L'improbable découverte de Kazan

Publié le 14 Juillet 2017

Les rayons du soleil et les constant aller-retour de nos voisins ne tardent pas à me tirer de mon sommeil léger. Un coup d'oeil à ma montre. Nous sommes encore larges. Un coup d'oeil sur la gauche. Les paupières de Louis papillonnent doucement. Il est vivant. Il me sourit même. Je profite alors de ce moment opportun pour proposer un petit-déjeuner depuis la hauteur de nos banquettes. 

Notre stock de pain-miel-bananes épuisé - et nos lits recouverts de miettes - je me lance dans une tâche absolument indispensable : apprendre à Louis à jouer au "Durak" - littéralement "idiot" - jeu de cartes russe par excellence, ou le meilleur moyen de se faire passer pour un local dans le train. Après quelques tentatives plus ou moins réussies, je vois se dessiner sur son visage une expression que je ne lui connais pas encore. L'exaspération. Je ne tarde pas à comprendre la raison de son mécontentement. Les trois shorts qu'il était (absolument) persuadé d'avoir glissé dans son grand 50L ne répondent pas à l'appel - c'est seulement 18 jours plus tard qu'il les retrouvera, parfaitement pliés. Sur son lit. À Paris. 

Bon, toujours est-il qu'on est arrivés. Et on se prend bien une quinzaine de degrés dans la figure. L'effet "voyage vers l'Est" se fait déjà sentir. 

© Louis Mondot & Manon Bouriaud
© Louis Mondot & Manon Bouriaud
© Louis Mondot & Manon Bouriaud
© Louis Mondot & Manon Bouriaud
© Louis Mondot & Manon Bouriaud
© Louis Mondot & Manon Bouriaud

© Louis Mondot & Manon Bouriaud

Après une obligatoire escale "achat de shorts", nous nous retrouvons face au joyau de Kazan, j'ai nommé sa Mosquée bleue. À peine passée l'entrée du Kremlin - dans lequel Elle se trouve -, les touristes affluent de partout. On se croirait dans Pac-Man. Toi tu avances et tu essaies de faire des photos convenables, tandis que les centaines d'étrangers et de Russes en mal de diversité te suivent pour se coller en plein devant ton objectif. 

J'ai beau la voir pour la quatrième fois (minimum), soyons honnête, elle me fait toujours autant d'effet. Je ne saurais dire si c'est sa couleur dont je ne me lasse pas, l'effet des rayons du soleil qui éclairent juste une partie de ces vitraux, ou encore cette sublime et très esthétique nappe (dans le même ton bleu que sa coupole) que je dois revêtir pour pénétrer en son sein. Dehors, dedans, partout, c'est la grande classe. 

Impossible d'éviter ensuite un tour du Kremlin. De long en large, et en travers. Puis me vient l'idée folle d'atteindre l'autre côté de la rive, celle où se trouve ce fameux chaudron qui m'avait intriguée lors de ma toute première venue. Concentration. Puis, soudain, boum. Cerveau en éruption. On trouve la solution. 

© Louis Mondot
© Louis Mondot
© Louis Mondot

© Louis Mondot

Un mystère résolu et trente minutes plus tard, nous arrivons au pied de cette impressionnante coupole entourée de dragons en tous genres - parce que le dragon, c'est l'emblème de la ville. Prochaine étape, l'ascension. Je découvre, non sans une pointe de faiblesse, qu'il faudra se taper les escaliers. Bon, bah, pas le choix. Arrivés en haut, on a chaud et on respire fort. 

Mais ça en vaut la peine, hein Louis ? Le ciel est d'un bleu parfait sans nuage, nos visages et corps sont balayés par un vent plus puissant qu'au ras de la terre et seule une infime partie des touristes s'aventure jusqu'ici. Nous sommes enfin en paix.

Derrière son objectif, mon compère multiplie les photos tandis que je m'amuse - très simplement - avec les ombres. Enfin, surtout la mienne. 

Une fois redescendus de notre piédestal, nous trempons quelques doigts de pied dans l'eau fraîche et pas forcément très ragoûtante de la Volga, avant de nous affaler face au soleil couchant. Chères vacances, je vous ai longtemps attendues. Et je ne suis pas déçue. 

Dans un élan de motivation extrême, je propose de pousser jusqu'au fameux temple de toutes les religions, cet étrange bâtiment censé représenter pas moins de 16 religions. Un bus, deux bus, et deux cents mètres à pied. Nous y sommes. L'incendie dont j'avais entendu parler dans les journaux il y a de ça quelques mois, a bel et bien ravagé une partie du temple. Nous faisons le tour de cet improbable propriétaire, et je regrette encore une fois de ne pouvoir en découvrir les entrailles. Mais c'était sans compter sur Louis. 

