Le marathon souzdalien
Publié le 2 Mai 2016
Réveil à l'auberge tôt. Très tôt. Trop tôt. La sale habitude du réveil en semaine. L'avantage, c'est qu'à 8h45 nous sommes déjà dehors, prêts pour une nouvelle journée de visite. Et de marche. Mes pieds recouverts de pansements, de chaussettes et la douleur que je ressens déjà ne présagent rien de bon...
Le temps est sublime et c'est un vrai plaisir que de découvrir Souzdal en plein jour. Nous rejoignons (aussi vite que les moignons qui me servent de pieds me l'autorisent) le monastère Saint-Euthyme, le plus connu parmi la ribambelle de monastères dont dispose la ville. Manque de chance, il n'ouvre que dans une demi-heure. Alors on se lance dans tour des murailles et là, miracle. En contre-bas, nous découvrons un autre monastère, perdu dans les hautes herbes.
Ni une ni deux, nous doublons les nombreux touristes asiatiques et avançons d'un pas décidé vers ce petit bijou architectural. À l'intérieur, nous assistons à un office religieux en extérieur, sans doute pour célébrer le week-end de Pâques. Une femme, toute de noir vêtue, sonne les cloches en haut de sa tour. Le spectacle est particulièrement étrange et singulier.
Dans les allées, une procession. Un prêtre est suivi par toutes les soeurs du monastère et tous entament un chant religieux. La foule présente répète par moments une phrase dont je ne comprends pas les mots et encore moins le sens. Le pope lance alors de l'eau bénite sur l'assistance qui se prosterne. Et aussi vite qu'ils sont arrivés, ils disparaissent dans la Cathédrale. C'est absolument fascinant.
Bon, à force d'en voir, je dois avouer qu'il commence à en falloir beaucoup pour qu'un monastère me charme vraiment. Nous ne tardons donc pas à quitter les lieux pour faire un tour dans la cambrousse près de l'édifice. Le soleil tape, les grenouilles de la mare croassent joyeusement, le panorama sur l'autre monastère (celui qui était fermé à la base) est sublime, mes chevilles commencent à vriller à cause de ma démarche douteuse et me procurent une très désagréable sensation. Bref, tout va bien.
Si je suis déjà moyennement motivée pour visiter le monastère, les 400 roubles à l'entrée finissent de m'achever. Je m'incline finalement, sors mon billet et un arbore un air triste en le tendant à la caissière qui, sans doute habituée à de telles tentatives, s'en fiche royalement. Et puis soudain, je réalise que ça en valait le coup.
Allées verdoyantes, sublime cathédrale aux dômes verts et dorés, muraille couleur brique digne d'une forteresse moyenâgeuse. Ils n'ont pas fait les choses à moitié, dis donc.
Mais je pense que ce qui m'a le plus marquée fut le chant des prêtres dans la Cathédrale de la Trinité, dont l'acoustique est tout simplement parfaite. Sans même réaliser ce qu'il se passe, je sens les larmes rouler sur mes joues tandis que la voix d'un des hommes part dans les aigus. Je suis charmée, touchée, bouleversée. C'est la plus belle chose que je n'ai jamais entendu.
Chant Cathédrale de la Trinité (Souzdal)
https://www.youtube.com/watch?v=OeLZu7GfBnk&feature=youtu.be
Pour l'écoute de ce chant majestueux, c'est par ici.










