L'Arménienne en vadrouille
Publié le 21 Janvier 2016
Maghrébine, Iranienne, Libanaise, Turque... On me les avait déjà toutes faites. Que ce soit à cause de mes longs cheveux bruns foncés et ondulés, mes grands yeux marrons, ma peau un peu plus matte que la moyenne ou encore ma chapka, j'ai pris l'habitude qu'on me demande "Mais t'as pas des origines étrangères ?", voire même qu'on insiste avec des "Mais t'es sûre ?" des plus exaspérants. Aujourd'hui, j'ai franchi une nouvelle étape.
En discutant avec plusieurs femmes qui travaillent dans la maison (ou devrais-je dire le manoir), j'ai appris ce matin que de nombreuses personnes ne me connaissant pas, pensaient que j'étais Arménienne, et donc directement en provenance d'Erevan et non de Paris.
Finalement, ce n'est peut-être pas plus mal pour quelqu'un qui souhaite se fondre dans la foule et se faire passer à tout prix pour l'une des leurs...
Mais comme une surprise ne vient jamais seule, j'ai aujourd'hui été (contre mon gré) abordée par un homme russe pour la première fois. Alors je sortais du métro à la station Barrikadnaya pour un changement, un homme est sorti au même moment en me lançant un peu trop près de l'oreille : "Ti krasivaya dévouchka" (qui si on le traduit dans un français correct, correspond à "T'es belle"). Surprise, je n'ose me retourner et poursuis mon chemin, moi-même suivie par ce Russe malhabile et un peu trop intéressé. Si je n'ai jamais vu son visage, j'ai bien entendu sa voix débiter des paroles sans sens pour moi, ainsi que son souffle dérangeant (qui ressemblait étrangement à celui d'un pauvre bovin). Heureusement, le garçon a fini par lâcher prise, voyant que je ne réagissais pas du tout à sa tentative d'approche.
Astuce numéro 1 : l'ignorance fait la force.
Soulagée d'être à nouveau à la surface et éloignée de tout homme, j'admire le paysage qui s'offre à mes yeux. Un gigantesque pont enjambe la Moskva gelée et recouverte d'une épaisse couche de neige. Ne l'ayant jamais vu de mes yeux vu, je peine à croire qu'un fleuve coule là-dessous.
Un peu plus loin et après avoir traversé un pereoulok (un passage sous-terrain typiquement russe), je me retrouve dans le Park Koultouri (comme vous l'avez probablement deviné, il s'agit du Parc de la Culture) où l'on retrouve un lieu d'exposition ainsi que de très nombreuses statues déboulonnées de grands personnages russes. Petit tout d'horizon de cette belle époque soviétique.
Fascinée par le soleil du jour, je décide de poursuivre ma promenade malgré les -12°C ambiants (qui devraient se transformer en -20°C ou plus d'ici la fin de la semaine). Je remonte ainsi un chemin enneigé le long de la Moskva jusqu'à la presqu'île de Moscou, que je traverse jusqu'à la fameuse Sofiyskaya Naberijnaya, le quai Sainte-Sophie, réputée pour sa vue imprenable sur le Kremlin. Si je m'attendais à pouvoir approcher l'inaccessible palais, je n'imaginais pas me retrouver sur un trottoir mal déblayé longeant une route où les voitures s'entassent et klaxonnent.
La vue est malgré tout impressionnante. Je réalise alors combien la forteresse du Kremlin en est bien une, et j'imagine le petit Vladimir Vladimirovitch pester contre les Européens (et les Français) qui imposent leurs sanctions, ou bien chevaucher un ours.
Après tout, il n'est pas interdit de rêver.







