Kazan neigeux fait deux heureux
Publié le 4 Novembre 2016
La neige tombe drue sur un sol glissant. Il est presque 23 heures et nous sortons de notre premier concert à Moscou. Venus pour la première partie, nous avons été plus que déçus par le niveau médiocre (à la limite du supportable) de la suivante. La qualité du jeu du guitariste ne saurait rattraper la prestation surjouée du jeune chanteur en pleine crise d'adolescence. Bien que charmée par le troisième et dernier groupe, ma montre (mon portable, quoi) me rappelle vite à l'ordre.
Un passage devant la Cathédrale Saint-Sauveur, une douche, une bière et une petite grignotte plus tard, nous nous retrouvons sur le quai de la gare. A une heure (du matin), nous nous installons sur nos couchettes et Alexandre ne tarde pas à découvrir les joies du train en platskart : un groupe de quatre jeunes donzelles surexcitées prend place dans notre compartiment. Ce n'est décidément pas notre soirée.
Malgré l'heure avancée de la nuit et notre envie pressante de dormir, il s'avère qu'il nous est purement et simplement impossible de trouver le sommeil. Discussions, rires, pique-nique ultra odorant, pouffements et bouteille de vin nous accompagnent jusqu'à 4 heures, sous le regard totalement indifférent de notre responsable de wagon. Je finirai par m'endormir, exténuée, en m'imaginant les faire taire une à une de la façon la plus horrible qui soit.
Lorsque nous arrivons à Kazan, vers 14h30, je ne suis pas mécontente de quitter nos très agaçants compagnons de voyage. Dehors, il neige à gros flocons et je suis heureuse de découvrir la ville sous un tout nouveau jour. Vu l'heure avancée et une luminosité déjà déclinante, nous ne tardons pas à rejoindre l'attraction principale de la ville : le Kremlin.
En dépit des moqueries de mon camarade, je ne peux m'empêcher de m'extasier devant la beauté de la Mosquée sous la neige. Il n'échappera d'ailleurs pas à l'éternel selfie-souvenir.
Ce lieu hautement touristique est bondé et il nous faudra faire la queue dans les escaliers pour pouvoir admirer la grande salle de prière depuis le balcon. Un fois sortis, je me lance d'un pas (beaucoup trop) franc vers un monument orné d'écritures dont je voulais admirer les courbes de plus près. Grossière erreur. Malgré quelques tentatives pour garder l'équilibre, la neige et la dalle en mabre bien lisse auront raison de moi.
Me voici donc allongée de tout mon long dans la neige, un peu sous le choc, mais surtout sous le regard plus interrogateur qu'inquiet d'un couple de Russes qui se trouvait là. Nous les recroiserons quelques minutes plus tard, lorsqu'Alexandre manquera de tomber à son tour dans une jolie descente.
Après un tour du Kremlin ponctué de glissades plus ou moins voulues et maîtrisées, nous prenons refuge dans un café non loin de là. Confortablement installés sur les banquettes de ce lieu que j'affectionne depuis ma première escapade à Kazan, je fais découvrir à mon compère les spécialités locales : les manti et le tchak-tchak. Lorsque nous sortons, repus et gavés d'oignons pour les mois à venir, il fait déjà nuit noire.
Vient alors le moment de rejoindre notre auberge. Après une frayeur toute justifiée (elle fut difficile à trouver), vient le temps de découvrir notre dortoir de 12 personnes (et pas une de moins) pour les deux nuits à venir. L'administrateur de l'auberge est une dame d'une bonne cinquantaine d'années qui, malgré sa petite taille, dirige le lieu d'une main de fer. Nous l'appellerons la "mère supérieure".
Cette dernière nous indique ainsi le couvre-feu de 23h. Non-négociable. Pas de temps à perdre. Aussitôt arrivés, aussitôt repartis. Nous nous engageons à nouveau sur le chemin couvert de neige pour aller nous réchauffer auprès d'une, puis finalement deux bières dans un sympathique bar.
Crevés par cette première journée, nous rentrons tôt et prenons nos quartiers dans nos lits superposés rapidement. La fin de soirée promet d'être calme. A moins que...
Un Russe nous aborde avec l'éternelle question "d'où venez-vous", suivis de ses deux amis. Commence alors une discussion en français-anglais-russe bon enfant, jusqu'à ce que l'un d'eux dégaine une bouteille en plastique remplie de rhum et un sachet de petits gâteaux à l'ail. Une gorgée, une bouchée et je fais tourner à Alex qui regrette soudain de s'être déjà brossé les dents.
Peu ravie de notre rencontre fortuite, la mère supérieure enchaîne des interventions auprès de notre petit groupe qui se comporte comme une colonie de vacances peu encline à se calmer. Tels des gosses (et sans doute sous l'influence de l'alcool), nous enchaînons les crises de rires. Ce soir-là, nous sommes incontrôlables.








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