Jeune, jolie et inconsciente
Publié le 28 Septembre 2013
Deuxième journée, deuxième film. Je ne perds pas un instant pour profiter de ma carte – au secours, je suis en train de devenir accro !
Alors que je trouve à encore quelques centaines de mètres du complexe, j’entends le « boom-boom » puissant des basses et un homme au micro – je hais ce genre de promotions criées à tue-tête. J’aperçois donc un homme sur une estrade vide, quelques stands vides autour, et une place…vide. Pas âme qui vive dans les parages – sauf et je cite, « les jolies jeunes demoiselles qui dansent autour de la voiture ». Quelques badauds qui passent, une voiture à essayer et un DJ électro qui laisse à désirer. Quelle ambiance sur la Presqu’Île André Malraux !
Je passe à côté de ce tohu-bohu en souriant – les pauvres sont ridicules – et me précipite à l’intérieur de l’UGC. C’est dans un calme contrastant que je me dirige vers les bornes – je reprends mes bonnes vieilles habitudes. Ni une, ni deux. Je connais le film que je veux, la séance, le nombre de personne – pas trop difficile. Je clique plus vite que mon ombre, passe ma carte, appuie sur « Validation », récupère mon ticket, le fait déchirer par la contrôleuse qui regarde à peine si j’ai ma carte, me dirige vers la salle et entre. Nous serons donc 2 dans la salle. Deux filles. Normal…
Je regarde distraitement les bandes annonces – les mêmes qu’hier bien évidemment – tant en revoyant les grandes lignes de la grammaire chinoise – que j’ai la bienveillance de vous épargner. Les lumières s’éteignent, enfin. C’est parti. La « Jeune & Jolie » jeune fille qui incarne le personnage principal est face à la caméra. J’observe tous les détails de son visage – ils l’ont vraiment bien choisie au casting.
Je me laisse bercée par l’histoire – tragique – de cette jeune fille de 17 ans qui se prostitue. Le noir de la salle cache les expressions d’incompréhension sur mon visage, les larmes qui manquent de couler à plusieurs reprises et les quelques bâillements étouffés – mais il me laisse pleinement profiter des raclements de gorge gras et répétitifs de la seule autre personne présente dans la salle.
Le générique de fin fait son apparition sur l’écran. Ma veste est déjà enfilée, mes lunettes ne tardent à être rangées dans leur étui. À la sortie de la salle, j’échange un sourire gêné avec la malade et sors. Je suis dans un état particulier. Parce que l’histoire était touchante et bouleversante. Parce que j’ai eu 17 ans et que je ne peux m’empêcher de me mettre à sa place. Parce qu’il n’y a rien ni personne pour me ramener à la réalité à cet instant. Parce qu’il fait frais, que le soleil me fait plisser les yeux et que je prends la route pour rentrer à pieds, et seule.
Je me sens perdue, comme triste. Je ne lève que brièvement les yeux pour éviter les obstacles sur mon chemin ; ils restent fixés sur les pavés qui défilent sous mes pas.
Encore toute chose, je me sens pourtant incroyablement calme. Ni chef-d’œuvre, ni divertissement, je prends ce film comme un documentaire romancée de ce qui peut arriver dans la vie de tous les jours.
Allez, un plat de pâtes aux légumes épicés et un bon morceau de dubstep et la journée continue !
