Dans la peau d'un prisonnier du KGB
Publié le 23 Août 2013
Sur la Gedimino Prospektas - la grande avenue commerçant de Vilnius - se trouve le musée du KGB. Une chance nous, en ce jour de commémoration, l'entrée au musée est gratuite.La visite débute sur deux étages d'histoire, de témoignages, d'objets d'époque et de photos. De quoi bien se mettre dans l'ambiance.
Au fit les lignes - en lituanien ou en anglais, au choix - je commence à vraiment comprendre la position des Pays Baltes dans la Guerre Froide. La Lituanie devient membre de l'URSS en 1940, et c'est la force politique soviétique qui s'installe peu à peu. Comme vu dans mon cours de civilisation russe, aucun répit n'était offert aux autres républiques par la Russie. La dictature avait pris place.
Le KGB - ensuite devenu le NKVD - prend ses quartiers dans le bâtiment-même où je me trouve. Sensation bizarre que d'imaginer ces hommes dans leurs costumes avec leurs armes, recevant l'ordre d'interroger, d'emprisonner et de tuer ceux opposés au régime soviétique en place. Parallèlement avaient lieu de nombreuses déportations.
Un organigramme détaille précisément l'organisation du KGB, avec toutes ses divisions et sub-divisions d'hommes dont le nom ne me dit strictement rien. Un peu plus loin, il est donné de voir des photos de leurs différentes techniques de camouflage - on se croirait dans la série de livres Martine : l'agent en paysan, l'agent en père de famille dans le parc, l'agent en vendeur déambulant. Certaines - voire toutes - sont à la limite du ridicule.
Dans tout ça, je ne sais pas ce qui est le pire : prendre conscience du nombre d'hommes ayant travaillé pour cette institution - le KGB - ou savoir que Vladimir Vladimirovitch Poutine - oui, l'actuel président russe - a un jour été à sa tête. Cela me laisse pantoise.
L'exposition continue, cette fois au sous-sol. Bienvenue dans la prison du KGB !
À peine la porte d'entrée passée, le musée des horreurs commence. À gauche, une petite pièce - pas plus grande que les toilettes d'un studio de 10m2 - dans laquelle les prisonniers passaient leurs trois premiers jours. Cela évitait d'influencer les interrogations qui avaient lieu au même moment. Sympathique.
Suivent ensuite les salles de fouille, d'interrogation, les dortoirs, la salle de pause - pour les gardiens, pas de répit pour les prisonniers.
Et il y a celle-ci, sur la droite. Un tabouret, une tablette et une toilette. On pourrait croire au grand confort, comparé aux autres ; mais il n'en est rien. Le prisonnier en question était enfermé une semaine entière dans le froid et pour seul repas quotidien 300gr de pain et un demi litre d'eau. Le grand confort, oui...
La cruauté ne s'arrête pas là. C'est avec horreur et indignation que j'ai découvert la salle suivante. Remplie d'eau glacée, le prisonnier pouvait uniquement éviter le calvaire du froid en tenant en équilibre sur un disque - non stable et pas plus grand que le fond d'une poêle - en plein milieu. J'imagine l'amusement que pouvaient tirer les gardiens de ces tortures et cela me révulse.
And last but not least, la salle d'exécution. J'emprunte l'escalier. Mes pas sont lents et peu décidés. Au sol, des vitres transparentes laissent entrevoir du sable et quelques objets. L'ambiance qui règne me glace le sang - et les bruitages n'arrangent rien. Le moindre mouvement me fait sursauter. Aucune image, aucune histoire. La place est à l'imagination et c'est pire. C'en est trop. Le niveau de stress monte et mon coeur bat la chamade. Je sors.
Tout au bout du couloir sont affichées des photos de cadavres - je suis heureuse d'avoir pris un déjeuner léger. La légende explique que les corps étaient répartis dans la ville pour effrayer la population et donc, mieux la contrôler. Classe.
Le soulagement que je ressens à la sortie est digne de ce nom. Je m'en souviendrai. Le musée du KGB ou le souvenir des horreurs du passé.
