À Bolgar, sur les traces de la Horde d’Or

Publié le 16 Mai 2017

Malédiction. Me voilà encore réveillée de bonne heure. Pourtant le réveil m’indique encore trente minutes de répit. Mais tandis que je me force à poursuivre ma maigre nuit de sommeil, un concert de sacs plastiques débute dans la chambre. C’est bon. J’ai compris. Je me lève – non sans jeter un regard assassin au fauteur de troubles.

À 9h30 tapantes, je suis dehors, à l’affût, pour trouver mon chauffeur. Lorsque j’aperçois un homme s’avancer vers moi – personne d’autre sur le trottoir vu l’heure matinale – et hésiter, je comprends que c’est lui. Deux minutes plus tard, nous sommes en route pour ma dernière destination – avant le douloureux retour à mon quotidien moscovite – j’ai nommé, Bolgar.

On échange quelques mots, ainsi que les inévitables banalités, puis je laisse le silence s’installer. La radio accompagne sa conduite on ne peut plus sportive. Heureusement, nous voilà déjà à l’entrée du village. Il me dépose sur le parking, je rejoins ma guide – personnelle – du jour.

« Enchantée Anna. Je me présente, Manon, je suis épuisée. Alors, je t’en prie, évite les détails historiques, le vocabulaire trop poussé et surtout, surtout, ne me demande pas si j’ai des questions. Je n’en aurai pas, je le sais déjà. Emmène moi partout, montre moi tout, et profitons de ce silence gênant ensemble, comme si l’on était deux vieilles amies ».

À Bolgar, sur les traces de la Horde d’Or

C’est sans doute ce que j’aurais dû lui dire avant qu’elle ne commence à m’assener de détails historiques avec du vocabulaire poussé et à me demander si j’ai des questions, dès le premier musée. Au secours.

Heureusement, Anna et ses grands yeux et son beau sourire semblent comprendre que je ne comprends pas tout, mais que ce n’est pas grave. Alors on continue. J’acquiesce quand, devant de grandes cartes particulièrement réussies, elle m’explique comment est née le village de Bolgar, le long de la Volga. Je pose de ridicules questions – dont elle m’avait sans doute déjà donné la réponse – afin de démontrer mon intérêt certain pour la visite, et fais preuve d’une remarquable créativité pour varier les onomatopées afin de ponctuer son monologue.

À Bolgar, sur les traces de la Horde d’Or
À Bolgar, sur les traces de la Horde d’Or
À Bolgar, sur les traces de la Horde d’Or
À Bolgar, sur les traces de la Horde d’Or
À Bolgar, sur les traces de la Horde d’Or

Nous quittons finalement le musée de l’histoire de Bolgar pour rejoindre le musée du Coran. Au passage, petit coup d’œil sur le plus long fleuve de Russie et au port de la ville en contrebas. Dans le prochain monument, elle n’est pas peu fière de me présenter le plus grand Coran du monde – bien évidemment inscrit au Guinness des Records – dans sa cage de verre. Je lui sers mon plus beau sourire d’étonnement et d’admiration qu’elle accepte avec grand plaisir.

Au cours des deux heures qui suivent, on enchaîne les petits palais, les vestiges de mosquées, les nouveaux musées, les chemins en terre, et nos discussions se détournent de la visite purement professionnelle, vers nos vies personnelles. J’apprends qu’Anna a toujours vécu ici, et a même connu cet espace lorsqu’il n’était qu’une partie de la ville et non un musée. Je suis impressionnée. Dédiée sa vie à sa mini-ville – dont l’intérêt touristique est toutefois probant – et ne jamais la quitter. Chapeau ma petite dame.

On finit par échanger nos numéros de téléphone et se dire chaleureusement au revoir. Si seulement elle maîtrisait la langue de Molière… Elle serait une guide parfaite pour nos touristes.

À Bolgar, sur les traces de la Horde d’Or
À Bolgar, sur les traces de la Horde d’Or
À Bolgar, sur les traces de la Horde d’Or
À Bolgar, sur les traces de la Horde d’Or
À Bolgar, sur les traces de la Horde d’Or

Je rejoins mon chauffeur – que je réveille en l’interpellant – et lui demande de faire une escale par la Mosquée blanche. Soyons honnête, c’est elle que j’attendais avec grande impatience. Mais la déception est au rendez-vous. L’endroit est touristique, l’ensemble moins impressionnant qu’en photo. Je ne m’attarderai donc pas.

À Bolgar, sur les traces de la Horde d’Or
À Bolgar, sur les traces de la Horde d’Or
À Bolgar, sur les traces de la Horde d’Or

D’autant plus qu’un train m’attend à Kazan. Sur la route, les bouchons s’accumulent et je commence à craindre pour mon retour à Moscou. Mais c’était sans compter sur mon chauffeur qui se croit soudain dans « Fast and Fusion 46 » et ne cesse de doubler les voitures. Et mon frein imaginaire sur lequel je ne résiste pas d’appuyer n’y fait rien…

J’arrive – je ne sais par quel miracle – en un seul morceau à la gare où je ne tarde pas à rejoindre mon train et ma cabine. À 19 heures, je suis déjà au lit. Qu’on ne m’adresse plus la parole. Ce soir, je fais la morte.

Rédigé par Bouriaud Manon

Publié dans #Россия

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