Au Baïkal - Jour 10
Publié le 27 Juillet 2016
Ce réveil, qui est le dernier, a un goût amer. En me brossant les dents face au miroir, je fais un douloureux constat : demain matin, je serai à Moscou, et qui plus est, assise devant mon ordinateur chez Tsar Voyages. Ou le dur retour à la réalité, à la routine.
Pour le moment, nous avons d'autres plans. Autrement dit, la découverte de Listvianka, une petite bourgade au sud d'Irkoutsk et au bord du Baïkal (d'où notre envie d'y aller). Nous montons juste à temps à bord d'un bus et prenons place au fond afin de pouvoir nous vautrer correctement. Musique sur les oreilles, on se donne des coups de coude régulièrement pour se montrer l'une l'autre un paysage, une église et enfin, l'embouchure du lac.
Je reconnais les montagnes derrière une épaisse couche de brume, environnement et panoramas typiques de l'île Olkhon. Laissez-moi repartir.
On descend à l'arrêt de bus et on se la joue tactique : achat des billets de retour, parce que bon, on a quand même un avion à attraper ce soir. Dans les vitrines du vieil office de tourisme, des dizaines de peluches de phoques trônent fièrement et sur le mur, je m'amuse à repérer sur une belle carte tous les endroits que nous avons visités.
Une fois sortie, mon radar des bons plans et mon sens de l'orientation sont à l'affux. Notre premier objectif : grignoter quelque chose afin de ne pas succomber à la faim et à la fatigue. Et cela s'avère plus difficile que prévu... Nous finissons chacune avec un Twix pour tenir le coup.
Contrairement à ce que je pensais, Listvianka est absolument minuscule et le charme dont on m'avait venté les mérites est quasi absent. On passera devant des stands d'omoul, le poisson de la région, sous toutes ses formes et avec une forte odeur qui nous prendra aux trippes. Très peu pour nous, merci.
En l'espace de 15 minutes, on a traversé la ville qui s'étend uniquement le long de la mer, l'arrière pays s'étalant, lui, sur une belle colline. Heureusement, les petites baraques de toutes les couleurs donnent une ambiance pittoresque et assez mignonne. Nous descendons finalement vite sur une petite crique où l'on se pose face au lac. C'est beau. Ça va me manquer.
Onomatopée du ventre qui a faim. Je pense qu'il va être temps qu'on mange quelque chose de vraiment consistant. Même écho du côté de Kathleen. Nous voici donc à la chasse aux pirojkis. Impossible d'en trouver. Les restaurants sont trop chers, les petits bouibouis peu ragoûtants. Désespérées, nous arrivons par miracle à trouver un endroit convenable où nous dégustons une salade César (on aura déjà fait plus typique).
S'en suivra une bonne sieste au soleil (et en soutien-gorge) sur la plage de galets. Qu'est-ce qu'on est bien là, si on fait abstraction de cette touriste asiatique qui nous prend en photo. Un geste de la main et elle finit par partir. Et voilà que nous aussi, on finit par partir. Et ce n'est pourtant pas l'envie qui me pousse. Je sens que chaque mouvement, chaque pas est fait à reculons.
Retour à Irkoutstk. On récupère les affaires. On commande un taxi. On monte dans le taxi. On paye 170 roubles. On sort. On reste dubitatives devant la tronche de l'aéroport. On trouve le bon aéroport. Nous sommes en avance. Trop en avance. On va se prendre un cookie chez Subway. On envoie nos derniers messages depuis le Baïkal. On va enregistrer nos sacs (après une crise de panique pensant qu'ils ne passeraient pas). On jette nos crèmes solaires à 1000 roubles et peu utilsées. On passe les contrôles. On se pose. Pause selfie oblige. Et puis, on monte dans l'avion. Fin de l'histoire.
Enfin pas tout à fait. Tandis que l'on constate une dernière fois que c'est bel et bien fini, je réalise aussi que nous sommes en retard. Et pas qu'un peu. On partira finalement avec 2 heures de retard. Signe que l'on le voulait vraiment pas rentrer.
Si les 6 heures annoncées me paraissaient bien peu, je prends finalement conscience que c'est ÉNORME quand on est fatiguée, triste et impatiente (les trois adjectifs qui me décrivent le mieux à cet instant présent). Et dire qu'on est toujours en Russie malgré toutes ces heures de train et d'avion...
À 23 heures et des poussières (celles qui font un remake de western dans ma chambre), je pose mon sac dans mon appartement douillet. C'est fini. Fini. Fini. Fini. Autant se le dire trois fois. Histoire d'être bien sûre.
Vers une heure du matin, allongée dans mon lit, les yeux rivés au plafond, ma tête refuse de s'apaiser et ressasse tous les souvenirs accumulés pendant ces 10 longs, merveilleux, puissants, inoubliables jours de voyage. Me voilà transformée. Pour de bon. Pour toujours. Par amour pour le Baïkal.



