Sur la colline de Prométhée
Publié le 22 Mai 2017
Encore un matin, qui cherche et qui doute, matin qui cherche une route… Merci Jean-Jacques pour cette belle inspiration dès le réveil. Encore confortablement vautrée sous ma couette, j’établis un plan d’attaque pour la journée. Bien décidée à trouver cette – foutue – colline aux aigles dont j’entends parler depuis des semaines, je mène l’enquête sur internet en franco-russe. Je teste, je clique, je tente, je sélectionne, et je finis par trouver une piste. Encore quelques clics. Je te tiens. C’est au pied de la montagne, dans un petit patelin perdu au milieu de la forêt, que devra débuter notre randonnée.
Baskets, bouteille d’eau et appareil photo, je suis fin prête. Avec Juliette, nous rejoignons Vincent, seul autre motivé de la troupe. C’est reparti pour ce qui est rapidement devenu l’habituel périple bus-marche, sauf que cette dernière s’avère bien plus compliquée que prévu.
Fini les petites côtes, on enchaîne des montées bien pentues qui ralentissent carrément la cadence. Chaque fois que l’on pense en avoir fini – au moins pour quelques dizaines de mètres – une côte encore plus abrupte se dévoile au détour d’un virage. Pour achever le tableau, on commence à littéralement crever de chaud. Robe et t-shirts relevés, nous avançons tant bien de mal en gardant à l’esprit ce qui nous attend au sommet – ou bien l’idée de faire tout le chemin inverse.
Le souffle coupé, le dos trempé de sueur, nous parvenons tout en haut de cette colline. Tant mieux, j’étais sur le point de regretter de l’avoir trouvée. Encore quelques pas pour s’approcher du flanc de la montagne, et nous obtenons une vue – que je pensais encore alors jusque là – à couper le souffle. Des arbres à perte de vue, des pics enneigés en arrière-plan, des nuages que nous dépassons de peu.
À quelques mètres de là, nous ne résistons à une photo avec la véritable star du coin : Prométhée, ou l’homme qui se fait manger le foie par des aigles à l’infini.
Pas mécontents du périple, nous optons pour une petite pause-grignote bien mériter. Accoudés au bar, nous scrutons la carte avant de repérer une salade qui semble aussi appétissante que fraîche. Concombre, radis et herbes dans du kéfir – boisson issue de la fermentation du lait – avec un morceau de pain pita, je dis oui !
On prend place à une table en bois bien rustique et on attend. Impatiemment. Lorsque notre déjeuner arrive, on peut lire sur nos visages satisfaction et soulagement. Mais ça, c’était avant que l’on goûte. « Bah, c’est pas chaud ? », lance l’innocente Juliette avec un brin de déception dans sa voix. Bah non, l’ogrouchka, c’est une soupe froide. Étant celle ayant initié ce plan – foireux –, je prends le parti de tester avant les autres. Et je ne suis pas déçue du voyage. Ça pétille dans la bouche. Une soupe aux bulles. Vous auriez dû voir la tête de mes acolytes après la première cuillère.
Cette – étrange et peu ragoûtante – découverte culinaire plus tard, nous entamons la descente tant attendue et espérée à l’aller. Le ciel se couvre. La pluie qui commence à tomber à grosses gouttes ne nous facilite pas la tâche. Le sol est glissant et la pente est rude. Mauvais et dangereux mélange.
Seins et saufs sur la terre plate, Vincent nous abandonne pour prendre son avion, tandis que nous prenons un bus pour rejoindre l’auberge. Juliette ne résistera pas à l’appel de son lit, moi à l’appel de la plage.
Le soleil est de retour et un superbe coucher de soleil m’attend. Je resterai une petite heure, installée sur les galets, à contempler ce spectacle dont – malgré sa récurrence quotidienne – je ne me lasserai sans doute jamais.












