Perfect timing à la russe

Publié le 20 Août 2016

Coïcidence ? J'en doute. Quand une amie russe rencontrée à Paris vous dit qu'elle sera à Voronezh, sa ville natale à 600 km au sud de Moscou, pile le week-end où vous avez prévu d'y faire un tour, ça s'appelle le destin. Et il a encore une fois fait du bon boulot.

Il est 9h30 et j'émerge dificillement d'une longue nuit de sommeil dans le train de nuit au départ de Moscou. Bizarrement, une demi-heure avant l'arrivée, les passagers sont encore calmes. Comme si les esprits étaient apaisés d'avoir quitté la capitale. Cap vers le soleil. Les yeux encore gorgés de sommeil, je descends sur le quai, chargée comme un mulet malgré la courte durée de mon séjour. Je guette au loin, ne reconnaît pas sa stature et m'engage alors dans le souterrain. Je tourne, tourne encore, remonte les escaliers jusqu'à la surface, me dirige vers le parking, puis décide finalement de m'arrêter et d'attendre. Ma décision finit par payer et j'entends la douce voix d'Olesya m'appeler.

Elle et sa mère sont parfaitement apprêtées, dignes de vraies Russes qu'elles sont. Nous sommes rapidement rejointes par le papa, Micha, dont je repère tout de suite les yeux bleus rieurs et le sourire malicieux. Le grand plongeon dans la culture culture ne va plus tarder.

Mon séjour débute par une balade de quatre heures dans le centre de Voronezh. D'abord, la rive droite et son parc au bord du fleuve. Nous prenons part avec Olesya à une zariadka, un genre de cours de danse et / ou de gymnasitque en plein air avec de la musique. Je ne sais pas ce qui est le plus ridicule : les mouvements que nous devons effectuer, la difficulté avec laquelle je les reproduits ou bien les cadeaux que l'on reçoit à la fin (des petits soldats en plastique pour elle, un ballon jaune à gonfler pour ma pomme). Toujours est-il qu'on s'amuse comme des petites folles. Je retourne en enfance.

Puis la visite se poursuite sur l'autre rive. Je découvre, avec mes yeux grand ouverts cette fois, la fameuse cathédrale que j'admirais de derrière mon écran il y a encore 24 heures. Et c'est magnifique.

Perfect timing à la russe
Perfect timing à la russe

Chacun y va de son anecdote, de son commentaire, de sa blagounette pour me faire découvrir les lieux majeurs de leur ville de toujours. C'est avec grand plaisir que je découvre la ville où il n'y a pas grand chose à faire, dixit la native. Il faut dire que le temps sublime ne rend Voronezh que plus belle encore.

Perfect timing à la russe
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A 14h30, nous avons déjà fait un bon tour de ville et je commence déjà à bien me repérer. La prochaine escale sera celle du déjeuner. Mais pas n'importe où... Nous montons au 8e étage d'un immeuble sans charme pour découvrir un superbe restaurant dont la vue sur la cité fait concurrence à Montparnasse (une bonne dose d'exagération n'a fait jamais de mal à personne). Mes papilles et mes pupilles se font elles aussi concurrence pour savoir qui des deux sont les plus chanceuses. Je n'ai toujours pas réussi à les départager.

Perfect timing à la russe
Perfect timing à la russe

Après une halte par leur appartement citadin (et deux verres de rosé français), nous partons pour la datcha familiale, maison de vacances typiquement russe où les heureux propriétaires peuvent profiter d'un cadre idyllique et parfaitement calme à seulement 30 minutes en voiture du centre-ville. Lorsque la voiture quitte la route goudronnée pour un chemin en terre truffé de nids-de-poule, je comprends que nous sommes proches du but.

En effet, une dizaine de minutes et de nombreux rebonds plus tard, la voiture se gare dans l'espace restreint qui lui est réservé. Je n'en crois pas les yeux. Cet endroit est le paradis (oui, il y en a beaucoup en Russie). Sur le terrain, tout est fait main. Les deux petites maisons (la principale et celle qui sert essentiellement de cuisine d'été), le banya (sauna russe) au fond du jardin, la terrasse, le potager, le petit verger... La nature a ici tous ses droits. Entre les branches, je discerne tomates, fraises, pommes et fleurs à foison.

Perfect timing à la russe
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Vers 19 heures, nous sommes rejoints par Roma, ami de longue date de la famille, qui n'arrive pas les mains vides. Trois bouquets de roses, trois bouteilles de bière locales, et trois anecdotes en tête. Une heure plus tard, c'est Volodia, le frère d'Olesya, qui se joint à nous. Nous prenons place autour d'une super table recouverte de mets et boissons en tous genres. Le soleil qui se couche apporte des couleurs orangées qui donne au tout cet air de vacances à la campagne que je n'ai pas eues.

Perfect timing à la russe

Pendant plusieurs heures, nous dégustons le poisson cuit dans la cheminée, les fruits et légumes frais tout juste cueillis du jardin, le pain et le fromage joliment disposés dans deux assiettes blanches. Les tenues élégantes ont laissé place à quelque chose de confortable. Pour accompagner les maillots de bain, leggings et larges t-shirts, une absence totale de maquillage et de prise de tête. Nous sommes à la datcha. Enfin pour couronner le tout, les hommes enchaînent les shots (ou devrais-je dire toasts) de vodka, puis cognac, tandis que les femmes se cantonnent à un bon verre de vin. Le niveau des bouteilles diminuent à un rythme assez impressionnant, et pourtant, pas un seul ne semble ivre. L'art de vivre, à la russe.

Perfect timing à la russe
Perfect timing à la russe
Perfect timing à la russe

Puis vient le moment que j'attendais tant. Celui du banya, ce sauna russe, tradition typique et véritable privilège. Tous en scène. La première escale à l'intérieur de cette cabine tout en bois se fait à 70°C. Il nous suffit de 5 minutes pour être en nage. Au bout de 20, nous sortons nous jeter dans la petite piscine d'eau froide avant de nous emmitoufler dans un drap et d'aller boire un bon thé chaud, tout droit sorti du samovar. Une part de gâteau plus tard, nous retournons nous plonger dans cet air sec pour une nouvelle séance de vingt minutes. Le rituel commence à être bien rôdé. Banya, piscine, samovar, banya, piscine, samovar.

Lors de la dernière escale, le thermomètre atteint les 90°C. Ca sent bon les plantes que l'on a diffusées. C'est le moment idéal pour libérer toutes les tensions de la semaine, toutes les craintes du moment, tous les tracas stockés dans la tête. Avec le banya, vas, tout s'en va.

Cela suffit à m'achever. Une dernière tasse de ce délicieux thé, un dernier effort pour comprendre tous les mots de nos conversations en russe. Mais la dernière once de force qu'il me restait a déjà quitté mon corps détendu, repu. Je m'affale sur mon lit et m'endors en quelques instants. A la russe.

Perfect timing à la russe

Rédigé par Bouriaud Manon

Publié dans #Россия

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