Vadrouille entre filles à Yaroslavl [Partie 2]
Publié le 6 Mars 2016
La route que nous empruntons nous mène à la grande attraction du moment : la Maslenitsa, fête russe de la crêpe. Sur un marché, les multiples stands vendent tous les fameux blinis ainsi que des chachliks (brochettes de viande typiquement d'ici et prochaine découverte culinaire sur ma liste). Comme vous pouvez le devinez, nous cédons une nouvelle fois à la tentation avec l'excuse de "la Maslenitsa, on n'y résiste pas" (excuse qui soit dit en passant peut marcher avec tout et n'importe quoi).
Mais le vrai spectacle se passe à quelques mètres de là. Une grande scène installée sur la place Smolenskaïa accueille un groupe russe en tenue traditionnelle et colorée qui chante diverses chansons en l'honneur des crêpes. Ma première impression ? C'est kitsch et ringard. Pourtant, je ne tarde pas à changer d'avis. Autour de moi, les gens semblent tout simplement heureux. Chacun danse, même la babouchka d'au moins 80 ans à côté de nous trouve encore la force d'effectuer quelques pas. Alors on se laisse porter par le rythme effréné de ces musiques dont je ne me souviens ni de l'air, ni des paroles, et on en arrive même à se dandiner parmi la foule. Notre participation soudaine ne laisse pas tout le monde indifférent semble-t-il... Un homme d'un certain âge s'approche et invite mon acolyte à danser avec lui. Quelle beau spectacle.
Quand la fête est finie, nous quittons les lieux pour admirer la sublime Église Saint-Élie dont nous ne verrons que l'extérieur. Blin !, comme diraient les Russes (mot qui littéralement signifie "crêpe" mais est employé dans le langage courant comme notre mer** français).
Et puis sans but aucun, nous nous baladons dans les ruelles du centre de Yaroslavl dont les lumières s'illuminent peu à peu avec la tombée de la nuit. C'est ainsi que par le plus grand des hasards, nous tombons sur une autre célébration de la Maslenitsa. Des dizaines de poupées réalisées pour l'occasion sont alignées le long d'une allée piétonne. L'une d'entre elles sera choisie, puis brûlée (ainsi va la tradition) le 13 mars. Mais il faudra au préalable lui enlever ses yeux, "fenêtres de l'âme" que l'on ne saurait gâcher.
Heureuses de cette deuxième journée, nous empruntons le chemin de l'appartement où nous devons rester. Nous trouvons le bon bus (19k), payons notre ticket (20 roubles) et attendons d'entendre le nom de notre arrêt (Bolnitsa). Mais un arrêt avant le nôtre, je comprends que quelque chose ne va pas. L'odeur d'essence qui me dérangeait déjà depuis le début devient absolument insupportable et j'aperçois une fumée qui s'épaissit (mais qui ne semble déranger que nous). Le bus, qui est à l'arrêt, fait un bruit d'enfer et ne semble pas vouloir (ou pouvoir, allez savoir) repartir. À l'intérieur, ça devient doucement irrespirable et nous optons pour la solution de survie : fuir. Quelques mètres plus loin, nous nous retournons pour observer le massacre. Des dizaines de personnes sont encore assises dans cet autobus qui part en fumée. "On vient de perdre un an de notre vie en dix minutes de trajet", me lance Kathleen. Et je pense qu'elle n'a pas tort.