12 heures chrono pour visiter Kazan
Publié le 5 Novembre 2016
Déjà plus possible de dormir. Ça ronfle, ça bouge, ça papote. J'émerge difficilement de cette (nouvelle) courte nuit depuis mon lit superposé qui manque de s'écrouler à tout instant. Après une descente plus ou moins adroite depuis mes quartiers, nous nous préparons rapidement pour notre journée d'excursion. Et il est définitivement temps de partir : un locataire de la cuisine vient de faire chauffer de l'huile dans une poêle et ça sent le poisson à tout va. Fuyons.
Une fois dehors, je constate que la neige a bien fondu. Qui dit moins de neige mais températures inférieures à zéro, dit verglas. Et qui dit verglas, dit glissade. Cette fois, c'est Alexandre qui en fait les frais, mais sans pour autant se manger le sol. Chapeau l'artiste.
Dès le matin, nous attaquons fort. Direction le Temple de Toutes les Religions, cet étrange bâtiment qui ressemble en tous points à une église, mais qui n'est qu'une salle d'exposition des plus mystérieuses dont la construction a débuté peu après 1991. Une petite demi heure de bus plus tard, nos pieds foulent le mélange de neige et de gadoue au pied de l'édifice.
Il en faut beaucoup pour fasciner notre camarade Sacha qui ne s'extasie en rien devant ces couleurs, ces bulbes... Toutefois curieux, il me suivra dans ma découverte du jardin et ma tentative de pénétrer ce lieu sacrément surprenant. Déçue encore une fois de ne pouvoir y mettre les pieds, je me résous à traverser la route pour admirer le paysage aux alentours.
Sur la route jusqu'à l'arrêt de bus, Alexandre s'adonne à sa grande passion : parler québécois. Autant dire que couplé à quelques mots de russe, le résultat est plutôt hilarant. Mais trêve de plaisanterie. Le bus arrive déjà et il nous faut courir pour l'avoir.
S'en suit un déjeuner plutôt copieux arrosé de bière et la découverte de la rue piétonne principale de Kazan, souvent comparé à l'Arbat moscovite. En haut d'une très belle tour sombre, nous admirerons le panorama de la capitale du Tatarstan. Le spectacle n'est pas dingue, mais vaut le détour. Surtout pour 100 roubles.
Soudain pris d'une folie pédestre, nous partons pour une longue promenade dans la partie est de la ville. Le but premier de notre balade ? Allez faire un coucou au camarade Lénine (notre rituel désormais) qui se trouve ici entre le théâtre et un ravissant bâtiment gouvernemental de type soviétique.
Puis on continue, comme poussés par le vent frais qui s'engouffre dans ma manche gauche (ou la triste conséquence de la perte d'un gant dans la bataille). À ma bonne surprise, l'architecture des édifices, quelle que soit leur fonction, est recherchée et admirablement bien conservée. Bon, j'en connais un qui dirait que j'en fais sans doute trop. Mais il m'accordera que le cela est bien plus beau et excitant que Ryazan.
Au bord de la Volga, je dois avouer qu'on se les pèle. Le sol est une vraie patinoire et marcher sur ce long quai s'avère par moment être un parcours bien fatiguant. Puis soudain, tout s'éclaire. Pas dans ma tête, mais sur les bâtiments, les lampadaires. Il ne doit être que 17 heures, mais la nuit est déjà tombée et la ville arbore un tout autre visage. Je crois d'ailleurs que celui-ci me plaît encore plus que celui qu'il nous est donné de voir au cours de la journée.
Une fois le Palais de l'Agriculture admiré sous tous les angles, nous poursuivons notre route. Froid et fatigue se font sentir. Une halte s'impose. Elle sera autour d'un cappuccino pour moi, d'une bière "où il y a à boire et à manger" pour lui.
La journée aurait pu s'achever tranquillement de la sorte. Mais non. Ça c'est pour les fainéants. Encore une bonne demi heure de marche dans la neige et nous arrivons à l'un de mes endroits favoris à Kazan : le musée soviétique de la vie quotidienne. Véritable caverne d'Ali Baba pour les amateurs, cet établissement est plein à craquer d'objets des plus simples aux plus insolites datant de l'ère soviétique. Au départ réservé, Alexandre ne tarde pas à se sentir comme chez lui. Il enfile veste et bonnet d'époque et prend même la pause. La magie du lieu opère.
Pas mécontents de ce voyage dans le temps, mais pas encore assez affamés pour attaquer notre diner, nous poursuivons notre balade le long des remparts. La neige a repris de plus belle et la température en a pris un sacré coup.
Il est 20 heures et notre compte à rebours a commencé : dans moins de trois heures, il faudra être à l'auberge. Rapidement, nous rejoignons le bar repéré quelques heures plus tôt, dans lequel nous nous battrons quelque peu pour obtenir deux places. Sans regret. Les burgers sont vite dévorés et la bonne bière coule à flots. Je ne pourrais rêver mieux.
L'alcool nous réchauffera assez le sang pour pouvoir affronter le verglas et le froid du retour. À l'auberge, personne ne moufte. Pas de rhum et de biscuits ce soir. Le corpulent Sacha ronfle déjà.
























