D'Ekaterinbourg à Novossirbirsk, les 24 heures de train

Publié le 17 Juillet 2017

Voilà que les envies de meurtre me reprennent. Sévèrement. Et ça ne va pas en s'arrangeant. Un homme énorme, notre voisin, ronfle si fort qu'il m'est littéralement impossible de trouver le sommeil. Et pile lorsque je me dis que c'est bon, que le moment est venu de m'endormir en un quart de seconde car le niveau sonore a légèrement baissé, il reprend de plus belle. Je n'ai qu'un mot. Salaud. 

L'avantage du platskart - train de troisième classe qui désigne un wagon sans compartiment fermé -, c'est ce que l'on vit en communauté. Mais l'inconvénient du platskart, c'est justement que l'on vit en communauté. Et qui dit vie en communauté, dit tu te réveilles avec les autres, tu manges avec les autres, tu subis le regard des autres. 

Moi. Le gros, alias le ronfleur. Nos voisines d'origine mongole. © Louis Mondot
Moi. Le gros, alias le ronfleur. Nos voisines d'origine mongole. © Louis Mondot
Moi. Le gros, alias le ronfleur. Nos voisines d'origine mongole. © Louis Mondot
Moi. Le gros, alias le ronfleur. Nos voisines d'origine mongole. © Louis Mondot
Moi. Le gros, alias le ronfleur. Nos voisines d'origine mongole. © Louis Mondot

Moi. Le gros, alias le ronfleur. Nos voisines d'origine mongole. © Louis Mondot

Si la première partie de la journée se passe sans encombre - notamment parce qu'on prend 2 heures de décalage horaire dans la vue -, la deuxième me paraît interminable. Alors certes, il y a ces quelques pauses qui permettent de se dégourdir les pattes sur le quai de gares paumées, il y a la musique que l'on se fait écouter l'un l'autre, il y a le plaisir malsain que nous prenons à regarder nos voisins et à faire des commentaires à voix haute tout en sachant qu'ils ne comprennent rien. 

Mais il y a surtout cette excitation qui me prend les tripes, qui me retourne l'estomac et fait battre mon coeur très fort. Celle de bientôt débarquer sur le territoire altaïen. Un rêve dont on parle depuis des mois et qui est sur le point de se réaliser. Alors permettez-moi d'être dans un état proche de l'apoplexie. 

Un peu d'air - et de pirojkis - frais sur le quai. © Louis Mondot
Un peu d'air - et de pirojkis - frais sur le quai. © Louis Mondot

Un peu d'air - et de pirojkis - frais sur le quai. © Louis Mondot

Encore quelques chansons, trois-quatre médisances sur nos compagnons éphémères de voyage et deux pirojkis - ces petits beignets fourrés, ou la source principale d'alimentation pour la semaine à venir. 

Secousses. Le train va s'arrêter. Nos sacs sont déjà sur nos dos. Dans ma main droite, le plan pour rejoindre l'auberge de jeunesse à pied. Il est minuit heure locale et nous avons 2 kilomètres à parcourir dans les ruelles sombres de Novossibirsk dans cette chaude nuit d'été.

Nous y sommes presque. © Louis Mondot

Nous y sommes presque. © Louis Mondot

À l'auberge, l'accueil est chaleureux malgré l'heure tardive et notre nationalité est du plus bel effet. Passez les banalités, je vous prie. J'attends avec la plus grand impatience la douche dont je rêve depuis deux jours - parce que voyager en platskart est également synonyme d'absence de vraie toilette.

Ma montre indique 01h30 lorsque nous nous couchons. Mais le sommeil ne semble pas venir. Parmi nos - nombreux - voisins - tous des hommes, soit dit en passant - deux ronflent, un regarde son téléphone dont la lumière doit être au maximum et un autre pouffe de rire devant une vidéo. Courte nuit en prévision. 

Rédigé par Bouriaud Manon

Publié dans #Россия

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