Il était une fois, le goulag
Publié le 11 Février 2016
Il était une fois, un homme russe qui était surnommé "le petit père des peuples". En 1918, pour faire face à la guerre civile et punir les méchants révolutionnaires, les autorités de Russie décide de créer le premier goulag, c'est-à-dire un camp correctionnel de travail. Si l'on dénombrait au départ 3000 "pensionnaires", ce sont près de 15 millions de personnes au total qui ont effectué un séjour (plus ou moins long) dans l'un des 476 camps du goulag, principalement sous l'impuslion de ce même "petit père des peuples".
C'est donc dans le musée gouvernemental dédié à cet événement de l'histoire que j'ai décidé de faire ma balade quotidienne. Rien de plus revigorant qu'un bon vent frais et les souvenirs des châtiments du passé !
Inauguré en août 2015, ce musée tout beau tout neuf ne semble pas réunir les foules. Bizarre... Quand j'avais mentionné mon envie d'y faire un tour à la maîtresse de maison, elle m'avait lancé un regard plein d'incompréhension avant d'oser me demander : "Mais... Tu sais ce que c'est un goulag ?". Non, non. J'ai décidé d'y aller justement parce que le mot m'intriguait. Toujours est-il que maintenant j'y suis, et je ne suis pas plus surprise que ça d'y croiser plus d'employés du musée que de visiteurs.
L'intérieur est sombre afin de mettre en valeur un jeu de lumières sur les pièces exposées. Quant à l'ambiance dérangeante, elle est à son apogée quand des chants de types "il nous a quitté, chantons-lui une dernière chanson" commencent à retentir dans la pièce. C'est à vous donner la chair de poule.
L'ensemble est très épuré, ce qui me laisse le temps d'analyser chaque objet, chaque affiche, chaque film, non sans être observée par les caméras et les jeunes gens du musée.
Attirée par la voix de quelqu'un qui parle, je me réfugie dans une petite salle où sont diffusés des interviews de rescapés du goulag. Je suis particulièrement touchée par le témoignage d'une petite vieille aux grands yeux bleus et vifs dont la bouche est démunie de presque toutes ses dents. Elle raconte ainsi qu'elle avait un jour été envoyée dans la cellule de punition pour mauvais comportement : une pièce d'un mètre carré doté d'un tabouret de 50 cm par 50 qui obligeait le locataire à dormir les jambes repliées sur soi. Mais comme les dirigeants du goulag étaient des gens avec une belle âme et très intéressés par le bonheur des êtres présents autour d'eux, ils prenaient soin, chaque soir, de glisser un joli petit rat dans la cellule afin de tenir compagnie à la prisonnière. "Mon repas journalier consistait à une tranche de 400 grammes de pain", raconte encore la starouchka. "J'avais pris l'habitude d'en donner la moitié à mon compagnon de cellule afin qu'il me laisse tranquille. Malgré ma phobie des rats, je m'obligeais à ne crier, sous peine d'être punie à nouveau".
Tandis que je finis tranquillement (mais pas sereinement) la visite du musée, une remarque me vient alors. Dans la dernière salle, le gouvernement russe (car oui, je suis persuadée que c'est Poutine lui-même qui a écrit le texte des panneaux) mentionne la mort de Staline en 1953 pour évoquer la fin des goulag et la libération des prisonniers. Il est également écrit que "encore aujourd'hui, des centaines de personnes cherchent à se reconstruire". Mais quid de la situation des camps post années 50 ? Quid du goulag 2.0 qui sévit sans doute encore dans les petits villages de Sibérie ou bien même dans les caves des FSB ?
Eh bien, vous n'en saurez rien.






