Au Baïkal - Jour 7
Publié le 24 Juillet 2016
Dur réveil. Plus les jours passent, plus le retard de sommeil accumulé prend de l'ampleur et se ressent dans mon corps et se voit sur mon visage. Nous mettons le double de temps prévu pour nous préparer. À force de vouloir en profiter à fond, on s'use.
Une douleur me vrille le bas du dos, ma jambe droite refuse de me porter correctement et je sens que je n'ai aucune force. Heureusement que cette journée s'annonce plus calme.
Dehors, le temps est plus couvert, plus venteux, plus frais. Ce qui, après quelques jours de très fortes températures, n'est pas sans me déplaire. Toujours est-il qu'au bord de la falaise, je regrette un peu ma petite laine.
Dans ce coin du village de Khuzhir, nous sommes seules, tranquillement installées pour admirer le paysage. Une dernière fois. Chose exceptionnelle, l'autre rive est parfaitement visible et je crois distinguer des dunes de sable au loin. Malgré le froid, je savoure les bourrasques de vent et la quiétude de cet endroit magique que je vais très bientôt regretter.
Mais avant de faire notre révérence à Olkhon, nous prévoyons d'en profiter pleinement. Maillot de bain en place sur mon corps fatigué (dont le bronzage agricole me fait sérieusement regretter celui des années passées), serviette à la main, dernières forces stockées dans les gambettes. Portée par un élan soudain (sans doute l'appel de l'eau), je parviens à marcher à peu près correctement pour suivre Kathleen qui ne semble pas fatiguée pour un sou.
Le sable est doux sous mes pieds. L'eau particulièrement froide du Baïkal confirmera mon intention de seulement y glisser quelques doigts de pied avant de m'avachir, lourdement, sur ma serviette.
Et puis vient le moment de faire nos adieux à ce paradis terrestre et de revenir parmi le commun des mortels sur la terre ferme. Dur de croire que les touristes n'ont commencé à affluer qu'il y a 20 ans, et qu'il aura fallu presque autant de temps pour que les locaux prennent conscience de la beauté exceptionnelle de leur environnement quotidien. Dur de croire également (ou pas, d'ailleurs), qu'il y a 10 ans, l'électricité n'était pas accessible à tous, tout le temps : chaque maison y avait droit lors d'une tranche horaire bien définie, trois fois par semaines. Autant dire que les journées devaient être courtes, tout particulièrement en hiver, quand le soleil disparaît à l'horizon derrière le Rocher des Chamanes dès 5 heures du soir.
Nous voici donc parties pour de bon à bord d'un mini-bus sans fenêtre ouvrable et aux sièges rembourrés. Quant au chauffeur, je pense que l'adjectif qui le qualifierait le mieux serait "chauffard". Il roule à 100 à l'heure sur les routes dont l'état est à peine descriptible (ce qui nous vaut de sérieux rebonds dans tous les sens), se fait klaxonner par tous les automobilistes plus prudents (et plus normaux), double dans les côtes, les virages, avec ou sans visibilité... J'ai peur pour ma vie. Nous avons peur pour nos vies.
Cinq heures et demi et de nombreuses frayeurs plus tard, nous arrivons seines et sauves à la gare routière d'Irkoutsk. Je ne sais par quel miracle, j'ai réussi à faire quelques micro-siestes (que Kathleen a eu la bonne idée d'immortaliser, mais dont je vous passerai les images), et je sens que cela m'a fait du bien.
Nous nous perdons ensuite dans les transports d'Irkoutsk pendant une petite heure avant de réussir à rejoindre la gare. Pour ne pas porter atteinte à mon orgueil de baroudeuse et mon sens de l'orientation, j'ai décidé que je mettrai tout sur le dos de la fatigue et du manque d'indications précises et fiables sur notre trajet. Deal with it.
Depuis la complication en début de parcours, tout semble désormais nous sourire. Y compris la dame extrêmement maquillée et manucurée qui nous vend des billets pour Oulan-Oude en train de nuit. Train dans lequel se trouveront également nos bons amis allemands (notre amitié surpassera leur dure défaite à l'Euro 2016).
Comme il fait bon se retrouver tous les cinq à jouer aux cartes, manger des pâtes lyophilisées dont nous apprécions chaque saveur chimique, des tartines de Nutella, le tout bercés par les sursauts du train et le doux bruit des rails. Il ne manque plus qu'une petite musique de Bob Marley pour parfaire cette ambiance qui restera gravée dans mon esprit comme celle de ces vacances ensemble.
Quelques parties ponctuées de nombreux bâillements et nous voilà allongés sur nos couchettes pour une courte nuit de sommeil dans une chaleur terrible.



