Ma Desheng, l'artiste accessible
Publié le 25 Avril 2015
La galerie est perdue dans une ruelle perpendiculaire au boulevard Saint-Germain, à l’abri des regards. Et pourtant, elle accueille depuis le 25 avril les œuvres impressionnantes d’un artiste hors-norme. Au premier abord, l’on pourrait rester insensible à ces pierres que l’on aperçoit depuis l’extérieur à travers les grandes baies vitrées. Mais avec un peu de patience et d’intérêt, tout prend sens.
À l’occasion du vernissage, l’artiste est présent. Assis sur sa chaise roulante, Ma Desheng est tout sourire. Un sourire franc et sincère qui ne laisse jamais transparaître son passé difficile. Il est heureux d’être là, parmi ces amateurs d’art et ces journalistes venus le rencontrer. L’homme de 63 ans aux cheveux longs et gris est d’une humilité remarquable : membre fondateur du groupe « Les Étoiles », le premier mouvement artistique d’avant-garde en Chine, aux côtés d’artistes tels que Wang Keping et Ai Weiwei, et rescapé d’un terrible accident, il raconte son histoire comme si elle était des plus banales. Elle est pourtant loin de l’être.
En 1979, le musée national d’art de Chine à Pékin refuse d’exposer ses œuvres, à la veille de l’inauguration. En réponse, Ma Desheng accroche certaines de ses œuvres sur le grillage. L’année d’après, il fera sa première exposition officielle dans ce même musée. Mais parce que son art était mal vu dans son pays, il quitte la Chine et arrive en France en 1986.
Mais six ans plus tard, un drame bouleverse sa vie et son art par la même occasion. Victime d’un grave accident de voiture dans lequel il perd sa femme, Ma Desheng se retrouve paralysé pendant près de deux ans. « Avant l’accident, je travaillais beaucoup à l’encre de Chine et réalisais des gravures sur bois, explique-t-il. Mais après l’accident, j’ai commencé à peindre des toiles à l’acrylique car cela ne demande pas beaucoup de technique ». Si les mains sont « bien moins fortes », elles lui permettent néanmoins de poursuivre ses œuvres. « L’acrylique me permet d’être très libre : je peins à la fois avec des pinceaux et avec mes mains ». Ma Desheng estime que tout se passe dans la tête, « il faut oublier la technique » aime-t-il raconter.
Lorsque Ma Desheng vante son exposition, il met surtout en avant son travail : « ce n’est tant moi qui dois m’exprimer, mes œuvres parlent d’elles-mêmes ». Des œuvres dont le sens est fort, lorsque l’on connaît son histoire. Sur toutes ses toiles, des pierres. « Nous ne sommes que des petites personnes qui regardons à court terme. Les pierres sont des millions sur la Terre et elles restent », détaille-t-il. Après avoir presque perdu la vie, Ma Desheng semble ressentir le besoin d’exprimer l’éternité à travers ses œuvres. Bien que parfois bancales, ces grosses pierres, parfois sombres, parfois de couleurs, traversent le temps mieux que l’Homme.
Quant aux femmes qui y sont représentées, plus ou moins explicitement, elles rappellent la perte de sa femme et le manque qu’il ressent sans doute. À travers ses œuvres réparties sur les trois étages (et le sous-sol) de la galerie, il est possible de percevoir les émotions de Ma Desheng. Marqué par son histoire personnelle, l’artiste donne un sens profond à son art, et c’est touchés que l’on ressort de cette exposition.