On the railroad again
Publié le 2 Novembre 2014
Dimanche, 10h. Non rassasiés par la balade d'hier, nous sommes déjà Porte de Vincennes. Cette fois, Louis, camarade journaliste et intrigué par notre récit de la veille, se joint à nous. Les trois compères retrouvent la Villa Bel Air, le fameux cadenas aide-passage-de-barrière et les voilà partis pour de nouvelles aventures.
Bâtons à la main, nous optons cette fois pour la partie nord la Petite Ceinture, vers le quartier Belleville et les Buttes Chaumont. Émerveillée la veille, je suis enthousiaste et impatiente quant à la suite de nos découvertes.
Les premières centaines de mètres sont assez semblables au reste, un chemin de fer et des cailloux. Des gros cailloux partout. Et des gratifitis pour colorer l'atmosphère. Mais c'est à l'ancienne gare d'Avron que cette balade insolite prend tout son sens.
Haute en couleurs et en images (particulièrement des Pokémons d'ailleurs), cette gare à l'abandon est pour nous source d'imagination et de rires. On a déjà quitté Paris depuis longtemps.
Puis nous continuons notre rail trip hors du commun. Après avoir croisés le lieu d'un meurtre de pigeons, quelques restes de feu de camp et trois ponts, nous tombons sur une curieuse guérite. Guérite sur laquelle Guillaume s'empresse de monter pour délivrer un beau discours.
Soudain, je réalise que nous y sommes. L'entrée du tunnel n'est plus qu'à une centaine de mètres. Ce qui ressemble à une ancienne gare me fascine. L'endroit délabré puis réhabilité (ou presque) est magique. Sans doute l'oeuvre d'artistes en tous genres. Ce lieu, pourtant parisien, semble dans un autre espace-temps.
Voilà le tunnel. Long de 1,2 km, il est une source d'inquiétude pour moi. Pas une seule lumière, nous serons à la merci de la pénombre et des rails. Je m'accroche à Guillaume et serre les dents. Louis, tel Gandalf, tient son bâton et nous illumine de son portable. Au loin, on aperçoit une (faible) lumière.
L'entrée du tunnel est maintenant loin derrière nous et jesursaute à de nombreuses reprises. Aux murs, des grafitis. Sur le sol, des cailloux bien sûr, mais également d'innombrables canettes et déchets.
Les pieds meurtris, nous voyons des rayons de lumière. Ce sont les conduits d'aération longés par des escaliers étroits. Je m'apprête à poursuivre lorsque Guillaume annonce : "C'est ce que tu craignais Manon. Il y a une grille". Entre peur et appréhension de la suite, une sensation fort peu agréable me parcourt.
Stop. Nous nous arrêtons. Une silhouette semble bouger là-bas. Après un regard de concertation, nous nous refusons à avancer davantage. J'ai peu confiance en ce lieu.
Pas le choix : le conduit d'aération est notre seule option (le fait de rebrousser chemin n'en étant pas une). Louis ouvre la voie et est le premier à retrouver l'air frais. Il s'exclame : "Mais on est dans un parc ". Je crois bien que c'est que la dernière chose que je m'attendais à entendre. J'arrive à mon tour et constate qu'il dit vrai. À droite, l'entrée du par et les autres colonnes d'aération. À gauche, des enfants qui jouent innocemment au ballon. Et nous, debout et ahuris face au périple accompli.
Une dernière étape cependant : la chute. Si Guillaume et Louis s'élancent sans trop de mal, je m'accroche péniblement aux branches d'un arbre. Et me voilà pendue par les bras, après avoir poussé un cri de détresse. Je finis par me lâcher en me retenant à l'arbre, lamentablement
Je crois bien que ce fut la journée la plus folle de ma vie. Et la plus pleine d'adrénaline aussi.

