Dans le Transsibérien - Jour 2

Publié le 19 Juillet 2016

Dans le Transsibérien - Jour 2

Au réveil, je réalise que quelque chose a changé. Quelque chose qui va bouleverser le reste de notre voyage : la climatisation fonctionne. Fini les 33 degrés ambiants (après vérification sur le thermomètre du wagon), bonjour à une température correcte, et adieu les pores qui suent (oui je sais, c'est classe). On en est même arrivés à un point où Kathleen a besoin d'une couette pendant la nuit.

A peine réveillée donc, mon accolyte de toujours me prévient qu'il ne reste que 10 minutes pour aller aux toilettes avant la fermeture momentanée. Parce que oui, les WC communs à la petite centaine de personnes du wagon sont fermés 20 minutes avant et jusqu'à 40 minutes après les arrêts dans les principales gares. Alors autant dire qu'il s'agit parfois d'une véritable course contre la montre.

Me voici donc à patienter dans le couloir avec une camarade allemande tandis qu'une Russe, à l'embonpoint certain et dont les talents de ronfleuse ne sont plus un secret pour personne, prend bien tout son temps. Une insulte en français en plus tard (parce que bon, faut pas déconner), nous nous ruons aussi vite que possible avant la fermeture. On se croirait à Fort Boyard sauf que ce cette fois, il n'est pas question de clef. Mission réussie.

Vingt minutes plus tard, nous arrivons à la gare d'Ekaterinbourg où nous disons au revoir à Vova, alias Vladimir, qui s'en va faire une surprise à ses parents. Dans notre "compartiment", il est remplacé par une jeune femme dont les yeux seront constamment rivés sur son portable, sauf quand ce dernier sera collé contre son oreille pour répondre à de (trop nombreux) appels.

Déjà deux heures de perdues au compteur à cause du décalage horaire. Mais encore un peu plus de 2 jours de voyage devant nous.

- Plus tard-

Qui avait dit que les trains russes n'avaient jamais de retard ? Il se pourrait que ce soit moi... Et bien voilà que nous rencontrons actuellement l'exception qui confirme la règle. Tandis que nous jouons aux cartes avec Vitali, le train s'arrête au beau milieu de nulle part. Autant, j'ai tout à fait conscience que бывает ("ça arrive", comme diraient les Russes), autant là, je sens que quelque chose cloche.

Kath part à la conquête de renseignements, mais ne revient qu'avec une info essentielle : nous avons 30 minutes de retard. Regard dépité de Vitali qui sort à la prochaine gare et est attendu par son patron. Je me décide à aller près de la fenêtre dans le couloir pour prendre l'air et également recharger mon portable dépourvu de presque toute sa batterie (une mission impossible dans le Transsibérien).

Le paysage en face n'évolue plus. Et c'est normal. Mais je plais à contempler ces quelques wagons de marchandises et cette multitude d'arbres dont le vert ressort à cet instant tout particulièrement avec la luminosité. Et puis soudian, on repart. En échangeant quelques mots avec la responsable du wagon, que nous commençons à bien connaître, j'apprends que nous circulons désormais avec deux heures de retard. Résultat, punition générale. Pas d'arrêt prolongé aux prochaines gares.

Dans le Transsibérien - Jour 2
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Quand nous arrivons finalement, vient le douloureux moment de dire au revoir à notre cher Vitali avec qui nous avons heureusement échangé nos adresses mail. A travers la vitre du train, il nous fait signe de la main et nous envoie un baiser. Sur son visage, on discerne une certaine tristesse. Tristesse que l'on retrouve également sur les nôtres de visages. Mais l'aventure continue.

- Plus tard-

Tandis que le décalage horaire progresse, notre rythme de vie est de plus en plus perturbé. Nous ne savons plus quand manger, nous poser, dormir. Résultat des courses, il est 1h30 et alors que tout le wagon dort paisiblement (et que la ronfleuse fait des siennes), nous tentons de trouver le sommeil chacun sur nos couchettes respectives. En vain. Rien n'y fait. Pas même la musique douce qui m'achève pourtant chaque fois. Cette fois, j'en suis sûre. Le sommeil ne viendra pas.

Une demi-heure plus tard, le Transsibérien fait une nouvelle escale. A Omsk, nous avons encore perdu une heure et il est donc 3 heures du matin quand nous nous retrouvons sur le quai à déguster un Snickers dans l'air frais de cette nuit bien avancée. En regardant le soleil qui pointe le bout de son nez au loin, je réalise à nouveau combien ce voyage est tout juste incroyable (et totalement fou). Une grande et belle aventure.

Dans le Transsibérien - Jour 2
Dans le Transsibérien - Jour 2

Déjà, il est temps de remonter dans notre wagon chaud et l'odeur qui y règne me soulève le coeur. Mais je finirai par m'y habituer, comme à chaque fois. En attendant, toujours pas envie de dormir. Il suffit d'un rapide coup d'oeil complice dans l'assistance pour décider d'un commun accord la suite des événements : un jeu de cartes, des chips et de la bière. Plus rien ne nous arrête.

Nous jouerons jusqu'à presque 6h30 du matin, chassés par les râlements (parfaitement normaux et mérités) de notre nouvelle voisine qui cherche, elle, à dormir. C'est donc avec grand regret, et entre plusieurs fous-rires non maîtrisés dûs aux ronflements intempestifs de nos voisins, que nous partons nous coucher. Le soleil est déjà haut dans le ciel derrière une épaisse couche de nuages. La nuit s'annonce courte.

Rédigé par Bouriaud Manon

Publié dans #Россия

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