L'inouï Altaï et ses six trouvailles
Publié le 23 Juillet 2017
Gouttes. Pluie. Averse. On est bien loin du franc soleil qui nous accompagnait jusque là. Heureusement, notre adorable banc bleu nous accueille pour un copieux petit-déjeuner. Rien de mieux pour bien commencer la journée.
Louis se glisse derrière le volant, non sans un air de contentement. Conduire, c’est notre passion depuis toujours - ou du moins quelques jours. Parce que notre Hunday Getz c’est un peu notre maison mobile, il fait toujours bon se vautrer sur ses sièges moelleux, y mettre la musique à fond, rouler les fenêtres ouvertes et le sourire aux lèvres.
Nous voici donc sur la route de bon matin. Direction Askat. Malgré l’air frais, je tente la tête dehors pour filmer les impressionnants paysages. C’est à peine croyable tant c’est vaste. J’aime à croire qu’encore aucun humain n’a mis ses sales pattes destructrices sur ces collines boisées, cette rivière sinueuse, ces flancs de montagnes tachetés d’ombre.
Puis soudain, mon GPS mental s’enclenche. Il me semble reconnaître cet endroit. J’attends encore quelques virages avant de me prononcer. Bingo. C’est le fameux - et tant attendu - embranchement de la Katoun avec une autre rivière - dont je vous passerai le nom. À cet endroit exact, juste ce qu’il faut à l’abris des regards peu attentionnés, se tient un des endroits les marquants de l’Altaï.
On pose l’auto et on file vite ver… Enfin non. Au contraire. Tandis que le pays se dessine sous mes yeux ébahis, je savoure chaque pas qui me sépare du point de vue parfait. Sur la gauche, comme sur la droite, la Katoun se dévoile sur toutes sa longueur. Encore un pas. J’y suis. Et c’est carrément venteux. Et c’est carrément époustouflant. Messieurs les superlatifs, c’est à vous.
Le silence imposé par ce panorama de toute bôté est alors perturbé par des cris. C’est à croire qu’il est désormais impossible de faire un selfie de groupe sans hurler comme un porc à l’agonie. Vous n’avez donc rien compris - ô, dédain, quand tu nous tiens.
Une - nouvelle - grosse averse nous chasse jusque dans la voiture. Le pilote reprend sa place et les montagnes reprennent leur défilé. Je ne m’en lasserai jamais.
Et puis soudain, tel un mirage, un extrait de montagne des plus particuliers nous apparaît. Si mon explication n’est pas très claire - je le conçois - c’est qu’il m’est difficile de décrire cette forme si inhabituelle et complexe. Disons qu’il s’agit d’un mont, planté en plein milieu d’une plaine. Mont dont le flanc gauche est parsemé d’arbres, tandis que le flanc droit est dénué de toute forme de vie.
Pour parfaire ce sentiment total d’admiration - largement dû à l’incompréhension -, voilà que le soleil et les arbres s’adonnent à une partie de cache-cache effrénée, donnant lieu à un changement de paysage flagrant. D’une minute à l’autre, nous avons à faire à un décor exquisément varié, modifié, transformé.
Prochaine halte, Aktash. Charmant petit village au pied des montagnes qui, malgré sa petite taille et son manque flagrant d’infrastructures, disposent d’un nombre impressionnant de magasins. On retrouve ainsi la fameuse chaîne Maria-Ra qui peuple les contrées altaïennes. Sauf que dans les rayons, on commence à tourner un peu en rond. Entre les produits qu’on a déjà goûté, ceux qui ont l’air infame et ceux dont la fraîcheur laisse à désirer, le choix commence à se faire rare.
Heureusement, nous trouverons - avec bonheur - un stand de miel local à quelques pas de là. De quoi rattraper les boîtes de thon et de maïs, ainsi que les habituels concombres et tomates fourrés à la va-vite dans notre sac.
De retour dans la voiture, je prends les manettes. Go. Sauf que la belle route asphaltée a laissé place à un chemin en terre étroit et sinueux. La poussière prend alors ses droits, aussi bien à l’extérieur que dans l’abitacle - et dans nos poumons. Poussé par un instint de survie, Louis découvre alors comment enclencher la ventilation intérieure. Cinq jours pour découvrir qu’il suffisait de faire coulisser la manette. Bravo, les gars.
La route - dégueulasse - finit par déboucher sur un adorable petit lac, puis un autre, et encore un autre. Celui-ci - le dernier - est assez immense et verdoyant, comme on les aime. Adjugé, vendu. L’AltaïMobile garée, on chope manteaux, sac et appareils photo et nous voici partis dans les herbes hautes des plaines d’Oulagan.
Il fait frisquet, entre vent et soleil, tandis que nous tentons de nous frayer un chemin jusqu’au bord du lac. Au bout d’une demi-heure de débroussaillage en règle, nous y sommes. Un peu plus loin, un couple et leur chien semblent s’installer pour pêcher. Du haut d’une petite colline à quelques centaines de mètres de là, nous contemplons le chemin parcouru.
Déjà 18 heures. Il est temps de rejoindre notre bolide et de rebrousser chemin. Nous avons plusieurs arrêts à effectuer en route. Parmi nos escales indispensables, ce bus multicolore aperçu dans les hauteurs le matin-même. Un vieux Volswagen totalement déglingué, mais doté d’un sacre cachet. Et Louis ne tarde pas à s’en emparer.
Moment de pur bonheur, version Formule 1. Je suis seule sur la route sinueuse, le soleil se couche au loin, et je fonce littéralement à travers les plaines de l’Altaï. Et bien, vous savez quoi ? Je crois bien n’avoir jamais autant pris mon pied au volant.
Je ne manquerai toutefois pas de ralentir aux abords d’une sublime vieille station essence, d’un camion militaire, ou encore d’une rare - et dorée - statue de Lénine en plein milieu d’un village, et Louis de photographier toutes ces merveilles.
Si la voiture a eu son plein, nous sommes nous, à sec. Plus d’énergie, plus rien dans le ventre. Il me faudra une force surhumaine pour me hisser jusqu’à la table du pique-nique à l’autre bout du jardin. Le dîner et la bouteille de vin entamée sont à cet instant, les motivations les plus efficaces.
Requiqués par ce repas - bien mangé, bien bu, vous connaissez la suite -, nous regagnons nos quartiers. Tandis que je me vautre sur le lit telle une masse inerte, Louis galère à fermer notre fichue porte qui fait des siennes. Un claquement, deux claquement, vingt claquements. Impossible de la voir se bloquer. Louis s’énerve, Louis se calme, Louis lui crie dessus, Louis lui parle doucement. Louis tente bruits, gesticulations, onomatopées, et soudain, elle se claque. Morale de l’histoire : le « PQ » est utilse à bien des égards.

