Tandis que ma tête fait des aller-retour gauche-droite comme à un match de tennis pour tenter de trouver le moment idéal de traverser sans nous faire écraser, mon acolyte me déclare avoir vu un petit groupe de touristes entrer. Entrer dans le temple. J'écarquille les yeux. Comment ? Serait-ce finalement possible ? Ni une, ni deux, cette fois nous traversons. Nous nous approchons de la porte qui, pour une fois, n'est pas totalement fermée. Et nous entrons dans le temple. Les voix sont déjà loin et je doute sérieusement de notre droit de nous trouver ici sans autorisation. Le plafond est vouté, les murs couverts d'icônes, et un adorable bébé chat dort sur une table. Lorsque les voix semblent s'approcher, je fais signe à Louis de ressortir. Comme si de rien n'était. 

Soudain une tête apparaît dans l'entrebâillement de la porte et tente de la fermer. Hors de question de louper une telle opportunité. "Excusez-moi !", lançai-je pris de cours. La porte se stabilise et je cape le regard de mon interlocuteur. "C'est possible de visiter ?". "Oui", me répond le jeune homme qui me fait maintenant face. "C'est 100 roubles par personne". Autrement dit, rien. Merde. Je n'ai que 500. Tant pis. Entrons. 

Un grand merci à Louis qui a pris toutes les photos, tandis que je me la jouais interprète débutante au cours de la visite
Un grand merci à Louis qui a pris toutes les photos, tandis que je me la jouais interprète débutante au cours de la visite
Un grand merci à Louis qui a pris toutes les photos, tandis que je me la jouais interprète débutante au cours de la visite
Un grand merci à Louis qui a pris toutes les photos, tandis que je me la jouais interprète débutante au cours de la visite
Un grand merci à Louis qui a pris toutes les photos, tandis que je me la jouais interprète débutante au cours de la visite
Un grand merci à Louis qui a pris toutes les photos, tandis que je me la jouais interprète débutante au cours de la visite
Un grand merci à Louis qui a pris toutes les photos, tandis que je me la jouais interprète débutante au cours de la visite
Un grand merci à Louis qui a pris toutes les photos, tandis que je me la jouais interprète débutante au cours de la visite

Un grand merci à Louis qui a pris toutes les photos, tandis que je me la jouais interprète débutante au cours de la visite

Pendant qu'Oïka, c'est son nom, raccompagne les touristes à la porte, je m'affaire à câliner cet adorable chaton en mal d'affection. Et puis, la visite commence. D'un pas nonchalant, il nous emmène de pièce en pièce dans ce palais de 1000m2 dont j'ai si longtemps rêvé. La première salle est celle des icônes. J'apprends que l'homme à l'origine de cet édifice n'est autre que son oncle qui, encore aujourd'hui est réputé pour ses travaux - ses icônes - à travers le monde, et vit en Chine. Donc il n'est pas mort. Quel esprit de déduction, Manon ! C'est pourtant ce qu'Internet m'avait raconté au cours de mes recherches.

Nous le suivons de près dans cet étrange labyrinthe qui me fascine de bout en bout. Nous découvrons ainsi le théâtre - et les chaises où Poutine et Medvedev ont déjà posé leur postérieur - leur salle de travail, la chapelle... Louis et moi-même avons mille questions, Oïka, mille réponses. Je m'improvise interprète et la discussion se poursuit longtemps. Face à notre enthousiasme, le jeune homme nous emmène dans la partie endommagée par l'incendie - espace normalement exclu de la visite et interdit aux touristes, car dangereux. Mais je n'ai que faire de la dangerosité à cet instant. J'en veux plus. 

Nous accédons à l'ancienne chambre de son oncle, autrefois décorée de pierres et d'objets précieux récupérés au cours de ses nombreux voyages, mais qui ont malheureusement péri dans ce fâcheux incident-incendie. Oïka nous montre tout. Chaque pièce, chaque escalier, la cour encore en travaux, nous détaille tous projets futurs. C'est absolument passionnant.

Pour conclure cette visite insolite, ce dernier nous invite à prendre une petite collation. Comment refuser un thé, un café, un verre de lait frais tout droit sorti du pis de la vache, et une part de gâteau dans un endroit aussi fou ? Pendant que l'on boit, mange et discutons de tout et de rien, chaton se fait les griffes et tente de gravir mon tabouret. Oïka nous apprend - enfin m'apprends, puis j'apprends à Louis - qu'un bandit avait vécu plus de 4 ans dans ce temple et qu'il avait été impossible de le faire partir pendant toutes ces années. Mais depuis que ce dernier est décédé dans l'incendie, il a décidé d'ouvrir les portes de ce surprenant endroit aux visiteurs afin de récolter des fonds pour sa (re)construction. 

Au moment de se dire au revoir, je ressens quelque chose de fort. C'est assez dingue ce qu'il vient de se passer. Dans le bus qui nous ramène à Kazan, je n'en reviens toujours pas. Pour fêter ça - et le 14 juillet, quand même ! - nous levons nos verres de bières à la France et à ce voyage qui s'annonce des plus épiques. 

L'improbable découverte de Kazan
L'improbable découverte de Kazan
L'improbable découverte de Kazan
L'improbable découverte de Kazan
L'improbable découverte de Kazan

La soirée se terminera par une grande balade autour du Kremlin, des dizaines de photos, des centaines de moustiques, des plus ou moins jeunes Russes qui font leur show, et au milieu de tout ça, une Lada. 

Rédigé par Bouriaud Manon

Publié dans #Россия

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