Vers l'Est
Publié le 3 Février 2016
Réveil difficile car plus tôt que la normale. Quand je réussis finalement à m'extraire de mon lit douillet, il ne me reste qu'une petite demi-heure pour me préparer (j'appréhende déjà le moment où je devrai reprendre un rythme de travail correct). Je me suis vite faite à ce train de vie de pacha.
Dans le métro devant moi, un homme lit un journal gratuit du même nom. À la page 5, j'aperçois au-dessus de son épaule droite, l'image d'une grande maison en rondins de bois (type "Père Castor à la montagne"), avec la mention en gros, en gras et en rouge "Seulement pour les vrais hommes". Comme c'est intéressant... Alors selon cette logique, les "mauviettes" devraient vivre dans des taudis ?
Un peu plus tard, dans la rue je vois à plusieurs reprises une publicité du même style. À gauche, un homme musclé tenant dans sa main droite, un haltère. À droite, un homme largement en surpoids (sans doute un Américain) s'apprêtant à engouffrer un énorme hamburger. La légende : "À vous de faire le choix". Eh bah voyons... S'il est vrai que j'ai croisé peu d'hommes gros (disons-le clairement), ils n'en sont pas moins des canons de beauté et correspondent peu ou prou à l'image que je m'en étais faite. Les Russes sont relativement petits (hormis quelques géants croisés ici et là), souvent fournis avec muscles et ventre proéminent, et beaucoup d'entre eux arborent une jolie coupe mulet. Vous savez, cette coupe de cheveux qui consiste à laisser quelques mèches voire l'intégralité de l'arrière de la tête plus long que le reste, et qui aurait dû cesser d'exister avec la chute de l'URSS.
Fin de la parenthèse.
J'arrive donc aux Tchistniye Proudi (littéralement "les étangs propres") et suis accueillie par un joyeux, bien qu'effrayant, envol de pigeons. Tout comme la dernière fois, la glace est à moitié fondue, laissant présager un bien plus beau spectacle en été (ici, le printemps est quasiment inexistant). Je remonte le parc jusqu'à la place Tourgenievskaya puis me lance sur l'immense avenue Akademika Sakharova.
Je croise des dizaines de bâtiments que je devine importants au vue des drapeaux qui flottent, de la présence des lettres "РФ" (autrement dit "de la Fédération de Russie") et ainsi que de nombreux agents de police gardant l'entrée et surveillant les passants d'un oeil peu intéressé.
Me voilà finalement sur la Komsomolskaya Plochad' qui, je dois l'avouer, est plus belle en photo dans mon guide qu'en réalité. La faute au temps grisâtre et aux nombreuses voitures qui me gâchent le paysage et roulent trop près des flaques, arrosant au passage quelques piétons peu vigilants. Et puis finalement, en la regardant de plus près, je lui trouve un certain charme. Ici se dressent trois gares de Moscou : les gares de Kazan, de Iaroslav et de Leningrad (en voilà une qui n'a pas été rebaptisée, mais dont les trains sont bien à destination de Saint-Pétersbourg).
Ça grouille de monde dans tous les sens et l'air est gravement souillé (mes petits poumons se sont habitués à l'air propre et riche de Serebryany Bor).
Puis sans but aucun, je marche à nouveau vers le centre de Moscou, tentant de repérer et retenir tant bien que mal les grands axes de la capitale. Je finis par tomber sur la place Loubianka et suis alors tentée de penser que toutes les routes mènent, non pas à Rome, mais au KGB.









