L'introuvable Izmailovo
Publié le 23 Février 2016
Encore une journée où mon sens de l'orientation a été mis à rude épreuve. Après m'être trompée de station de métro, après que Kathleen ait demandé notre chemin à plusieurs passants (dont un qui sentait particulièrement fort l'alcool), et après avoir erré pendant près d'une heure dans le nord-est de Moscou, nous arrivons finalement à destination.
Au cours de notre désastreux parcours, les deux apprenties en russe que nous sommes avons toutefois trouvé un marché local (dont la fraîcheur des produits ne m'inspirait guère confiance), un immense parc où les gens faisaient du ski (sans pente), ainsi qu'un bon petit restaurant où nous avons pu nous rassasier avec une assiette de pielminis (encore une fois, en évitant de savoir de quoi était faits les morceaux de viande à l'intérieur...).
Ouf, nous voilà à Izmailovo. Vous le décrire sera on ne peut plus simple : c'est à la fois un marché aux souvenirs défiant toute concurrence niveau prix, et un Kremlin (c'est normal en Russie) fait de "tours en carton". Si bien sûr, cet espace haut en couleurs qui fait penser à un Disneyland à la russe est construit en dur, l'architecture qui se veut pittoresque n'est, elle, pas ancienne, mais récemment pensée pour attirer les touristes (malin les Russes !). S'il est conseillé de s'y promener le week-end et de préférence en été, nous pouvons au moins profiter de grandes allées libérées où la neige tombe encore en gros blocs sans prévenir.
Dans ce fameux marché izmailovski, on trouve surtout des poupées russes aux effigies de Poutine (l'incontournable et probablement la meilleure vente), de Staline (la plus soviétique) et même de notre président Hollande (la plus surprenante et la moins typique), des chapkas et des foulards aux motifs à fleurs que les babouchkas et toute Russe qui se respecte portent fièrement.
Quant aux vendeurs, ils sont capables de prouesses linguistiques insoupçonnées lorsqu'il s'agit de proposer leurs produits aux touristes dont le portefeuille est bien rempli. Français, anglais, russe, tout est bon pour appâter les clients.
À l'intérieur du Kremlin, c'est la fête. Petits et grands se prennent pour des forgerons le temps d'un instant, sous l'oeil avisé des connaisseurs, et sur un fond de musique traditionnelle (qui ressemble désormais plus à une ambiance de discothèque).
On fait le tour du patelin, des boutiques, on se prend un thé bien chaud pour lutter contre le froid ambiant et on se dirige vers une passerelle qui nous offre un panorama sur notre prochaine destination : le domaine d'Izmailovo (qui se trouve en fait être une petite île artificielle).
Sauf que manque de chance et de préparation, nous voilà de l'autre côté de la grille qui nous sépare dudit domaine, à marcher dans la boue et à manquer de nous faire éclabousser par les nombreuses voitures qui passent. On interpelle une dame qui nous indique une entrée pas trop loin. Mission réussie : nous y voilà. Au loin, on aperçoit les bulbes de la cathédrale qui nous narguent depuis une demi heure, et plus bas, des gens qui marchent sur le lac gelé et recouvert d'au moins 15 centimètres de neige.
On se regarde, on hésite, on se regarde, on hésite, on se regarde une dernière fois et on se lance. Après une jolie chute, Kathleen se relève et prend la pause qui donnera cette photo (que j'ai eu tant de mal à prendre à cause d'une crise de fou rire). Quand je me décide à la suivre, je repère l'endroit de sa chute et aperçois la glace... Je panique, elle panique, je réalise qu'il fait presque 2 degrés aujourd'hui et que ce n'est pas forcément très malin. On se regarde encore (la concertation c'est essentiel pour faire un bon duo), et on avance. Vite. "Cours pas, tu risquerais de faire craquer la glace", me lance-t-elle sur le ton de plaisanterie. Sauf qu'au lieu de nous faire rire, ça nous fait réagir de la pire manière qui soit pour un moment pareil : courir.
Même si j'imagine le pire, je ne peux m'empêcher d'adorer ce moment de folie qui nous offre une vue superbe sur les alentours. Juste avant d'atteindre la berge, je me fais peur une dernière fois en regardant une profonde trace de pas où la glace est plus visible que jamais. Allez, on va mettre ça sur le compte de la jeunesse.
Il n'empêche que nous arrivons au pied de la cathédrale en un rien de temps grâce à ce raccourci imprévu (et un peu fou sur les bords). Si je suis fascinée par les bulbes qui ornent chaque église, Kathlenne l'est, elle, par les croix au-dessus même de ces bulbes. Nous sommes toutefois unanimes lorsqu'il s'agit de qualifier l'intérieur de cette cathédrale : magnifique.
Sur la route du retour, entre deux discussions à propos des Russes et de la possibilité de vivre à l'étranger, nous admirons une vue parfaite sur Izmailovo. Nous sommes crevées et trempées, mais ça valait le coup de chercher.

















