Elabouga, récit d’une excursion interminable

Publié le 15 Mai 2017

Nouveau réveil difficile. Mes cernes n’en sont que plus marquées. Il va sérieusement falloir songer à se reposer. Mais – coup d’œil sur mon agenda – ce n’est pas prévu au programme. Petit-déjeuner rapide mais copieux dans la cuisine vide de l’auberge de jeunesse. Je profite du silence qui règne sachant ce qui m’attend aujourd’hui.

Je ne tarde pas à rejoindre l’hôtel Tatarstan où m’attend Youri Pertsev, notre partenaire à Kazan avec lequel je suis en contact depuis quelques semaines. Ce grand homme carré d’épaules au sourire communicatif est carrément impressionnant. À ma grande surprise, il me tape la bise et me prend dans ses bras. On croirait des amis d’enfance. Autant dire que ça met tout de suite à l’aise. Il m’explique le programme, me demande mes impressions quant à Yochkar-Ola et me quitte près du bus. J’avoue regretter ne pas l’avoir à mes côtes pour cette journée de visite qui se profile. Ce véritable personnage n’a pas la langue dans sa poche et a le mérite de m’avoir bien fait rire malgré mon état de fatigue avancé.

Installée (voire carrément vautrée) sur mon fauteuil, je suis déjà saoulée par les paroles de Tatyana (encore une), ma guide du jour. Elle enchaîne diverses histoires sur Kazan, Elabouga et tout un tas de choses auxquelles je peine à porter attention. Soyons honnête. À cet instant, je ne rêve que d’une chose : qu’elle se taise pour que je puisse dormir.

Ancienne forteresse d'Elabouga.
Ancienne forteresse d'Elabouga.
Ancienne forteresse d'Elabouga.
Ancienne forteresse d'Elabouga.

Ancienne forteresse d'Elabouga.

Après 2 heures et demi de route – et un petit somme –, nous arrivons enfin dans le petit village d’Elabouga. Au moment de quitter la nationale, nous longeons une grande station service tandis que Tatyana nous raconte que la ville est célèbre pour être le lieu de production des salades de tous les McDonalds à travers le pays. En effet, ça fait rêver.

L’entrée dans la cité n’est pas de meilleur augure. Industries, barres d’immeubles, fast-foods. On m’avait vendu une petite perle du Tatarstan et je me retrouve face à un lieu sans aucun charme ni intérêt.

Ouf. Soulagement et espoir. Nous arrivons à la forteresse historique d’Elabouga d’où j’ai une jolie vue sur la vallée. Le vent souffle fort, l’air est frais. En contre bas, une jeune femme en tenue très légère fait une séance photo avec un photographe. Original. Elabouga, ville de toutes les surprises.

Elabouga, récit d’une excursion interminable
Elabouga, récit d’une excursion interminable
Elabouga, récit d’une excursion interminable
Elabouga, récit d’une excursion interminable

Un peu plus loin, nous accédons à la tour, vestige de l’ancienne muraille. Au sol, des architectes ont reconstitué les fondations de l’ancien palais. Il n’en suffit pas plus au groupe de touristes – auquel j’appartiens malgré moi – pour se faire prendre en photo devant. Une pause par-ci, un sourire par-là. Je suis blasée.

La visite se poursuit dans le centre historique d’Elabouga, centre que l’on rejoint en bus en seulement quelques minutes. Puis on enchaîne quatre musées, quelques rues et un déjeuner. Les montées et descentes du bus ultra régulières ne tardent pas à fatiguer tout le monde – un grand tour à pied aurait été si agréable. Je commence à être épuisée par la promenade, les explications en russe et le comportement de mes camarades de voyage – je ne suis décidément pas faite pour les voyages organisés, et encore moins en groupe.

Elabouga, récit d’une excursion interminable
Elabouga, récit d’une excursion interminable
Elabouga, récit d’une excursion interminable
Elabouga, récit d’une excursion interminable
Elabouga, récit d’une excursion interminable
Elabouga, récit d’une excursion interminable

À la première occasion, je lâche le troupeau qui claque son argent pour des souvenirs et me lance dans un petit tour de ville à pied. Bon clairement, la vue ne vaut pas celle de Kazan, mais le calme ambiant qui règne ne fait pas de mal. Quelques photos plus tard – dont le selfie quotidien obligatoire pour la tenue de mon journal de bord sur les réseaux sociaux – je rejoints mon groupe et retrouve ma place dans le bus.

Je ne suis pas mécontente d’apprendre que Tatyana ne pipera mot sur le trajet du retour. Elle nous met à la place deux films soviétiques, dont j’avais étudié quelques extraits en cours de russe. Encore trois heures me séparent de mon lit. Je compte les minutes.

Elabouga, récit d’une excursion interminable

À 21 heures, je foule le sol de l’auberge de jeunesse, décline gentiment l’offre de l’administrateur à participer à la petite fête organisée – je pense que ma tronche a suffit à la convaincre – et me réfugie dans ma chambre. Je suis rapidement rejointe par une Coréenne et son fils. Nous échangions quelques mots en russe – jusque là tout va bien – lorsqu’elle me surprend avec cette question : « Est-ce que vous croyez en Dieu ? ».

Serait-ce une obsession ici ? Ou bien un signe du Monsieur là-haut ? Je lui réponds sincèrement que non, et c’est là qu’elle m’achève. « Moi je suis très croyante et c’est pour ça que je suis venue en Russie. Je voudrais être réincarnée sur Terre pour sauver la population mondiale ». Euh. D’accord. Bon bah, moi je vais me coucher.

Rédigé par Bouriaud Manon

Publié dans #Россия

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