Retourner ou revenir à Kolomna, sûrement pas
Publié le 23 Octobre 2016
Réveil en douceur. Quelques rayons de soleil, bien qu'indirects, chatouillent mes paupières. Un rapide coup d'oeil par la fenêtre suffit à confirmer ma pensée : le temps est sublime. Nous sommes rapidement congratulés d'un "Bonjour !" enjoué de nos voisins de chambre auquel je réponds gaiement.
Une fois dehors, je jubile. Le ciel est parfaitement bleu. Voilà des semaines qu'on avait pas vu ça. D'un pas soutenu, nous retournons au café de la veille pour nous remplir la panse avant de rejoindre la gare routière. À midi, nous prenons place à l'arrière d'un bus qui nous emmène à Kolomna. Confortablement vautrée sur mon siège, casque sur les oreilles, je regarde le paysage défiler tandis que nos voisins dévorent des sandwichs au salamis dont l'odeur envahit mes poumons.
L'arrivée est encore plus décevante qu'à Ryazan. Cela me fait d'ailleurs penser à Nijni-Novgorod et l'immonde quartier de la gare. De l'autre côté de la route principale s'étalent plusieurs centres commerciaux dont j'ignore toujours l'utilité. Je regarde ma carte. J'estime le temps de marche jusqu'à l'attraction principale de la ville à environ 30 minutes. C'est parti.
Alexandre râle. Je ne dis rien, mais je râle aussi un peu intérieurement. Contre moi. La route est bien plus longue que prévu, et il nous faudra crapahuter une bonne heure avant d'apercevoir quelque chose de décent. Je ne suis toutefois pas mécontente de retrouver une ambiance et des chemins de terre dignes de Pereslavl-Zalesski, bourgade qui m'avait tant plu.
Je trouve à ces maison délabrées, ces carcasses de voitures et ces routes défoncées un certain charme. Celui d'une Russie ignorée des touristes et abandonnée des autorités. Ici, pas de moyens pour reconstruire, rénover ou rafistoler. Ici, on vit comme on peut. On survit.
Puis soudain, miracle. Un mirage ? Non. Au loin, une muraille, un clocher, des bulbes. Nous y sommes. Nous achetons au passage une baguette au jambon dont la fraîcheur est quelque peu douteuse en guise de déjeuner, et la dévorons en route (ce qui m'a valu une bonne quinte de toux).
Nous arrivons finalement sur LA place de Kolomna, celle des cathédrales.
Certes, c'est beau. Mais c'est aussi très petit. Et perturbant. Les rues aux alentours sont parfaitement entretenues et pavées, au point de se demander si elles sont habitées. "On se croirait dans un village des Sims", me lance Alexandre. "C'est flippant".
Pour compléter ce tableau des plus étranges, nous découvrons au détour d'une cathédrale un gigantesque (et hideux) hippodrome. La déception est à son comble. Même la statue du camarade Lénine, non loin de là, est de taille réduite et mal orientée.
Le retour à la gare routière se fera cette fois en tramway (on est bêtes une fois, pas deux). La bonne femme qui nous fait payer nos tickets est aussi aimable qu'une porte de prison, et nous en arrivons à nous demander comment les gens peuvent être heureux ici.
Nous n'aurons pas le temps de trouver la réponse. Déjà, le bus vers Moscou nous attend. Un dernier rayon de soleil, une petite leçon de russe et nous voici de nouveau installés dans l'autocar. Assiste côté fenêtre, je regarde le soleil disparaître à l'horizon et une épaisse couche de nuages se répandre dans le ciel.
Je regarde Alexandre et je comprends à ses paroles que nous sommes d'accord. Ce week-end fut sympathique, mais unique. Nous ne reviendrons plus ici.















