dernier s’avère tout à fait inoffensif - et adorable - et nous suit jusqu’à la porte de l’auberge. Nous entrons à tatons, et sommes accueillis par un couple. Je leur explique dans un russe fatigué que nous avons réservé une chambre - blablabla - sous leurs yeux ébahis. 

Dans le noir le plus complet, nous nous enfonçons dans ce qui semble être un jardin mi-entretenu, mi en friche, jusqu’à une petite cabane en bois. Nous entrons dans ce qui sera notre chez-nous pour les deux prochains jours, et lorsque je me retourne pour lui demander plus de renseignements, l’homme en question a déjà disparu. On se regarde, l’air épuisé, oscillant entre fou-rire et appréhension. 

Un petit tour du propriétaire dévoile la cuisine extérieure, la présence d’un frigo, mais impossible de trouver la salle de bain. Malgré l’heure tardive, nous retournons voir nos hôtes qui nous achèvent définitivement par leurs paroles : la douche est cassée, les toilettes sont au fond du jardin, les propriétaires ne sont pas là. Et bien évidemment, pas de wifi. 

On voulait du champêtre, du pittoresque et du retour aux sources. Nous voilà servis. Au fond, un veau beugle tout ce qu’il peut tandis que je tente de calmer un fou-rire nerveux. Épique. Tout est simplement épique. 

Rédigé par Bouriaud Manon

Publié dans #Россия

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