Le syndrome des étrangers

Publié le 10 Septembre 2016

Il semblerait que je sois atteinte d'une maladie bien particulière : le syndrome des étrangers. Autrement dit, je vis dans un pays d'adoption et je veux tout voir, tout vivre, tout essayer. Alors tant qu'à être malade, autant continuer.

À 5 heures du matin, j'arrive à Ivanovo. La nuit dans le train fut mouvementée, surtout à cause d'une vieille dame particulièrement corpulente qui a ronflé de tout son souffle pendant près de 6 heures non-stop. Prouesse jusqu'à maintenant non égalée, cette dernière n'a pas cessé ne serait-ce qu'une respiration de produire ce terrible bruit qui a empêché un wagon entier de dormir. J'avais pourtant espéré quelque chose de plus reposant après une lourde semaine de travail...

Si la fatigue se voit nettement sur mon visage, elle se ressent également sur mon comportement. Exténuée mais incapable de trouver le sommeil à cause du bruit ambiant, je finis par fondre en larmes. Les nerfs lâchent. C'était ça, où je l'étouffais avec son oreiller. Elle ou moi.

Me voici donc l'air hagard sur le quai de la gare. Un combat débute alors avec mes paupières qui ne demandent qu'à se fermer. Je parviens toutefois à me hisser jusqu'à l'arrêt de bus le plus proche, où je demande mon chemin à une vieille babouchka. La machine est lancée. La bonne dame ne cessera de parler pendant les 30 minutes qui suivront. Tous les sujets y passent. Quand je comprends qu'elle se fiche royalement de l'attention que je lui porte, je mets mon cerveau sur off et m'installe sur un banc délabré tandis que la pluie commence à tomber en fines goutes.

Une bonne femme aigrie qui cherche elle aussi à aller jusqu'à la gare routière, un chien à qui il manque une patte arrière et une petite dizaine de gens d'un certain âge armé d'un seau en plastique se joignent à nous. Le soleil se lève tranquillement derrière une épaisse couche de nuage. Quel beau tableau nous faisons là !

Le trolleybus numéro 3 finit par arriver et ce n'est pas sans un certain soulagement que je monte dedans. L'été nous a déjà quitté pour laisser place à l'automne. Si les températures atteignent à nouveau les 18 degrés, cela relèvera du miracle.

Une heure plus tard, je prends place dans le mini-bus bien rustique qui me mènera jusqu'au village de Plioss, le réel but de ma visite dans la région. Si j'ai le privilège d'être assise, ce n'est pas le cas de tous les passagers qui transportent des seaux par milliers. J'apprendrai par la suite qu'ils partaient tous à la cueillette aux champignons. L'automne est donc bien là.

Le syndrome des étrangers

Une heure quarante et quelques roupillons plus tard, me voici arrivée à destination, à quelque 300 km au nord de Moscou. Il me faudra encore un café et un rééquilibrage de sac à dos avant d'être fin prête. Appareil photo en main, c'est parti.

Il me suffit de parcourir quelques centaines de mètres en descente pour pouvoir admirer le premier point de vue de cet adorable village. Si l'on fait abstraction des rafales de vent glacial qui me fouettent le visage et s'engagent sous ma grosse veste en jean, c'est absolument parfait. Je voulais du calme, de la solitude et du dépaysement. Me voilà servie.

L'heure matinale me permet de savourer pleinement ce silence qu'il m'est impossible de connaître à Moscou. Cela me permet de faire le vide dans ma tête. Et cela devenait urgent.

Le syndrome des étrangers
Le syndrome des étrangers
Le syndrome des étrangers

Je me trouve sur une colline qui domine le centre-ville et la Volga que l'on aperçoit en arrière-plan. Les feuilles des arbres arborent des tons orangés. Je réalise alors que c'est sans doute la meilleure saison pour faire une telle découverte.

Une fois descendue, je me lance dans une longue promenade le long de l'eau, dans les ruelles en terre battue. Je me perds dans la contemplation de toutes ces datchas et me prends à rêver d'acheter celle qui se trouve sous mes yeux. Ce pourrait être mon refuge, loin de la foule, de l'agitation de la capitale, loin de tracas. L'endroit idéal pour se ressourcer.

Back in the USSR.
Back in the USSR.
Back in the USSR.
Back in the USSR.

Back in the USSR.

Le syndrome des étrangers
Le syndrome des étrangers
Le syndrome des étrangers

Je suis rapidement rappelée à la réalité par un concerto de tondeuses. Soudain le temps se couvre et le soleil commence une partie de cache-cache avec les nuages dont je ne verrai pas le bout. La pluie tombe en fines gouttelettes et je ne cherche même pas à me protéger. J'offre au contraire mon visage à celle dont je me protège d'habitude avec un vulgaire parapluie.

Le syndrome des étrangers
Le syndrome des étrangers
Le syndrome des étrangers
Le syndrome des étrangers
Le syndrome des étrangers

C'est le moment rêvé pour me lancer dans une nouvelle quête. Celle de rejoindre cette église en bois tout en haut que j'admire depuis tout en bas. Je finis par trouver mon chemin et reçois les encouragements d'un couple que je croise dans leur descente, qui s'avère également être ma montée. "Bon courage à vous ! " me lancent-ils dans un sourire qui se veut sincère. Et je comprends rapidement pourquoi.

Mais la vue est si belle qu'elle parvient à me faire oublier les cris de douleur poussés par mes cuisses en un seul coup d'oeil. C'est à la fois sublime et incroyablement paisible. C'est juste ce dont j'avais besoin.

Le syndrome des étrangers
Le syndrome des étrangers
Le syndrome des étrangers

Mon expérience pliossoise se poursuit entre pluie et éclaircies, casque sur les oreilles et les yeux alertes. Je n'en perdrai pas une miette. Je prends tout. Je ne lâche rien.

Rédigé par Bouriaud Manon

Publié dans #Россия

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